Dans son article, l’ancien diplomate a rappelé que le Vietnam avait signalé son premier cas d'infection au Covid-19 le 23 janvier. Plus de trois mois plus tard, alors que le nombre d'infections au nouveau coronavirus dans le monde avait dépassé 4 millions et que près de 280 000 personnes sont décédées, le Vietnam n'enregistre que 288 cas d’infection et aucun décès.
Beaucoup de gens avaient prévu que le Vietnam serait fortement touché par la pandémie en raison de sa frontière commune de 1 400 km avec la Chine et de sa population dense avec 96 millions d'habitants sur une superficie de 331 700 km2.
De plus, le pays dispose de ressources limitées pour faire face à la maladie. Au cours des deux dernières décennies, avec une croissance économique élevée, le PIB par habitant a plus que doublé pour atteindre 2 700 dollars en 2019. Plus de 45 millions de Vietnamiens sont sortis de la pauvreté. Cependant, les ressources de santé du pays sont loin derrière celles des autres pays développés, y compris dans la région de l’ASEAN. Le Vietnam ne compte que huit médecins pour 10 000 habitants.
Alors, pourquoi le taux d'infection au Covid-19 est-il si bas au Vietnam ?
Entrer à la guerre
La réponse peut probablement être le slogan du Gouvernement vietnamien : « Combattre l'épidémie comme combattre l'ennemi », auquel le peuple vietnamien a activement répondu. L'esprit des guerres précédentes contre les envahisseurs étrangers a été transmis sur la lutte contre la pandémie de COVID-19.
Alors que d'autres pays sont restés confus à propos de la pandémie, le Vietnam a créé le 30 janvier un Comité national de pilotage de la prévention et de la lutte contre le COVID-19.
Comme dans la guerre, le Vietnam a mobilisé toutes ses ressources, y compris l'armée, pour faire face à la maladie. Le 1er février, le pays a lancé une série de mesures pour empêcher la propagation du Covid-19, notamment la suspension de tous les vols à destination et en provenance de Chine et la fermeture de toutes les écoles et universités. La semaine suivante, le Vietnam a fermé la frontière avec la Chine sauf les échanges commerciaux nécessaires.
Dès le début, toute personne entrant dans le pays en provenance des zones à haut risque a dû s’isoler pendant 14 jours. Alors que d'autres pays n'ont mis en quarantaine et testé que les personnes infectées et leurs contacts directs, le Vietnam a isolé toutes les personnes infectées et celles qui étaient soupçonnées d'être infectées.
Par exemple, les cas positifs considérés comme F0 sont mis en traitement à l'hôpital. Les personnes ayant été exposées au F0 sont appelées F1, sont testées et mises en quarantaine dans des camps militaires ou dans des hôpitaux. Les cas de F2 doivent s'isoler chez eux pendant deux semaines. Si F1 est positif, il devient F0 et donc F2 devient F1. L'armée vietnamienne a réservé des installations d'une capacité de 60 000 personnes pour l'isolement, afin de prévenir la propagation de l’épidémie.
Des patients de Covid-19 annoncés guéris et sortis de l’hôpital. Photo : VNA.
Stratégie à bas prix
Contrairement à d’autres pays, le Vietnam a appliqué une stratégie « à faible coût » en testant seulement les personnes placées en isolement au lieu de procéder au dépistage coûteux à grande échelle.
Début mars, seule une petite partie des dizaines de milliers de personnes placées en quarantaine a été testée. En avril, le nombre de tests avait dépassé le nombre de personnes isolées. De nombreux tests ont été réalisés sur des personnes à haut risque d'exposition, comme celles dans des marchés, des villages et des hôpitaux de Hanoi.
Le Vietnam a également mis en œuvre un certain nombre d'autres mesures telles que la suspension de l'exemption de visa pour les citoyens de certains pays, fermeture des cinémas, des clubs, des bars, des salons de massage et des salles de karaoké et l’interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes.
Le 1er avril, lorsque le nombre de cas de Covid-19 a dépassé 200, le Gouvernement vietnamien a imposé une distanciation sociale à l'échelle nationale pendant 15 jours. Tous les vols internationaux et nationaux et les bus interurbains ont été suspendus. Le port de masques dans les lieux publics a été rendu obligatoire. Les habitants ne sont autorisés à quitter leur maison que pour aller acheter de la nourriture et tous les rassemblements sont interdits. Les mesures de distanciation sociale ont été étendues dans des localités à haut risque d'infection. Cette décision a été prise pour empêcher la propagation de la pandémie et minimiser l'impact de la distanciation sociale sur l'économie.
Vers la numérisation
La distanciation sociale a remporté des résultats remarquables, de sorte qu'aucun nouveau cas n'a été signalé dans le pays pendant des jours consécutifs. Étonnamment, c'est la pandémie de Covid-19 et la distanciation sociale qui ont accéléré la numérisation et les activités en ligne au Vietnam.
La gouvernance électronique est appliquée largement. Les fonctionnaires ont rempli leurs tâches en toute confiance depuis leur domicile, tandis que les responsables du gouvernement ont eu recours aux conférences en ligne pour communiquer avec les fonctionnaires. Les écoles et les universités sont rapidement passées à l'enseignement en ligne sans aucune difficulté. Des programmes éducatifs et pédagogiques sont également disponibles sur les chaînes de télévision.
Ces méthodes numériques contribuent non seulement à réduire le risque de propagation de l’épidémie mais aident également le pays à se rapprocher de la révolution industrielle 4.0.