Forte de plus de trois décennies de coopération continue, la coopération médicale Vietnam–France entre aujourd’hui dans une nouvelle phase, marquée par l’accent mis sur l’amélioration de la qualité des soins, la standardisation de la formation et le développement de la recherche appliquée. Dans un entretien accordé au journal Nhân Dân, l'attaché pour la coopération sanitaire et le développement de l’Ambassade de France au Vietnam souligne que l’innovation, la santé numérique et le transfert de connaissances demeurent des moteurs essentiels permettant au partenariat bilatéral de répondre aux nouveaux défis sanitaires.
Selon Gilles Angles, l’Accord intergouvernemental signé en 1993 ne constitue pas seulement un jalon historique, mais surtout le socle d’un modèle de coopération original, fondé sur des liens durables entre universités, hôpitaux et institutions de recherche des deux pays. À partir de ce cadre, la coopération médicale Vietnam–France n’a cessé de se consolider et de s’adapter aux exigences croissantes liées au développement du système de santé vietnamien.
« Notre ambition est aujourd’hui de poursuivre le renforcement de ce modèle en l’ajustant aux réalités du Vietnam contemporain, qu’il s’agisse de garantir la qualité des soins, de consolider la formation ou de promouvoir la recherche appliquée », a-t-il indiqué.
Une coopération pensée comme un continuum entre soins, formation et recherche
La spécificité de la coopération médicale Vietnam–France réside dans son organisation en continuum, où les activités de soins, de formation et de recherche se renforcent mutuellement. L’innovation et la créativité y jouent un rôle transversal, contribuant à la modernisation de la formation médicale, à la promotion de la recherche conjointe et à la mise en œuvre de projets de santé publique adaptés aux besoins du terrain.
Dans un contexte marqué par le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques et l’émergence de nouveaux enjeux liés à la santé mentale, à la nutrition et à l’environnement, la coopération bilatérale met l’accent sur l’amélioration de la qualité des ressources humaines, la standardisation des formations spécialisées et le développement de la recherche clinique étroitement liée aux réalités locales.
La coopération hospitalière, notamment avec l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), est considérée comme l’un des volets les plus aboutis de ce partenariat. Depuis 1993, près de 400 médecins vietnamiens ont bénéficié de formations pratiques au sein des hôpitaux de l’AP-HP, représentant environ un cinquième des plus de 3 000 médecins vietnamiens formés en France. Nombre d’entre eux occupent aujourd’hui des fonctions clés dans les hôpitaux universitaires et les institutions de recherche médicale du Vietnam.
Une ouverture croissante vers la santé numérique et l’innovation
Au-delà des domaines traditionnels, la coopération médicale Vietnam–France s’élargit progressivement à des secteurs innovants tels que la santé numérique, la simulation médicale et l’application de l’intelligence artificielle. Selon Gilles Angles, l’innovation ne constitue pas un champ distinct, mais un levier transversal visant à améliorer la qualité des soins, moderniser la formation et renforcer la prévention.
Alors que le Vietnam investit activement dans la télémédecine et les solutions numériques de santé, la France peut partager son expérience en matière d’applications technologiques, d’analyse des données de santé et de gouvernance hospitalière moderne. Ces coopérations contribuent à accompagner le Vietnam vers une médecine plus préventive, plus connectée et plus équitable.
Selon l’évaluation de la partie française, le Vietnam occupe une position centrale et singulière dans la coopération médicale de la France en Asie, en particulier depuis l’élévation des relations bilatérales au rang de Partenariat stratégique global en 2024. Le secteur de la santé figure parmi les piliers les plus anciens, les plus complets et les plus emblématiques de cette relation, fondée sur la confiance, la continuité et une vision de long terme.
Aujourd’hui perçue comme un modèle de référence dans la région, la coopération médicale Vietnam–France inspire des initiatives similaires dans plusieurs pays d’Asie du Sud-Est. Ses acquis devraient continuer à être valorisés lors du Sommet de la Francophonie prévu en 2026.
Par ailleurs, un nouvel Accord intergouvernemental, actuellement en préparation et destiné à être signé prochainement, permettra d’actualiser le cadre établi en 1993. Il devrait insuffler une nouvelle dynamique à une coopération médicale bilatérale plus durable, plus innovante et davantage tournée vers les objectifs de santé publique.