Le système de valeurs vietnamien - une « boussole spirituelle » à l’ère de la mondialisation

Dans un monde de plus en plus interconnecté, où la compétition entre les nations ne se limite plus aux capacités économiques ou technologiques mais s’étend aux domaines culturels et à la capacité de façonner l’être humain, la question des valeurs nationales devient plus pressante que jamais.

La nouvelle norme des valeurs humaines stipule que, quelle que soit notre modernisation, nous devons préserver des traditions et des valeurs telles que l'humanité et l'amour de la paix. Photo : VOV
La nouvelle norme des valeurs humaines stipule que, quelle que soit notre modernisation, nous devons préserver des traditions et des valeurs telles que l'humanité et l'amour de la paix. Photo : VOV

Dans cette perspective, la culture n’est pas seulement un héritage, mais aussi une « boussole spirituelle » orientant un développement durable.

Pour le Vietnam, la nécessité de construire un socle commun de valeurs apparaît d’autant plus clairement dans un contexte de transformations profondes de la société, sous l’effet conjugué de l’économie de marché et de l’espace numérique. Comment concilier modernisation et préservation de l’identité ? Sur quelles bases définir les normes humaines adaptées à la nouvelle époque ?

Ces questions sont éclairées à travers un échange avec Nguyen Thanh Xuan, docteur et enseignant à l’Université de la Culture de Hanoï.

L’un des points saillants de la Résolution 80 sur le développement culturel, selon Nguyen Thanh Xuan, réside dans un changement de paradigme : la culture n’est plus considérée comme un domaine « auxiliaire », mais comme un moteur et un fondement du développement socio-économique. Il ne s’agit pas seulement d’un changement de terminologie, mais d’une affirmation du rôle central de la culture dans l’architecture du développement national.

Cette vision rappelle un principe bien connu du processus d’intégration : s’intégrer sans se diluer. Dans le contexte de la mondialisation, la préservation de l’identité ne relève pas seulement de la conservation, mais constitue également une condition pour qu’un pays affirme sa place sur la carte culturelle mondiale.

Selon Nguyen Thanh Xuan, le défi actuel ne réside pas uniquement dans la préservation, mais aussi dans la manière de redéfinir le rôle de la culture dans l’économie. Si, autrefois, la culture était principalement perçue sous son angle spirituel, elle peut aujourd’hui devenir une ressource économique majeure, notamment à travers le développement des industries culturelles. Dans cette approche, le patrimoine n’est pas seulement la mémoire du passé, mais aussi un atout pour l’avenir.

Cependant, l’essor rapide des technologies numériques pose également de nouveaux défis. Les transformations dans la manière dont les individus communiquent et entretiennent leurs relations sociales tendent à fragiliser les liens traditionnels. La famille, la communauté et les relations sociales - fondements de la culture vietnamienne - sont confrontées au risque de « distanciation » dans un espace numérisé.

Dans ce contexte, la construction d’un système de valeurs humaines devient une mission centrale. Selon Nguyen Thanh Xuan, ce système doit être à la fois héritier des fondements historiques et capable de s’adapter aux exigences de l’époque contemporaine.

Des qualités essentielles telles que l’humanisme, l’attachement à la paix, le sens de la communauté, le respect de soi et des autres, ou encore la capacité à préserver les valeurs familiales, conservent toute leur pertinence. Il ne s’agit pas seulement de normes morales, mais de facteurs garantissant la durabilité sociale dans le processus de modernisation.

Fait notable, Nguyen Thanh Xuan souligne que, quel que soit le niveau de développement technologique, l’être humain ne peut être « mécanisé ». Le lien entre les individus - les interactions directes, les relations empreintes d’émotion - demeure irremplaçable.

Plus largement, la construction du système de valeurs vietnamien ne constitue pas un projet à court terme, mais un processus de longue haleine, nécessitant la participation de l’ensemble de la société. Elle repose sur une articulation entre héritage et innovation, tradition et modernité, identité nationale et esprit d’intégration.

Dans ce parcours, la culture ne joue pas seulement un rôle d’orientation, mais constitue également une ressource endogène essentielle - une « boussole spirituelle » permettant au Vietnam de se positionner dans un monde en perpétuelle mutation.

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