Selon la Résolution no 10-NQ/TW du 8 juin du Bureau politique sur le développement de l’économie à capitaux étrangers, le Vietnam s’oriente désormais vers l’attraction d’IDE de haute technologie dans des secteurs clés tels que l’électronique, les semi-conducteurs, l’IA, le Big Data, l’IoT, les biotechnologies, la médecine de pointe et la logistique moderne, tout en renforçant la localisation des chaînes d’approvisionnement. Cette orientation vise à améliorer la qualité des flux d’investissements étrangers.
Des engagements records, des décaissements soutenus
Au cours des premiers mois de 2026, de nombreuses localités vietnamiennes ont enregistré des résultats encourageants en matière d’attraction des IDE. Des provinces et villes telles que Ho Chi Minh-Ville, Nghe An, Ha Tinh, Phu Tho ou Thai Nguyen ont délivré des certificats d’investissement, approuvé des projets et signé des protocoles d’accord avec plusieurs investisseurs étrangers.
Selon le Département de l’investissement étranger du ministère des Finances, les flux d’IDE ont poursuivi leur progression au cours des cinq premiers mois de 2026. Au 31 mai, le montant total des capitaux enregistrés au Vietnam atteignait près de 25 milliards de dollars, en hausse de près de 35 % en glissement annuel.
Cette hausse est principalement portée par les nouveaux projets. Au cours des cinq premiers mois de l’année, le Vietnam a attiré plus de 1 570 projets d’IDE, pour près de 15 milliards de dollars. L’industrie manufacturière reste le principal secteur bénéficiaire, représentant 70,4 % du total enregistré. Les opérations d’apports en capital et d’acquisitions d’actions par des investisseurs étrangers ont également progressé de 46,7 %, atteignant près de 4,2 milliards de dollars.
Fait notable, les décaissements effectifs d’IDE sont estimés à 9,75 milliards de dollars, soit une hausse de 9,6 % sur un an et le niveau le plus élevé enregistré sur les cinq dernières années pour une même période.
Ho Chi Minh-Ville reste l’une des principales destinations des investisseurs étrangers. Selon Hoang Vu Thanh, directeur du Service municipal des finances, au 1er juin, le montant total des investissements étrangers enregistrés dans la métropole dépassait 6,6 milliards de dollars, soit environ 60 % de l’objectif fixé pour 2026.
Avec quatre grands projets actuellement à l’étude, Hô Chi Minh-Ville pourrait attirer 10,4 milliards de dollars supplémentaires et porter le total des IDE à près de 17 milliards de dollars en 2026, soit 154 % de l’objectif annuel. Il s’agit notamment d’un centre de données dédié à l’IA à Tan Phu Trung (2,1 milliards de dollars), d’un complexe intelligent à Thu Thiem (1,2 milliard), du projet Nha Be Metrocity GS (2,2 milliards) et du port de transbordement international de Can Gio (4,9 milliards).
Attirer des capitaux de qualité
Dans le projet de loi sur les métropoles spéciales actuellement en préparation, Ho Chi Minh-Ville propose plusieurs mécanismes innovants destinés à renforcer son attractivité auprès des investisseurs étrangers.
Parmi eux figure le maintien du prix du foncier pendant deux ans, mesure considérée comme un engagement fort des autorités municipales en faveur des entreprises. Cette disposition revêt une importance particulière pour les projets d’IDE de longue durée, qui nécessitent une forte visibilité sur les coûts d’investissement.
Les responsables municipaux affirment par ailleurs leur volonté d’accélérer les procédures afin de faciliter la concrétisation rapide des projets et l’injection effective des capitaux dans l’économie.
Sur le plan financier, Truong Hoang Cong Duy, directeur commercial de Yuanta Vietnam Securities, estime que l’orientation croissante des IDE vers les secteurs de haute technologie stimule la demande de solutions financières spécialisées et ouvre de nouvelles perspectives au secteur bancaire.
Alors qu’autrefois les principaux bénéficiaires des IDE étaient les zones industrielles, les entreprises étrangères ont désormais besoin, dès la préparation de leurs projets, de services de crédit, de transferts de fonds, de lettres de crédit, d’opérations de change, de garanties bancaires et de gestion de trésorerie.
