Données des zones de culture : une condition sine qua non pour l’exportation agricole

Face aux exigences de plus en plus strictes du marché international, en particulier le Règlement sur la déforestation de l'Union européenne (RDUE), la mise en place d'une base de données des zones de culture devient une tâche impérative.

Photo d'illustration: thoibaotaichinhvietnam.vn
Photo d'illustration: thoibaotaichinhvietnam.vn

Ce chantier est non seulement crucial pour la traçabilité des produits, mais il jette également les bases de la transformation numérique et de la modernisation de la gouvernance agricole.

Tel est le constat partagé par de nombreux experts et décideurs lors du séminaire en ligne intitulé « Construction d'un ensemble de données sur les zones de culture pour la gouvernance et la conformité au RDUE : une approche ascendante », organisé l'après-midi du 23 juin par le Réseau de recherche sur les politiques agricoles et forestières.

Selon le Dr To Xuan Phuc, expert auprès de l'organisation Forest Trends, la base de données des zones de culture regroupe l'ensemble des informations relatives au foncier, aux types de cultures, aux superficies, aux rendements et aux exploitants, ainsi que des données spatiales telles que des cartes et des coordonnées géographiques. Cet outil intégré constitue le socle de la gestion de la production et de la traçabilité des produits agricoles.

« Cette base de données ne sert pas uniquement à l'administration publique. Elle soutient aussi l'élaboration des politiques, l'identification des risques, l'orientation des investissements et la surveillance des chaînes d'approvisionnement. Pour les entreprises, c'est un levier indispensable pour rendre l'offre transparente et s'aligner sur les normes de plus en plus élevées des marchés d'exportation », a souligné To Xuan Phuc.

Cependant, la réalité terrain montre que les sources de données actuelles restent fragmentées entre les autorités, les entreprises et les agriculteurs. Ce manque de connectivité et de partage affaiblit l'efficacité de la traçabilité tout comme la gestion des bassins de matières premières.

Du point de vue des collectivités locales, le Dr Pham Tuan Anh, ancien directeur du Service de l'agriculture et du développement rural de la province de Dak Nong, a estimé que le Vietnam ne manquait pas de données, mais plutôt d'un système interconnecté et unifié.

Il a expliqué que les entreprises détiennent les données sur leurs zones d'approvisionnement et leurs contrats de production ; les coopératives et les agriculteurs possèdent celles sur les superficies cultivées et les volumes ; tandis que les organes de régulation disposent des statistiques globales sur les surfaces, les rendements et la production globale. Pourtant, ces flux d'informations ne se croisent pas encore pour servir à la gouvernance et à la prise de décision.

De plus, de nombreuses localités confondent encore « code de zone de culture » et « base de données des zones de culture ». Alors que le code de zone de culture n'est qu'un outil technique de traçabilité répondant aux exigences d'un marché donné, la base de données globale constitue, quant à elle, le véritable socle de pilotage de l'ensemble d'une filière.

S'appuyant sur des cas concrets, Pham Tuan Anh a indiqué que la filière du durian comptait actuellement plus de 40 000 hectares, mais que seuls 13 000 hectares environ ont obtenu un code de zone de culture, et que près de 20 % de ces codes attribués ne sont plus actifs. Un exemple qui illustre l'urgence absolue de mettre à jour, de gérer et de synchroniser les données.

Lors de ce séminaire, la province de Dien Bien a été citée comme l'un des territoires pionniers dans l'expérimentation de cette approche « ascendante » (bottom-up) pour la structuration des données des zones de culture, afin de se mettre en conformité avec les exigences du RDUE.

Selon Pham Dinh Lai, directeur de la section de l'agriculture au sein du Service de l'agriculture et de l'environnement de la province de Dien Bien, sa province compte actuellement plus de 9 000 hectares de caféiers. Elle ambitionne de porter cette superficie à 20 000 hectares d'ici 2030, tout en garantissant le strict respect des normes de traçabilité et de lutte contre la déforestation.

Pour pallier les contraintes matérielles et techniques, l'échelon communal a été érigé en pivot à Dien Bien, mobilisant les forces locales pour accompagner les agriculteurs dans la collecte des données. Les résultats de cette phase pilote démontrent une participation proactive de la population à la structuration des bases de données ainsi qu'une prise de conscience accrue face aux exigences du marché. Les autorités locales soulignent toutefois que l'implication des entreprises demeure timide, appelant ces dernières à intensifier le partage de données et à cheminer aux côtés des producteurs pour se conformer aux standards d'exportation.

Analysant l'impact stratégique des données géographiques des cultures, Ha Cong Tuan, président de l'Association des sciences économiques agricoles et du développement rural, a réaffirmé que cet outil s'avère déterminant pour la traçabilité et l'alignement sur les normes internationales.

Selon lui, le système d'information doit être déployé de manière synchrone, de la commune jusqu'à l'échelon central en passant par la province, et faire l'objet d'une numérisation intégrale pour répondre aux impératifs de l'économie digitale.

« Les méthodes statistiques traditionnelles ne permettent plus de satisfaire aux exigences de traçabilité. La base de données doit être numérisée, adossée à une cartographie digitale et capable de s'interconnecter aussi bien entre les différents niveaux d'administration qu'entre les institutions publiques et le secteur privé », a-t-il insisté.

Il a également préconisé une classification des données des zones de culture en trois catégories distinctes – « vert », « jaune » et « rouge » – afin de refléter le niveau de conformité légale et les risques liés à l'affectation des sols. Dans ce schéma, la commune doit se voir confier un rôle central dans la mise à jour des flux d'informations, étant l'autorité la plus proche du terrain et la mieux à même de capter les fluctuations de la production.

Back to top