Un ensemble de gravures rupestres unique en son genre
La pagode Phong Phu (également connue sous le nom de grotte Lien Hoa) est située dans le quartier de Tay Hoa Lu, à Ninh Binh. La grotte Lien Hoa, nichée dans le mont Co Phong au sein du complexe de la pagode, abrite actuellement 18 gravures rupestres d'Arhats.
Selon les inscriptions sur la pierre tombale conservée à la pagode, cet édifice remonterait au règne du roi Dinh Tien Hoang (Xᵉ siècle) sous le nom de Khuc Mo tu, Co Phong son (la pagode Khuc Mo du mont Co Phong). Le site conserve également une stèle sculptée sous l'ère Kien Gia (1211–1224), dont la dédicace indique que le grand prince An Quoc (sous la dynastie des Dinh) a fondé le sanctuaire de la grotte Co Phong sous l'appellation de Khuc Mo.
Sur les deux parois rocheuses de la grotte sont sculptées les figures des 18 vénérables Arhats, à raison de neuf de chaque côté, présentant des dimensions et des postures variées. Chaque gravure possède une expression, une posture, un geste, un visage, ainsi qu'un cadre spatial et un décor qui lui sont propres.
Selon un représentant du Service de la Culture et des Sports de Ninh Binh, cet ensemble de 18 gravures rupestres d'Arhats sur les parois de la grotte Lien Hoa est authentifié comme datant de la dynastie des Tran et demeure dans son état d'origine. Il s'agit de l'unique série d'Arhats sculptée sur paroi rocheuse et de la représentation figurée la plus ancienne des Arhats répertoriée au Vietnam.
Cet ensemble constitue un chef-d'œuvre inégalé parmi les inscriptions et gravures rupestres conservées dans le pays. Il représente une source documentaire inestimable pour l'étude de l'art bouddhique sous la dynastie des Tran, ainsi que pour l'histoire et l'art du bouddhisme vietnamien en général.
À la différence des reliefs rupestres de la grotte Lien Hoa, les ensembles statuaires des 18 Arhats présents dans la quasi-totalité des autres pagodes vietnamiennes sont de facture plus récente (datant principalement des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles). Ces statues sont pour la plupart réalisées en ronde-bosse ou en bas-relief sur bois, ou encore en terre cuite ou moulée couverte de laque, dorée ou argentée. On peut notamment citer : la série d'Arhats en ronde-bosse en terre laquée de la pagode Nom (Hung Yen) ; les bas-reliefs en bois de la pagode Tram Gian (Hanoï) ; ou encore les statues en ronde-bosse en bois des pagodes Mia (Hanoï) et Dau (Bac Ninh).
La singularité et la rareté de cet ensemble rupestre de la grotte Lien Hoa résident également dans la manière dont sont inscrits les noms ou les lieux de résidence de chaque Arhat au-dessus de sa représentation.
L'empreinte du bouddhisme sous le Dai Viet à l'ère de sa prospérité
Le représentant du Service de la Culture et des Sports de Ninh Binh précise que, d'après une inscription rupestre d'époque Tran datée de l'année Binh Ngo sous l'ère Kien Gia du roi Tran Thai Tông (1246), un maître zen de la tradition Theravāda (Nam tông) est venu au mont Co Phong pour « restaurer le sanctuaire Bao Phuc » et « propager largement la doctrine ». C'est ce même maître zen qui a fait graver les effigies d'Arhats sur les parois rocheuses de la grotte du mont Co Phong.
L'ancrage bouddhique y est profondément marqué à travers les représentations des Arhats adoptant diverses postures de méditation et de pratique spirituelle : assis en lotus, formant des mudras, tenant un rosaire ou un bâton de pèlerin, le tout reposant sur des piédestaux à degrés ornés de motifs de lotus.
Dès le début de la dynastie des Tran, les souverains vouaient une grande dévotion au bouddhisme ; le roi Tran Thai Tong avait même envisagé de renoncer au trône pour se retirer sur le mont Yen Tu au début de son règne. La région de Ninh Binh était alors considérée comme un haut lieu spirituel du Dai Viet, témoignant de l'âge d'or du bouddhisme vietnamien. Les annales historiques rapportent qu'en la 7ᵉ année de l'ère Kien Trung (1231), afin de promouvoir et d'étendre l'influence du bouddhisme, « le Père Souverain (Tran Thai Tong) promulgua un édit ordonnant d'ériger des statues du Bouddha à des fins de vénération dans tous les relais de poste du royaume ».
Selon la Dr Vu Dieu Trung, directrice du Centre de données sur le patrimoine culturel (Institut national des arts et de la culture du Vietnam, ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme), l'empreinte bouddhique s'exprime clairement à travers les figures des 18 Arhats adoptant diverses postures de méditation et d'ascèse : assis en lotus, formant des mudras, tenant un rosaire ou un bâton de pèlerin, le tout reposant sur des piédestaux à degrés ornés de fleurs de lotus. Plusieurs gravures sont en outre accompagnées de motifs de lotus, de bambous ainsi que d'inscriptions en caractères sinogrammes indiquant le nom et le lieu de résidence de chaque Arhat.
La Dr Trung souligne également qu'un autre témoignage majeur confirmant le rôle de Ninh Bình en tant que centre religieux du Dai Viet sous la dynastie Tran réside dans le palais royal de Vu Lam, qui fut le lieu de retraite spirituelle des rois Tran Thai Tong et Tran Nhan Tong. Parallèlement, au mont Co Phong, un maître zen de la tradition Theravāda s'y est installé pour pratiquer son culte, restaurer le sanctuaire Bao Phuc et faire graver les effigies des 18 Arhats. Ces vestiges reflètent avec éclat les pratiques monastiques, la fondation de pagodes et le vif essor de l'art bouddhique à Ninh Bìinh au début de de l’époque Tran.
Les études scientifiques révèlent qu'au Vietnam, cet ensemble de gravures rupestres des 18 Arhats, datant du début de la dynastie Trần et conservé dans la grotte de Lien Hoa (mont Cô Phong), constitue le témoignage le plus ancien de l'intégration et de l'influence du culte des Arhats au sein du bouddhisme vietnamien. Fait remarquable, les noms et résidences des Arhats mentionnés dans la grotte de Lien Hoa correspondent aux premières traditions du culte des Arhats, révélant des caractéristiques singulières dans la pensée et la conception esthétique du bouddhisme de cette époque.