À l’occasion du 101e anniversaire de la Journée de la presse révolutionnaire vietnamienne (21 juin 1925 – 21 juin 2026), M. Trinh Van Quyet, membre du Bureau politique, secrétaire du Comité central du Parti et chef de la Commission centrale de la propagande, de l’éducation politique et de la mobilisation des masses, a accordé au journal Nhân Dân un entretien sur le rôle, la mission et les orientations de développement de la presse révolutionnaire vietnamienne dans le contexte de la transformation numérique, de l’intelligence artificielle et des profondes mutations de l’écosystème médiatique contemporain.
Une « identité » et une singularité qui ne peuvent être sacrifiées
Journaliste : À l’heure où l’intelligence artificielle (IA), les réseaux sociaux et les plateformes numériques transforment en profondeur l’écosystème médiatique, tout en soulevant de nombreux défis en matière de vérification de l’information, d’orientation de l’opinion publique et de consolidation de la confiance sociale, quelle est l’importance des valeurs fondamentales de la presse révolutionnaire vietnamienne pour préserver les fondements idéologiques, renforcer le consensus social et promouvoir la force morale de la nation ?
Trinh Van Quyet : L’ère de l’IA et des réseaux sociaux engendre une concurrence informationnelle sans précédent dans l’histoire du journalisme. Lorsque les informations vraies et fausses se mêlent, que leur diffusion devance souvent leur vérification et que l’émotion tend à prendre le pas sur la raison, le rôle de la presse révolutionnaire dans l’orientation de l’opinion publique et le renforcement du consensus social devient plus crucial que jamais. Il ne s’agit pas seulement d’un défi professionnel, mais aussi d’un enjeu lié à la protection des fondements idéologiques du Parti et à la sécurité idéologique nationale.
Dans ce contexte, les valeurs fondamentales de la presse révolutionnaire vietnamienne doivent être affirmées avec encore plus de force et de constance. L’esprit de Parti, l’attachement au peuple, la véracité et le caractère combatif constituent son « identifiant », son identité profonde, qui ne saurait être compromise. À cela doivent s’ajouter le professionnalisme, l’humanisme et la modernité, qui doivent servir de socle pour permettre à la presse de conserver son rôle moteur dans l’environnement médiatique numérique.
La technologie détermine la vitesse, mais seule la confiance détermine la place et la puissance de la presse. Plus les flux d’information se multiplient, plus la société a besoin d’un courant d’information principal, précis, fiable et responsable. La presse révolutionnaire doit devenir un véritable « système immunitaire » de l’information pour la société, capable de combattre activement les informations erronées et hostiles, de diffuser les valeurs positives, d’être un pilier de confiance pour le peuple et de nourrir l’aspiration au développement d’un Vietnam prospère et puissant.
– Récemment, lors de la cérémonie marquant le 75e anniversaire de la première parution du journal Nhân Dân, le secrétaire général du Parti et président de la République, To Lam, a souligné que le journal devait être une « arme acérée », une « unité de pointe », une « station de détection de l’information » et mériter son statut de « porte-drapeau du travail idéologique du Parti ». Selon vous, comment les principaux organes de presse du Parti doivent-ils se réformer afin de conserver leur rôle d’orientation de l’opinion publique, de guidage de la société et de création de confiance auprès de la population, alors que la concurrence informationnelle s’intensifie dans l’espace numérique ?
L’espace numérique transforme fondamentalement les mécanismes de formation de l’opinion publique ainsi que la structure du pouvoir informationnel. Les orientations fixées par le secrétaire général du Parti et président de la République To Lam constituent non seulement une reconnaissance du rôle du journal Nhân Dân, mais aussi une exigence stratégique et un impératif politique pour l’ensemble des grands organes de presse du Parti.
Pour conserver leur place au sein du principal courant d’information, ces organes ne peuvent plus travailler selon les méthodes traditionnelles. Ils doivent opérer une transformation profonde de leur vision du développement et passer du statut de « diffuseurs d’information » à celui de « guides de l’information ». Aujourd’hui, la presse ne se limite plus à relater les faits ; elle doit créer la confiance, orienter la perception sociale et renforcer le consensus populaire. La presse révolutionnaire doit être une véritable « arme acérée » sur le front idéologique, une force de premier plan dans la transformation numérique et une « station de veille sociale » capable de saisir rapidement les réalités du terrain ainsi que les préoccupations et aspirations de la population, contribuant ainsi à préserver la souveraineté informationnelle nationale dans le cyberespace.
Continuer à créer un environnement et des mécanismes favorables au développement de la presse
– Pouvez-vous nous préciser les orientations de la Commission centrale de la propagande, de l’éducation politique et de la mobilisation des masses concernant la poursuite de la réorganisation du système de presse selon les principes de rationalisation, d’efficacité et de performance, tout en permettant aux journalistes de travailler sereinement, de mettre pleinement en valeur leurs compétences, leur responsabilité sociale et leur engagement professionnel ?
La poursuite de la réorganisation du système de presse selon les principes de rationalisation, de solidité, d’efficacité et de performance constitue une orientation cohérente, stratégique et une nécessité objective dans le contexte actuel. Toutefois, rationaliser ne signifie ni réduire mécaniquement les effectifs ni diminuer le rôle ou l’influence de la presse. Cette réorganisation doit être substantielle afin de rendre le système médiatique plus fort, plus professionnel, plus efficace et mieux à même d’accomplir les missions politiques confiées par le Parti, l’État et le peuple.
Parallèlement à cela, cette réforme doit placer l’être humain au centre des préoccupations. Les professionnels des médias doivent bénéficier des conditions nécessaires pour exercer leur métier sereinement, développer leurs compétences, entretenir leur esprit d’engagement, leur responsabilité sociale et leur éthique professionnelle, dans un environnement stable et professionnel.
