Hoa Tiên est l’un des villages de brocatelle les plus anciens et les plus réputés de la région. Presque chaque foyer possède son métier à tisser. Très tôt, les femmes apprennent les gestes du tissage auprès de leurs mères et de leurs grands-mères, perpétuant un savoir-faire ancestral enrichi au fil du temps par la créativité individuelle.
Longtemps fragilisé par les mutations économiques et sociales, ce métier traditionnel a pourtant su résister. Aujourd’hui, grâce à la mobilisation des habitants et au soutien des autorités locales, la brocatelle de Hoa Tiên retrouve sa place sur le marché et assure des revenus stables aux familles du village. Sâm Thi Bich, elle, dirige la coopérative de brocatelle villageoise.
«La brocatelle d’ici est tissée pour notre propre communauté thaïe. Les motifs sont hérités de nos ancêtres. Ce sont des dessins que les autres ethnies n’ont pas. Les brocatelles thaïes de Nghê An sont très diverses», nous fait-elle observer.
Pour réaliser une pièce de brocatelle, les artisanes suivent un processus entièrement manuel, long et exigeant. De la culture du coton au filage, de la teinture à l’installation des fils sur le métier, chaque étape requiert patience et précision avant d’aboutir au tissage proprement dit.
L’artisane Sâm Thi Xuyêt nous explique le processus de production.
«Dès le premier mois lunaire, nous plantons le coton. La récolte n’a lieu qu’au sixième mois. Après cela, nous séparons les graines, battons le coton, l’enroulons et le filons. L’étape la plus difficile est le tissage. Pour obtenir un motif précis, il faut monter soi-même les fils selon le dessin souhaité», précise-t-elle.
La Ngoc Diêm, une autre artisane, retient notre attention sur une particularité locale.
«Ici, au lieu du ver à soie jaune ordinaire, nous élevons le ver à soie blanc. Il faut environ un mois pour obtenir un cocon complet. Avant de filer, nous chauffons l’eau, puis nous y plongeons les cocons pour que les fils se libèrent et s’attachent entre eux. Lors du filage, il faut veiller à ce que le fil soit bien régulier, sans poussière. Pour que la couleur soit uniforme, je rajoute de l’eau et je tourne la bobine de manière constante, afin que le fil ne soit ni trop épais ni sale», nous dit-elle.
Autre élément essentiel: le métier à tisser. Fabriqué en bois ou en bambou, il est de grande taille et composé de nombreuses pièces. Sa solidité et la fluidité de ses mécanismes conditionnent directement la qualité des étoffes produites.
Les motifs de la brocatelle thaïe de Hoa Tiên sont particulièrement riches: formes géométriques, végétaux, animaux, symboles cosmiques... Chaque motif exige un comptage précis des fils et une parfaite maîtrise du geste, fruit de longues années d’apprentissage, comme nous l’indique l’artisane Sâm Thi Xuyêt.
«Pour créer un motif, il faut imaginer soi-même le dessin, puis monter les fils. Cela peut être un oiseau, un cerf, un dragon, un papillon, le soleil ou la lune… Pour établir un motif, il faut compter chaque fil. Quand on débute, c’est très difficile», dit-elle.
La brocatelle de Hoa Tiên se distingue également par la richesse de ses couleurs. Alors que d’autres régions n’utilisent que sept teintes de base, les artisanes locales ont développé une palette de 52 couleurs, toutes issues de teintures naturelles, appliquées aussi bien sur le coton que sur la soie ou le lin. Sâm Thi Thoa, une autre artisane locale, nous en dit plus.
«Le jaune provient de la fibraurée, le vert clair des feuilles de thé, le rouge de la plante pháng, et le bleu indigo des feuilles de hom. Nous cultivons toutes ces plantes à la maison. Pour teindre le fil, nous faisons bouillir les matières, puis nous teignons, essorons et faisons sécher les fils», précise-t-elle.
Aujourd’hui, deux coopératives structurent l’activité de brocatelle à Hoa Tiên. Elles collectent les productions, accompagnent les artisanes et diversifient les débouchés. Châles, sacs, couvertures, vêtements, objets décoratifs ou souvenirs…, les produits locaux sont présentés lors de foires et d’événements culturels, et s’exportent désormais vers plusieurs pays.
À Hoa Tiên, la brocatelle continue ainsi de tisser un lien vivant entre tradition et modernité, faisant résonner, au fil des métiers à tisser, la mémoire et l’identité d’un peuple.