Dans un contexte d’intégration économique toujours plus poussée, le commerce électronique dépasse désormais son rôle de simple canal de vente complémentaire pour devenir un pilier à part entière de la stratégie nationale d’exportation. L’espace numérique élargit les débouchés commerciaux et redéfinit la manière dont les produits vietnamiens accèdent, s’implantent et se maintiennent dans les systèmes de distribution modernes, notamment sur des marchés exigeants comme les États-Unis, l’Europe et l’Asie du Nord-Est.
Dans les faits, le commerce électronique transfrontalier constitue une forme de « porte d’entrée progressive » pour les entreprises vietnamiennes. Il leur permet d’atteindre directement les consommateurs étrangers tout en servant de canal d’expérimentation avant une intégration plus large dans les réseaux de distribution traditionnels. Grâce aux grandes plateformes mondiales, les produits vietnamiens s’affranchissent partiellement du modèle d’exportation indirecte et peuvent construire leur propre image de marque, maîtriser leurs données de marché et affiner leur positionnement.
Cette dynamique est particulièrement visible sur le marché américain, l’un des plus vastes et des plus exigeants au monde. Selon Do Ngoc Hung, conseiller commercial et chef du service commercial de l’ambassade du Vietnam aux États-Unis, la mise en œuvre du programme visant à encourager la participation directe des entreprises vietnamiennes aux réseaux de distribution étrangers a permis de promouvoir des produits à forte valeur ajoutée, tout en limitant les exportations de matières premières brutes.
Dans ce cadre, le service commercial vietnamien aux États-Unis a multiplié les initiatives de mise en relation directe entre entreprises vietnamiennes et grands groupes de distribution tels que Walmart, Costco ou Amazon. Ces démarches s’inscrivent dans une stratégie de long terme visant à intégrer progressivement les fournisseurs vietnamiens aux chaînes d’approvisionnement américaines, depuis la compréhension des normes et des processus jusqu’aux phases de test via les canaux numériques.
Selon les données de Walmart, le volume annuel des échanges commerciaux réalisés par voie électronique entre le groupe et le Vietnam dépasse 2 milliards de dollars. Au-delà de son ampleur, ce chiffre illustre le potentiel considérable offert par les canaux de distribution modernes. Dans de nombreux cas, la vente en ligne constitue la première étape avant l’introduction des produits vietnamiens dans les rayons physiques des grandes surfaces étrangères.
Cette tendance ne se limite pas au marché américain. Elle s’étend à d’autres régions, où les produits vietnamiens accèdent progressivement à de grands réseaux de distribution combinant vente traditionnelle et commerce électronique : AEON et Lotte en Asie du Nord-Est, Carrefour, Auchan ou Decathlon en Europe, ainsi que LuLu Group au Moyen-Orient. Pour ces acteurs, le numérique n’est plus un canal marginal mais une composante structurelle de leur stratégie commerciale.
Un tremplin vers les rayons des supermarchés internationaux
L’expérience montre que le commerce électronique ne se limite pas à offrir une visibilité numérique aux produits vietnamiens : il agit comme un véritable tremplin vers les circuits de distribution traditionnels. Les données de vente, les retours des consommateurs et la capacité à honorer les commandes constituent autant d’indicateurs concrets permettant aux distributeurs internationaux d’évaluer la fiabilité et le potentiel des fournisseurs vietnamiens.
De nombreux groupes de distribution adoptent aujourd’hui un modèle hybride, utilisant les plateformes en ligne comme banc d’essai avant une intégration dans les réseaux physiques. Pour les entreprises vietnamiennes, cette approche réduit sensiblement les barrières à l’entrée, en leur permettant de démontrer progressivement leurs capacités sans devoir répondre immédiatement à des exigences élevées en matière de volumes et de logistique.
Par ailleurs, le commerce électronique transfrontalier rapproche les producteurs des consommateurs finaux. Il permet non seulement de vendre des produits, mais aussi de raconter leur origine, leurs méthodes de fabrication et leur dimension culturelle — des éléments de plus en plus déterminants pour les consommateurs internationaux, notamment dans un contexte marqué par la montée des préoccupations liées à la durabilité et à la traçabilité.
Malgré ces opportunités, de nombreux obstacles subsistent. Les exigences en matière de qualité, de sécurité alimentaire, de traçabilité et de responsabilité environnementale et sociale se renforcent. À cela s’ajoutent les coûts logistiques, le stockage à l’étranger ainsi que les contraintes fiscales et douanières, qui pèsent particulièrement sur les petites et moyennes entreprises.
Dans ce contexte, le soutien des autorités publiques et du réseau des services commerciaux vietnamiens à l’étranger demeure déterminant. Les programmes de mise en relation avec les distributeurs, l’accompagnement dans l’adaptation aux normes des marchés et la diffusion d’informations sur les tendances de consommation contribuent à renforcer l’intégration des entreprises vietnamiennes dans les chaînes de valeur mondiales.
Du commerce numérique aux rayons des supermarchés étrangers, le commerce électronique ouvre ainsi une nouvelle trajectoire pour les produits vietnamiens. S’il est exploité de manière structurée et durable, il peut devenir bien plus qu’un simple outil de vente : un moteur essentiel de montée en gamme, de compétitivité et de reconnaissance internationale.