Normes, métrologie, essais, certification : derrière la compétitivité des entreprises se cache une infrastructure de la qualité souvent méconnue. Le Vietnam entend désormais investir dans la formation des spécialistes de ce secteur stratégique afin d'accompagner sa montée en gamme industrielle et son intégration aux chaînes de valeur mondiales.
Hanoï souhaite renforcer l'un des piliers les moins visibles de son développement industriel : les ressources humaines spécialisées dans les normes, la métrologie et la qualité.
Le vice-Premier ministre Ho Quoc Dung a récemment approuvé un programme national visant à former et développer les compétences dans ces domaines d'ici à 2030. L'objectif est de doter le pays d'une main-d'œuvre qualifiée capable d'accompagner les nouvelles exigences de compétitivité, d'innovation et d'intégration internationales.
Un levier stratégique de compétitivité
Dans une économie moderne, la qualité d'un produit ne dépend pas uniquement de ses matières premières ou de son procédé de fabrication.
Normes techniques, métrologie, essais, certification, accréditation et contrôle qualité constituent un ensemble de mécanismes indispensables pour garantir la conformité des produits, faciliter leur accès aux marchés internationaux et renforcer la confiance des consommateurs.
Cette « infrastructure nationale de la qualité » (National Quality Infrastructure - NQI) est aujourd'hui considérée comme un facteur essentiel de compétitivité industrielle.
Mais son efficacité repose avant tout sur les femmes et les hommes chargés d'élaborer les normes, d'effectuer les mesures, de réaliser les essais ou encore d'accompagner les entreprises dans leurs démarches de certification.
Sans spécialistes qualifiés, même les équipements les plus modernes ou les plateformes numériques les plus performantes ne peuvent produire tous leurs effets.
Former des experts pour répondre aux nouveaux défis
Le Vietnam dispose déjà d'un réseau de professionnels répartis entre les administrations publiques, les laboratoires techniques, les universités, les organismes d'évaluation de la conformité et les entreprises.
Ces équipes contribuent à l'élaboration des normes nationales, au contrôle métrologique ainsi qu'à l'amélioration de la qualité des produits vietnamiens.
Toutefois, les autorités reconnaissent que plusieurs insuffisances persistent. Les formations demeurent dispersées, les référentiels de compétences sont encore incomplets et le pays manque d'experts capables de participer aux travaux de normalisation et d'évaluation de la conformité aux niveaux régional et international.
Or les besoins évoluent rapidement. Les entreprises doivent désormais répondre à des exigences croissantes en matière de transition écologique, de transformation numérique, de réduction des émissions de carbone, de traçabilité ou encore de passeport numérique des produits.
Dans ce contexte, les spécialistes de la qualité devront maîtriser non seulement les normes techniques, mais aussi l'analyse des données, la gestion des risques, les outils numériques et les réglementations internationales.
Une approche fondée sur les compétences
Le nouveau programme ne se limite pas à organiser des formations supplémentaires. Il prévoit la mise en place d'un véritable cadre national de compétences comprenant des référentiels professionnels, des critères d'évaluation, des supports pédagogiques harmonisés, un réseau de formateurs spécialisés ainsi que des dispositifs d'apprentissage accessibles sur des plateformes numériques.
L'objectif est de passer d'une logique de formation ponctuelle à une stratégie de développement durable des compétences.
Autrement dit, il ne s'agit plus seulement de délivrer des certificats de formation, mais de former des professionnels capables de résoudre des problèmes concrets et d'accompagner durablement les entreprises.
Une ambition tournée vers l'international
Le programme répond également aux ambitions internationales du Vietnam. Le pays souhaite participer davantage à l'élaboration des normes internationales, renforcer la reconnaissance mutuelle des certifications et développer ses capacités d'accréditation.
Cela suppose de former une nouvelle génération d'experts possédant à la fois une solide expertise technique, une bonne maîtrise des langues étrangères et une connaissance approfondie des mécanismes internationaux de normalisation.
À travers cette initiative, les autorités vietnamiennes considèrent que le développement des ressources humaines dans les domaines des normes, de la métrologie et de la qualité ne relève plus d'un secteur technique spécialisé, mais constitue un enjeu transversal pour l'ensemble de l'économie.
À mesure que le pays ambitionne de monter en gamme industrielle et de renforcer sa présence dans les chaînes de valeur mondiales, cette infrastructure humaine apparaît désormais comme l'un des fondements de sa compétitivité future.