La signature du protocole d’exportation vers la Chine ouvre de nouvelles perspectives pour le pamplemousse vietnamien sur les marchés internationaux. Afin d’atteindre l’objectif de 74 à 75 milliards de dollars d’exportations agricoles en 2026, les producteurs du Sud accélèrent aujourd’hui la restructuration des zones de culture et la standardisation des procédés de production selon les normes internationales.
Du petit verger à la logique de coopération
Après plus de douze années consacrées à la culture du pamplemousse, Nguyen Van Thanh, propriétaire du jardin écologique Ha Thanh dans la commune de Tri An, à Dong Nai, continue de travailler selon un modèle longtemps répandu chez les agriculteurs : produire, entretenir et vendre lui-même sa récolte.
Son exploitation de 3,5 hectares répond déjà aux normes VietGAP et affiche un rendement annuel moyen de 25 à 30 tonnes par hectare.
Ces dernières années, il s’est tourné vers l’utilisation de préparations biologiques IMO afin de réduire les coûts liés aux engrais et aux produits phytosanitaires tout en améliorant la qualité des fruits.
Malgré cette évolution, le principal problème reste l’instabilité des débouchés. Bien que ses pamplemousses soient de bonne qualité, il dépend encore largement des intermédiaires commerciaux.
Ce mode de vente, rapide et pratique pendant les récoltes, expose néanmoins les producteurs aux fluctuations des prix et aux pressions des négociants, réduisant fortement leur rentabilité.
La situation de Nguyen Van Thanh reflète celle de nombreux arboriculteurs du Vietnam. Beaucoup sont capables de produire des fruits de qualité mais restent confrontés à une production fragmentée, faute de coordination régionale et d’accompagnement vers les standards d’exportation.
« J’espère que les autorités, les scientifiques et surtout les entreprises exportatrices pourront mieux coopérer avec les agriculteurs afin de les accompagner techniquement pour atteindre les standards internationaux », explique-t-il.
Ces derniers mois, le Club des entrepreneurs agricoles du Vietnam s’est imposé comme l’un des principaux acteurs du développement des chaînes de valeur agricoles dans les provinces du Sud.
À Dong Nai, l’organisation a collaboré avec les services agricoles locaux afin d’évaluer les zones de culture de pamplemousses avec la participation de tous les maillons de la chaîne : autorités, instituts de recherche, experts techniques, exportateurs et distributeurs.
Plusieurs grands groupes de distribution et marchés de gros de Hô Chi Minh-Ville se sont également rendus sur place pour travailler directement avec les producteurs.
Parallèlement, des entreprises exportatrices ont envoyé des techniciens dans les vergers afin de former les agriculteurs aux nouvelles normes de production.
Selon Tran Thi Minh Ha, présidente du Club des entrepreneurs agricoles du Vietnam, ces initiatives devraient permettre d’augmenter le taux de fruits conformes à l’exportation, actuellement estimé entre 20 et 25 %, à près de 50 ou 60 % dans les prochaines années.
La pression de la standardisation technique
D’après le vice-ministre vietnamien de l’Agriculture et de l’Environnement, Hoang Trung, le protocole signé avec la Chine pour l’exportation des pamplemousses et des citrons représente bien plus qu’une simple ouverture commerciale.
Il constitue également un levier pour moderniser l’organisation de la production agricole vietnamienne.
Le Vietnam dispose actuellement d’environ 106 000 hectares de pamplemousses produisant près d’un million de tonnes par an, ainsi que de plus de 44 000 hectares de citronniers.
Mais, selon Hoang Trung, la véritable difficulté réside désormais dans la capacité à restructurer les zones de production afin de répondre de manière homogène aux exigences techniques imposées par la Chine.
Les producteurs devront notamment respecter des normes strictes concernant la quarantaine phytosanitaire, la sécurité alimentaire, les codes des zones de culture, les centres d’emballage, les carnets de suivi agricole et la traçabilité.
Pour le seul marché chinois, le Vietnam doit actuellement contrôler jusqu’à 68 organismes nuisibles susceptibles d’affecter les pamplemousses et les citrons.
Le ministère accélère ainsi la création de grandes zones agricoles standardisées et la numérisation des systèmes de traçabilité.
Cette stratégie ne vise pas uniquement le marché chinois. La standardisation des régions de culture et le développement de marques solides pour des variétés emblématiques comme le pamplemousse à peau verte ou le pamplemousse Nam Roi constituent également une base essentielle pour accéder à des marchés particulièrement exigeants tels que les États-Unis, l’Union européenne ou l’Australie.
« Le plus important désormais est la mise en œuvre concrète du protocole. Les autorités locales, les entreprises et les agriculteurs doivent agir ensemble immédiatement, notamment sur les questions techniques, les codes des zones de culture, les centres d’emballage et la traçabilité. Cela permettra de réorganiser durablement la production autour de grandes zones agricoles concentrées », souligne le vice-ministre Hoang Trung.
À partir de petites exploitations familiales, la mise en réseau des régions de production ouvre aujourd’hui de nouvelles perspectives de développement durable pour les agriculteurs du Sud du Vietnam.
Grâce à cette montée en gamme, le pamplemousse vietnamien espère désormais s’imposer plus profondément sur les grands marchés mondiaux.