Faire vivre et transmettre le ca tru

Chaque samedi, le site historique de Bich Cau Dao Quan, dans le quartier de O Cho Dua, capitale vietnamienne Hanoi, s’anime à nouveau des sonorités du dan day, du trong chau (tambour de cérémonie), du phach et des chants profonds du Ca Tru.

L’Artisane émérite Van Mai (tout à gauche) interprète un morceau de ca tru. Photo fournie par l’intéressée.
L’Artisane émérite Van Mai (tout à gauche) interprète un morceau de ca tru. Photo fournie par l’intéressée.

Depuis près de deux décennies, chaque week-end, l’Artisane émérite Van Mai (de son vrai nom Nguyen Thi Mai, née en 1961 dans le quartier de O Cho Dua, à Hanoi) se consacre inlassablement à l’enseignement gratuit du ca tru.

Animée par son amour pour cet art autrefois menacé de disparition, elle ne se contente pas d’en préserver les formes traditionnelles : elle forme avec persévérance la relève, afin que les claquements du phach (un type de claves), les sonorités du dan day (un luth pincé vietnamien) et les chants du ca tru continuent de résonner dans la vie contemporaine.
Chaque samedi, le site historique de Bich Cau Dao Quan, dans le quartier de O Cho Dua, s’anime à nouveau des sonorités du dan day, du trong chau (tambour de cérémonie), du phach et des chants profonds du ca tru. Au cœur de la classe, l’Artisane émérite Van Mai corrige patiemment la respiration et l’articulation de chacun de ses élèves. Cette scène se répète depuis dix-huit ans et est devenue un rendez-vous familier pour les amateurs de ca tru.

La rencontre de l’Artisane émérite Van Mai avec le ca tru remonte à une émission entendue par hasard à la radio « La Voix du Vietnam », au cours de laquelle l’Artiste du peuple Quach Thi Ho interprétait « Ty ba hanh ».

Immédiatement fascinée, elle se souvient avoir été captivée dès les premières phrases et s’être interrogée sur l’origine d’une manière de chanter si singulière. Dès lors, elle a commencé à se documenter et à apprendre le ca tru.

À cette époque, cette discipline comptait très peu d’apprenants. De nombreux artistes âgés n’avaient plus la force d’enseigner, rendant la recherche d’un maître presque impossible.

Refusant d’abandonner, elle a emprunté de vieilles bandes d’enregistrement, écouté et appris seule, avant de s’exercer sans relâche à des techniques exigeantes, notamment le contrôle du souffle, le nay hot (technique vocale spécifique) et l’articulation des paroles.

Ces années de perfectionnement patient ont fini par porter leurs fruits. En 2007, elle a remporté une médaille d’or au Festival national du ca tru, une distinction qui a renforcé sa détermination à poursuivre sa passion.

En 2009, elle a réussi à reconstituer la forme « Non mai hong hanh », disparue depuis plus de soixante-dix ans, tout en faisant revivre plusieurs autres mélodies anciennes.

l’Artisane émérite Van Mai interprétait " Huong Son phong canh ca"

Aujourd’hui, elle maîtrise près de quarante formes du ca tru, un répertoire rare, même parmi de nombreuses chanteuses spécialisées dans cet art. En 2015, l’État lui a décerné le titre d’Artisane émérite dans le domaine des arts du spectacle populaire de Hanoi.
La question qui préoccupe constamment l’Artisane émérite Van Mai est celle de la transmission du ca tru aux générations suivantes.

En 2008, elle a ouvert, avec son époux, l’Artisan émérite Tran Van Truc, une classe gratuite au site historique de Bich Cau Dao Quan. Elle y enseigne les techniques vocales, tandis que son mari initie les élèves au dan day et au trong chau. Partie de quelques proches et amis, la classe accueille aujourd’hui régulièrement environ vingt-cinq élèves.

Certains viennent chaque semaine à Hanoi depuis Hung Yen ou Hai Phong, uniquement pour apprendre le ca tru. Les cours ont actuellement lieu chaque samedi, de 14 heures à 16 h 30. Plusieurs anciens élèves sont devenus chanteuses de ca tru ou instrumentistes et reviennent désormais contribuer à la formation des nouvelles générations.
Ne se limitant pas à l’enseignement, elle a fondé en 2018, avec ses collaborateurs, le Théâtre de ca tru Bich Cau, dans le quartier de O Cho Dua, afin de préserver un espace dédié à cet art au cœur de Hanoi.

Chaque année, le théâtre organise plusieurs représentations gratuites pour sauvegarder et faire rayonner les valeurs du ca tru à l’occasion de différentes célébrations traditionnelles : la fête d’ouverture du printemps, au premier mois lunaire ; l’anniversaire de la création du théâtre, en avril ; la fête de Vu Lan, au septième mois lunaire ; la fête de la Mi-Automne, au huitième mois lunaire ; ainsi que la cérémonie en l’honneur des ancêtres des chanteuses de ca tru, au douzième mois lunaire.

Lorsque la demande se présente, les artistes donnent également des représentations destinées aux visiteurs, en particulier aux touristes internationaux. Ces spectacles offrent aux élèves une scène où perfectionner leur technique tout en contribuant à rapprocher le ca tru du public, au Vietnam comme à l’étranger.

NDEL
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