Le marché d’An Lạc n’a rien d’un lieu de promenade. Il est fréquenté quotidiennement par des ouvriers, des agriculteurs et des pêcheurs venus s’approvisionner en outils et pièces indispensables à leur activité.
Dès l’entrée, l’atmosphère est saisissante : odeur d’huile mécanique, tintement métallique des pièces qui s’entrechoquent.
À Can Tho, on surnomme parfois An Lac le « marché à ciel ouvert des mécaniciens ».
Des vis minuscules aux lourdes poulies, les pièces s’alignent dans un apparent désordre, fruit d’une organisation parfaitement maîtrisée par les vendeurs.
Des enseignes modestes, aux lettres vieillies, annoncent l’essentiel : ressorts, fer, pièces diverses. Une signalétique fonctionnelle, sans artifice.
Des ressorts d’acier de toutes tailles sont suspendus en grappes, évoquant des fruits métalliques. Une mise en scène qui témoigne de la diversité et de la spécialisation des marchandises.
Hélices en inox ou en laiton, poulies massives et pièces usées s’empilent dans les échoppes étroites. Chaque objet porte les traces d’un usage antérieur.
Le marché ne s’étend pas sur de vastes allées. Il se faufile dans les ruelles et déborde sur la chaussée, les étals occupant chaque centimètre disponible.
Au milieu du métal et de la graisse, la vie quotidienne suit son cours.
Les clients arrivent en moto, s’arrêtent quelques minutes, négocient, repartent. Les gestes sont rapides, familiers, presque routiniers.
Tho, propriétaire d’un petit stand de pièces détachées, explique : « Aujourd’hui, il y a des supermarchés et des magasins modernes partout. Mais ici, nous connaissons chaque panne, chaque machine. »
Il ajoute : « Certaines pièces anciennes sont introuvables ailleurs. Ici, il suffit de demander. Ce marché tient grâce à la confiance et à la solidarité entre artisans, depuis des décennies. »
Pour Thu, comme pour beaucoup de commerçants, vendre une pièce n’est pas qu’un acte commercial. C’est aussi conseiller, calculer, aider le client à prolonger la durée de vie de son outil de travail.
« Tout le monde n’a pas les moyens d’acheter du neuf », confie-t-elle. « On cherche des pièces d’occasion encore fiables, à un prix juste, pour que les motos, les bateaux continuent de rouler. »
Sans être bruyant ni spectaculaire, le marché d’An Lac poursuit son activité à l’écart des projecteurs, au cœur d’une ville en pleine modernisation.
Il demeure un repère familier pour les travailleurs, préservant une culture de marché traditionnelle fondée sur l’entraide et l’expérience.
En quittant An Lac, le cliquetis du métal résonne encore. Dans cette rue discrète, les pièces de fer semblent chargées de mémoire, racontant la persistance d’un monde ouvrier et la ténacité de ceux qui, jour après jour, redonnent vie aux machines.