Face à cette évolution, les banques vietnamiennes développent progressivement des offres intégrées destinées aux entreprises à capitaux étrangers.
La banque MB a créé une division dédiée aux entreprises à capitaux étrangers et ouvert des bureaux à Singapour, en République de Corée et en Chine. BIDV dispose du plus vaste écosystème de services spécialisés, renforcé par une nouvelle agence à Hô Chi Minh-Ville offrant des solutions conformes aux standards internationaux. Agribank a, pour sa part, lancé un programme de crédit préférentiel de 5 000 milliards de dôngs et de 100 millions de dollars.
Cette spécialisation permet au secteur bancaire d’accompagner plus efficacement les entreprises étrangères dans leurs nouvelles stratégies de développement.
Selon Huong Vu, vice-présidente de l’Association des entreprises à capitaux étrangers, la question des prix de transfert demeure l’un des principaux défis pour les entreprises à capitaux étrangers. Elle recommande aux autorités fiscales d’éviter une application mécanique des indicateurs de comparaison aux entreprises nouvellement créées, souvent déficitaires durant leurs trois premières années d’activité, et de prendre en compte les spécificités de chaque secteur lors de l’examen des dossiers.
Développer une plateforme stratégique d’investissement national
Professeur-Docteur, président du Conseil scientifique et de formation de l’Université nationale d’économie :
La Résolution n° 10-NQ/TW marque une évolution majeure dans la perception de l’économie à capitaux étrangers. Longtemps considérée comme une simple source complémentaire de financement, elle est désormais reconnue comme une composante stratégique du développement national, liée à la transformation du modèle de croissance fondé sur la science, la technologie et l’innovation.
Le changement majeur réside dans le passage d’une vision des capitaux étrangers comme une « ressource extérieure » à celle d’une « composante interne » de l’économie nationale. Les investissements étrangers sont désormais considérés comme un levier de diffusion technologique, de modernisation de la gouvernance et d’intégration aux chaînes de valeur mondiales.
Plus important encore, la résolution attribue à l’économie à capitaux étrangers un rôle moteur dans la transformation du modèle de croissance, dépassant sa simple fonction de soutien économique. Elle traduit ainsi le passage d’une logique d’attraction des capitaux à une stratégie de développement d’une plateforme nationale d’investissement.
Renforcer les capacités internes et l’absorption technologique
Le docteur Phan Huu Thang, ancien directeur du Département de l’investissement étranger :
Le secteur à capitaux étrangers, notamment les IDE, continue de représenter une part importante de l’investissement total au Vietnam. La Résolution no 10-NQ/TW revêt une importance majeure alors que le pays établit un nouveau modèle de croissance fondé sur la science, la technologie, l’innovation, la transformation numérique, la transition verte et le renforcement de l’autonomie stratégique.
Pendant de nombreuses années, le pays a attiré d’importants capitaux étrangers, mais les retombées en matière de transfert technologique, de gouvernance et de liens avec la production nationale sont restées limitées.
La résolution met l’accent sur le renforcement des capacités nationales et une meilleure intégration des entreprises vietnamiennes aux chaînes de valeur mondiales. Une coopération plus étroite avec les investisseurs étrangers favorisera la diffusion technologique.
Miser sur la qualité du développement et la compétitivité institutionnelle
Maître Nguyen Hong Chung, vice-président permanent de l’Association vietnamienne de la finance des zones industrielles :
La principale innovation de la Résolution no 10-NQ/TW réside dans l’accent mis sur la « qualité des flux de capitaux ». La sélection des investisseurs ne dépend plus seulement du volume des investissements, mais aussi de la technologie, de la gouvernance, du transfert de connaissances et de l’intégration à l’économie nationale.
La politique d’incitation évolue également en profondeur. Au lieu d’avantages généralisés liés à la fiscalité, au foncier ou à la main-d’œuvre, la résolution privilégie désormais des mécanismes conditionnels fondés sur les résultats obtenus.
Les investisseurs ne pourront bénéficier pleinement des avantages prévus qu’à condition de démontrer leur contribution concrète à la recherche-développement (R&D), au transfert de technologies et au développement des chaînes d’approvisionnement nationales.
Cette évolution marque le passage d’une compétitivité fondée sur les coûts à une compétitivité fondée sur la qualité institutionnelle et le niveau de développement.