L’ancien ambassadeur de France au Vietnam, Serge Degallaix, estime que les relations entre la France et le Vietnam bénéficient d’une proximité et d’une confiance politiques de haut niveau, consolidées par une succession de contacts au plus haut niveau et par l’établissement du Partenariat stratégique global. L’enjeu est désormais de transformer cet élan en projets concrets et durables, afin de porter la coopération bilatérale à la hauteur du potentiel des deux pays.
Ce qui retient particulièrement l’attention de l’ancien ambassadeur français est le changement d’échelle et de rythme de la relation politique. Selon lui, il s’agit de l’évolution naturelle d’une relation fondée sur le respect mutuel, une meilleure connaissance réciproque et la conviction que la coopération constitue un moyen efficace d’atteindre ses objectifs, malgré des divergences parfois profondes.
La succession des rencontres de haut niveau depuis 2024 et l’établissement du Partenariat stratégique global témoignent d’une volonté politique très forte des deux parties.
Selon Serge Degallaix, la dernière visite en France du secrétaire général du Parti communiste du Vietnam (PCV) et président vietnamien, To Lam, doit permettre de franchir une étape supplémentaire : transformer la proximité politique en réalisations concrètes et durables.
Sur le plan économique, la relation a longtemps été marquée par sa richesse politique, culturelle et humaine, tandis que les relations économiques, bien que remarquables, restaient en deçà de leur potentiel. Les deux pays peuvent désormais nourrir des ambitions plus élevées, adaptées à un Vietnam profondément changé et à un monde en restructuration.
Le Vietnam est devenu une économie de plus de 100 millions d’habitants, fortement industrialisée, intégrée aux chaînes de valeur asiatiques et mondiales et portée par de grandes ambitions technologiques, tout en maintenant un rythme de croissance élevé.
De son côté, la France dispose de domaines d’excellence correspondant directement aux besoins de cette transformation : énergie, infrastructures et transports, aérospatial, numérique et intelligence artificielle, santé, agriculture et agroalimentaire, environnement, défense et sécurité maritime.
Pour donner une traduction concrète à cette dynamique, il convient, selon lui, de sélectionner quelques grands projets, de mobiliser les entreprises et les financements nécessaires et d’en assurer le suivi au plus haut niveau.
Par ailleurs, selon l’ancien ambassadeur, cette coopération doit s’inscrire dans un cadre plus large. La France, porte d’entrée vers l’Union européenne (UE), et le Vietnam, acteur majeur de l’ASEAN, sont deux nations qui souhaitent diversifier leurs partenariats. Leur rapprochement favorise ainsi le dialogue entre l’UE et l’ASEAN, appuyé par l’Accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Vietnam (EVFTA), entré en vigueur en 2020.
Enfin, Serge Degallaix souligne que l’histoire commune doit constituer « un point d’appui, non le centre de gravité » de la relation. Trois priorités s’imposent pour l’avenir : l’économie et les grands projets ; la formation, la recherche et les contacts entre les jeunes générations ; ainsi que le dialogue stratégique, non seulement bilatéral mais aussi entre l’Union européenne et l’ASEAN, sur l’Indo-Pacifique et les grands équilibres internationaux.
Selon lui, nul doute que la visite de To Lam en France apporterait une contribution décisive à la concrétisation de ces ambitions et des enjeux concrets qu’elles comportent pour les deux pays.