Nous sommes également pleinement conscients des difficultés auxquelles sont confrontés aujourd’hui les organes de presse, notamment les pressions liées aux revenus et aux exigences de la transformation numérique. L’économie des médias n’est pas seulement une question financière ; elle constitue une condition essentielle pour préserver la qualité des contenus, l’intégrité professionnelle et la compétitivité des rédactions. Le Parti et l’État ont créé, créent et continueront à créer un environnement et des mécanismes favorables au développement de la presse conformément aux orientations fixées. Ils poursuivront l’amélioration des dispositifs de commande publique, d’attribution de missions et de soutien approprié, tout en encourageant les médias à diversifier leurs sources de revenus, à innover dans leurs modèles de fonctionnement et à renforcer leur autonomie afin de répondre aux exigences de la nouvelle phase de développement.
– La Directive no 5 du Bureau politique sur le renforcement de la direction du Parti à l’égard de la presse et de la communication dans le cyberespace fixe comme objectif, d’ici à 2030, la création de groupes médiatiques nationaux majeurs disposant d’une position et d’une influence régionales. Selon vous, quelles conditions fondamentales et quelles décisions de rupture sont nécessaires pour permettre à la presse vietnamienne de bâtir des organismes médiatiques réellement puissants, compétitifs et capables d’exercer un rôle moteur à l’ère numérique ?
Pour bâtir de véritables organes médiatiques nationaux de premier plan à l’ère numérique, il faut d’abord une rupture dans la conception du développement et de la gestion de la presse. Il est impossible de continuer à faire fonctionner les médias selon un modèle traditionnel dans un environnement de communication profondément transformé.
À l’ère numérique, la puissance d’un média ne se mesure plus principalement à la taille de sa rédaction, mais à sa maîtrise technologique, à ses capacités en matière de données, à sa créativité éditoriale et à son degré de connexion avec le public. Les principaux organes de presse doivent donc être à l’avant-garde de la transformation numérique, maîtriser les technologies et les plateformes modernes de diffusion afin d’améliorer leurs capacités de production, de distribution et de personnalisation des contenus.
Le facteur décisif demeure l’être humain : une équipe de journalistes dotés d’une solide conviction politique, d’une pensée moderne, de compétences technologiques et d’une capacité à produire des contenus de haute qualité sur des plateformes multiples.
La presse doit également renouveler profondément ses contenus et ses modes d’interaction avec le public, en passant du journalisme traditionnel à un journalisme multimédia capable de s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation de l’information, notamment chez les jeunes générations.
Par ailleurs, des décisions suffisamment fortes sont nécessaires pour insuffler une nouvelle dynamique au développement de la presse, qu’il s’agisse de perfectionner le cadre institutionnel, de réformer les mécanismes financiers ou de construire un environnement médiatique sain dans le cyberespace. L’adoption de la Directive n° 05 par le Bureau politique reflète une vision, des objectifs et un ensemble de missions et de solutions stratégiques destinés à promouvoir le développement de la presse. Les principaux organes médiatiques nationaux doivent devenir de véritables centres de communication multiplateformes, capables d’orienter le principal courant d’information, de préserver la souveraineté informationnelle nationale et de renforcer la position de la presse révolutionnaire vietnamienne.
– Ces dernières années, la tendance de certaines revues électroniques à se comporter comme des journaux d’information, en s’éloignant de leur ligne éditoriale, en privilégiant le sensationnalisme, la recherche de clics, la commercialisation des contenus et même certaines formes de privatisation de l’activité journalistique, a suscité de nombreuses préoccupations. Quelles mesures la Commission centrale de la propagande, de l’éducation politique et de la mobilisation des masses entend-elle mettre en œuvre pour corriger durablement cette situation et préserver la discipline ainsi que la crédibilité de la presse révolutionnaire ?
Ces dernières années, grâce à l’action résolue de la Commission centrale de la propagande, de l’éducation politique et de la mobilisation des masses, des autorités de régulation et des organismes de tutelle, les dérives consistant à transformer les revues en quasi-journaux d’information, à s’éloigner de leur mission initiale, à privilégier le sensationnalisme, la recherche de clics, la marchandisation des contenus ou encore certaines manifestations de « privatisation » de la presse ont été progressivement contenues, corrigées et nettement réduites. De nombreux organes de presse en infraction ont fait l’objet d’inspections et de sanctions sévères.
Toutefois, cette question exige encore une action déterminée, permanente et sans exception. Car si la discipline journalistique n’est pas préservée, la crédibilité de la presse révolutionnaire ainsi que la qualité de l’environnement informationnel en pâtiront directement.
La ligne directrice demeure le maintien de la discipline, de l’identité et des valeurs fondamentales de la presse révolutionnaire, ainsi que la correction ferme de toutes les dérives, de l’éloignement des objectifs initiaux et de la marchandisation des contenus qui nuisent à la réputation du journalisme. Les organes de presse et les revues électroniques coupables de violations graves et persistantes, sans volonté ou capacité de remédier à leurs manquements, feront l’objet de sanctions rigoureuses pouvant aller jusqu’au retrait de leur licence d’activité. Dans le même temps, le processus de réorganisation et de rationalisation du système de presse se poursuivra de manière concrète et efficace. Seuls seront maintenus les organes de presse véritablement nécessaires, respectant leur mission, produisant des contenus de qualité et bénéficiant de la confiance de la société, afin que la presse révolutionnaire vietnamienne soit réellement intègre, forte et digne de la confiance du Parti et du peuple.
– Merci beaucoup, camarade.