Le Vietnam fait face à l'une des transitions démographiques les plus rapides au monde. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le pays doit impérativement passer d’une médecine curative à une approche préventive pour instaurer un écosystème de « vieillissement en bonne santé ».
Selon l’OMS, le nombre de personnes âgées dans le monde doublera d’ici 2050. Au Vietnam, les estimations indiquent que 25 % de la population aura plus de 60 ans à cette échéance. Ce basculement s'explique par une chute historique du taux de fécondité conjuguée à l'allongement de l'espérance de vie.
Toutefois, si les Vietnamiens vivent plus longtemps, la qualité de vie en fin de parcours reste un sujet de préoccupation. En moyenne, de nombreuses personnes âgées passent les dix dernières années de leur vie en proie à des maladies chroniques ou à une perte d’autonomie (troubles auditifs, cataracte, diabète, dépression ou démence).
Pour la doctoresse Angela Pratt, représentante de l'OMS au Vietnam, la clé réside dans la prévention : « La majorité des maladies non transmissibles peut être prévenue ou retardée par le contrôle des facteurs de risque tels que le tabagisme, l'abus d'alcool et la sédentarité. » Elle souligne que si le gouvernement a fait de la détection précoce une priorité, des efforts restent à fournir pour garantir un accès universel aux soins de longue durée.
Selon elle, deux priorités se dégagent désormais : le renforcement du système de santé de base et la création d'un système de soins de longue durée.
Selon le prévisions, à partir de 2026, chaque citoyen bénéficiera d’un examen de santé ou d’un dépistage gratuit au moins une fois par an. D’ici 2030, les soins hospitaliers de base seront gratuits dans le cadre de l’assurance maladie. Parallèlement, l’ensemble des centres de santé communaux sera modernisé en termes d’infrastructures, d’équipements et de ressources humaines. La couverture de l’assurance maladie devrait dépasser 95 % de la population en 2026, avant d’atteindre la couverture universelle en 2030, avec le développement de produits d’assurance santé complémentaires. Pour l’OMS, l’investissement dans les soins de santé de base et la levée des barrières financières constituent des conditions déterminantes pour répondre au défi du vieillissement.
Selon Angela Pratt, la demande de soins de longue durée au Vietnam est déjà significative et devrait croître rapidement dans les décennies à venir. Le développement de ce secteur implique la définition de paniers de services clairs, de modèles de prestation adaptés, la formation et la certification du personnel, ainsi que la mise en place de mécanismes de financement durables.
Au-delà de l’amélioration de la qualité de vie des personnes âgées et de l’allègement de la charge pesant sur les familles, les soins de longue durée sont également perçus comme un nouveau moteur de croissance économique. Leur essor pourrait créer des emplois, stimuler des secteurs connexes tels que les équipements médicaux, l’adaptation du logement ou la formation professionnelle, tout en réduisant les hospitalisations et les admissions en urgence évitables.
Le vieillissement démographique peut également devenir un levier d’innovation, notamment à travers les technologies de santé numérique, la télémédecine, les dispositifs connectés de suivi médical, les systèmes de détection des chutes et l’intelligence artificielle.
Dans un contexte où le Vietnam figure parmi les pays asiatiques connaissant le vieillissement le plus rapide, la poursuite de réformes coordonnées du système de santé de base, le développement des services de soins de longue durée et la mise en œuvre de politiques sociales inclusives constituent des fondements essentiels pour transformer le défi du vieillissement en un moteur de développement durable.