Le premier pas vers la démocratie du Vietnam indépendant

Tel est le point de vue exprimé par le docteur Petr Tsvetov, chercheur principal au Centre d’études vietnamiennes et de l’ASEAN relevant de l’Institut de la Chine et de l’Asie contemporaine de l’Académie des sciences de Russie, dans un entretien accordé au correspondant du journal Nhân Dân en Russie.

Le docteur Petr Tsvetov, chercheur principal au Centre d’études vietnamiennes et de l’ASEAN relevant de l’Institut de la Chine et de l’Asie contemporaine de l’Académie des sciences de Russie. Photo : NDEL.
Le docteur Petr Tsvetov, chercheur principal au Centre d’études vietnamiennes et de l’ASEAN relevant de l’Institut de la Chine et de l’Asie contemporaine de l’Académie des sciences de Russie. Photo : NDEL.

Cette interview a été réalisée à propos de la signification de la première Journée des élections générales pour élire l’Assemblée nationale du Vietnam (6 janvier 1946).

Selon Petr Tsvetov, il y a 80 ans, le 6 janvier 1946, le Vietnam organisait sa toute première élection générale pour élire l’Assemblée nationale. Tous les citoyens vietnamiens âgés de 18 ans et plus disposaient du droit de vote pour élire les députés, représentants de la volonté et des aspirations du peuple, chargés de décider des grandes questions nationales et d’élaborer les lois, contribuant ainsi à orienter et à gouverner le développement du pays.

La création d’une Assemblée nationale fondée sur la volonté et les aspirations de l’écrasante majorité de la population revêtait une importance capitale. En définitive, le Parti communiste du Vietnam, arrivé au pouvoir et proclamant l’indépendance du pays, était le fruit de l’organisation des masses populaires, même si son champ d’action demeurait alors limité.

À cette époque, 89 % des citoyens éligibles participèrent au scrutin, affirmant ainsi leur confiance envers le Président Hô Chi Minh et le Front Viêt Minh qu’il avait fondé. Les lois et autres décisions adoptées par l’Assemblée nationale issue de ces élections générales bénéficiaient d’une tout autre force. Il s’agissait de décisions légitimes, reposant sur des principes auxquels aspirait le monde civilisé du XXᵉ siècle. Dès lors, nul ne pouvait contester la légitimité du gouvernement dirigé par le leader Hô Chi Minh. C’est également à partir de ce moment que le droit au développement indépendant de la République démocratique du Vietnam fut une nouvelle fois affirmé.

Le docteur Petr Tsvetov souligne qu’il convient d’affirmer le rôle déterminant du grand dirigeant du peuple vietnamien, Hô Chi Minh, dans le succès des élections générales de 1946. Dans un contexte particulièrement complexe, le Président Hô Chi Minh sut habilement garantir le bon déroulement du scrutin et faire reconnaître ses résultats par l’ensemble des forces politiques nationales.

En pratique, Hô Chi Minh fit preuve à la fois de fermeté sur les principes et de souplesse tactique dans le rassemblement des autres partis politiques, notamment le Parti nationaliste vietnamien (Quốc dân Đảng) et l’Alliance (Đồng minh Hội). Il leur accorda des sièges au sein de l’Assemblée nationale. Dans le but de réaliser la grande union nationale, de consolider un pouvoir encore fragile et de ne pas soutenir le régime monarchique, le dirigeant du Parti communiste du Vietnam invita l’ancien empereur Bao Dai, alors citoyen sous le nom de Vinh Thuy, à participer aux élections. Le Parti communiste remporta le plus grand nombre de sièges à l’Assemblée nationale, et le Président Hô Chi Minh obtint le plus grand nombre de suffrages, ce qui démontrait directement la confiance réelle que le peuple plaçait en lui.

Selon Petr Tsvetov, la première Assemblée nationale de la République démocratique du Vietnam posa les fondements procéduraux des élections selon les principes démocratiques et progressistes les plus avancés : le suffrage direct, le vote à bulletin secret, l’égalité et le suffrage universel.

Il y a 80 ans, le Président Hô Chi Minh écrivait : « Ceux qui seront élus devront s’efforcer de préserver fermement l’indépendance de la Patrie, de travailler de toutes leurs forces au bonheur du peuple. Ils devront toujours se souvenir et mettre en pratique cette maxime : pour l’intérêt du pays, oublier l’intérêt familial ; pour l’intérêt commun, oublier l’intérêt personnel. Ils devront se montrer dignes du peuple et dignes de la Patrie. »

L’un des autres grands accomplissements de la première législature fut l’adoption de la loi fondamentale du pays : la Constitution. La Constitution vietnamienne consacra les acquis de la Révolution d’Août, proclama l’indépendance et la souveraineté du peuple vietnamien, l’égalité entre tous les citoyens, les libertés d’expression, de presse, de réunion et de religion, ainsi que la reconnaissance du droit à la propriété privée. Ces principes démocratiques essentiels ont été hérités par les constitutions ultérieures du Vietnam et se trouvent plus pleinement affirmés dans la Constitution actuellement en vigueur (adoptée en 2013).

Le chercheur russe conclut qu’il y a 80 ans, la veille des élections générales, le Président Hô Chi Minh publiait dans le journal Cứu quốc, numéro 134 du 5 janvier 1946, un « Appel aux citoyens pour aller voter », rédigé dans un langage très simple et accessible : « Demain sera un jour qui conduira notre peuple sur une voie nouvelle. » Et il en fut effectivement ainsi. La prédiction du Président est devenue réalité. Au cours des huit dernières décennies, le Vietnam n’a cessé d’avancer sur cette voie nouvelle, remportant victoire après victoire, et s’engage aujourd’hui avec confiance dans une nouvelle ère.

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