Une tradition pluriséculaire de valorisation du savoir à Hanoï

Il y a plusieurs siècles, les membres de la famille Pham du village de Dong Ngac, à Hanoï, ont enchaîné les succès aux concours mandarinate, contribuant au prestige d’une terre réputée pour sa tradition lettrée.

Aujourd’hui encore, leurs descendants suivent l’exemple de leurs ancêtres et placent l’éducation au premier rang de leurs priorités.

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La stèle de pierre gravée des noms des lauréats des grands concours mandarinate de la lignée. Photo : Vietnamnet.

Une lignée studieuse au sein du « village des docteurs »

Le village de Dong Ngac (aujourd’hui rattaché au quartier de Dong Ngac, à Hanoï) est depuis longtemps connu comme une terre d’érudition, où de nombreux habitants ont embrassé la carrière des lettres avant de servir l’État. La famille Pham, constituée dès le XIVe siècle, figure parmi les quatre grandes lignées fondatrices du village, étroitement liées à la tradition des concours mandarinate.

Chaque année, le 4e jour du premier mois lunaire, les descendants venus de toutes les régions se réunissent dans la maison ancestrale pour la cérémonie du Xuan te – commémoration traditionnelle des ancêtres – qui peut attirer, certaines années, des milliers de participants. Selon le docteur Pham Gia Vu, de l’Académie des sciences et des technologies du Vietnam et chef de lignée, cette cérémonie est l’occasion d’offrir de l’encens et de rappeler les mérites des générations précédentes.

À cette occasion, la famille organise également une cérémonie de reconnaissance afin d’honorer les membres ayant apporté une contribution notable au pays ou obtenu des résultats remarquables dans les études et la recherche. Les informations sont recensées et, tous les cinq ans, intégrées à la généalogie familiale, perpétuant ainsi la tradition de valorisation du savoir.

Selon Pham Gia Vu, au début du XVIe siècle, un membre de la famille Pham réussit l’examen supérieur, ouvrant une tradition académique qui se poursuivit sous plusieurs dynasties. Dès lors, la lignée compta régulièrement des lauréats, devenant l’une des familles emblématiques du village.

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Pham Gia Vu nettoie avec soin l’autel de la maison ancestrale de la famille Pham. Photo : Vietnamnet.

La famille Pham compte neuf lauréats du doctorat mandarinal dont les noms sont inscrits au Temple de la Littérature – Quoc Tu Giam : sept stèles à Hanoï et deux à Huê. En raison de la disparition d’une stèle datant de l’époque Mac, Hanoï ne conserve aujourd’hui que six stèles mentionnant leurs noms. Par ailleurs, deux autres membres ont obtenu le titre de « si vong », considéré comme équivalent au doctorat.

Autrefois, Dong Ngac était également un « berceau » de maîtres lettrés. Nombre d’entre eux, après avoir franchi les concours régionaux et métropolitains, choisirent d’enseigner, transmettant les caractères et le savoir aux enfants du village et des environs. Le jour, le village résonnait des voix des élèves récitant leurs leçons et des explications des maîtres ; plusieurs lauréats d’autres localités furent d’anciens élèves des enseignants de Dong Ngac.

Cette tradition de valorisation du savoir a aussi favorisé des alliances entre grandes familles. Le lettré réputé Pham Gia Hue avait pour habitude de choisir, parmi ses meilleurs élèves, ceux à qui il mariait ses filles. Parmi eux figurait Hoang Nguyen Thu, devenu par la suite l’ancêtre fondateur de la lignée Hoang de Dong Ngac, une manière d’« attirer et retenir les talents ».

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La maison ancestrale principale de la lignée. Photo : Vietnamnet.

Dans la continuité de cet héritage, les générations successives de la famille Pham continuent d’accorder une grande importance à l’enrichissement des connaissances. Les conversations des aînés portent souvent sur les études des jeunes : examens, orientation après le lycée. La lignée privilégie l’éducation, non seulement en investissant dans les conditions matérielles, mais aussi en cultivant la conscience et la morale, considérant l’instruction comme un socle durable.

L’encouragement aux études se veut concret et personnalisé : suivi attentif de chaque situation, orientation en fonction des aptitudes et des centres d’intérêt ; les adultes échangent régulièrement, partagent leurs expériences et soutiennent les choix professionnels. L’exemplarité des générations précédentes est perçue comme un facteur essentiel de préservation de la tradition.

Aujourd’hui, les descendants de la famille Pham travaillent dans de nombreux domaines tels que l’éducation, la santé ou la recherche scientifique. Parmi les figures marquantes figurent le professeur, docteur, enseignant du peuple Pham Gia Khanh, ancien directeur de l’Académie militaire de médecine ; le professeur, docteur Pham Gia Khai, ancien directeur de l’Institut vietnamien de cardiologie ; ainsi que l’ancien vice-Premier ministre Pham Gia Khiem, également issu de cette lignée.

Traces du passé au cœur de l’ancien village

La maison ancestrale de la famille Pham a traversé de nombreuses vicissitudes liées à l’histoire du village. Le bâtiment actuel, à l’origine maison de culte du chef d’une branche, fut un temps utilisé pour stocker des vivres durant la période révolutionnaire et connut une forte dégradation.

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La maison ancienne qui servit autrefois de lieu d’activités révolutionnaires clandestines. Photo : Vietnamnet.

En 1985, les anciens décidèrent de la reconstruire ; elle constitue aujourd’hui un espace commun de rassemblement. La famille Pham dispose actuellement d’une maison ancestrale principale et de seize maisons de branche ; un ancien puits subsiste dans l’enceinte.

À proximité, une autre maison de branche, classée site historique de la résistance révolutionnaire, fut la résidence privée de Pham Thi Thien. Elle servit de lieu de réunion à des cadres tels que Hoang Van Thu et Le Quang Dao, au service des activités du Comité régional du Tonkin durant la période 1939-1945.

La demeure est construite selon l’architecture traditionnelle à sept travées et deux annexes latérales, l’espace extérieur étant dédié au culte. Le portail, édifié en 1934, comporte une petite ouverture dans sa partie supérieure ; l’intérieur, creux, servait à dissimuler des documents confidentiels. L’édifice, principalement en charpente de bois de xoan (Melia azedarach), a été presque entièrement conservé dans son état d’origine ; seuls quelques piliers du corridor ont été remplacés et la partie antérieure légèrement rehaussée pour répondre aux besoins actuels.

Aujourd’hui, en revenant à Ke Ve – Dong Ngac, les habitants et les visiteurs peuvent encore ressentir l’atmosphère d’un espace de haute tradition lettrée, où l’attachement aux études s’exprime tant dans le mode de vie que dans l’architecture des portails et des maisons ancestrales des grandes familles.

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