Après 58 ans, les restes de soldats tombés lors de l’Offensive générale et du soulèvement du Printemps de Mau Than 1968, inhumés au parc Le Thi Rieng, sont progressivement retrouvés et identifiés. Grâce aux documents, aux objets personnels, aux témoignages et aux technologies modernes, certains ont retrouvé leur identité. Pour le général de brigade Nguyen Thanh Trung, commissaire politique du Commandement militaire de Hô Chi Minh-Ville, tant qu’un seul martyr n’est pas rentré, les recherches doivent se poursuivre.
Dans une interview accordée au journal Nhân Dân (Le Peuple), le général de brigade Nguyen Thanh Trung revient sur ce travail qui associe mémoire des témoins, anciennes photographies et méthodes scientifiques pour redonner leur nom aux soldats tombés en 1968.
Près de 60 ans après l’Offensive générale et le soulèvement du Printemps de Mau Than 1968, que représente, selon vous, cette démarche pour les familles et les proches des martyrs qui attendent leur retour depuis plus d’un demi-siècle ?
Général de brigade Nguyen Thanh Trung :
Le Parti, l’État et l’Armée accordent depuis toujours une grande importance à la recherche et au rapatriement des restes des martyrs. Ce travail est mené depuis 1947. Il repose sur les témoignages, les archives et les progrès scientifiques. Les méthodes de résistivité électrique et le radar pénétrant le sol permettent aujourd’hui de localiser plus rapidement les fosses.
Les bases de données ADN des familles constituent également un outil essentiel pour identifier les restes. Des informations fournies par des partenaires étrangers viennent compléter ces recherches.
Depuis 58 ans, nous n’avons jamais cessé de rechercher et de rapatrier les restes des martyrs. Les fouilles du parc Le Thi Rieng s’inscrivent dans cette même détermination.
Pourriez-vous nous expliquer ce que représente la découverte et le rapatriement de centaines de restes de martyrs au parc Le Thi Rieng pour Hô Chi Minh-Ville, ses forces armées et le travail de reconnaissance envers les Héros morts pour la Patrie ?
Général de brigade Nguyen Thanh Trung :
Dans le cadre de la Campagne des 500 jours et nuits, Hô Chi Minh-Ville a considéré cette mission comme une priorité politique, un « ordre venu du cœur » lancé par la population et les forces armées de la ville.
La découverte des restes des soldats inhumés le 12 février 1968 au parc Le Thi Rieng constitue un geste profond de reconnaissance envers ceux qui ont sacrifié leur vie pour l’indépendance et la liberté de la Patrie. Elle contribue aussi à identifier les martyrs tombés en 1968, notamment ceux des Forces spéciales de Saïgon, et à mieux comprendre les événements historiques de cette période.
La ville a mobilisé la population pour recueillir et transmettre des informations. Plus de 1 200 délégations et familles de martyrs sont venues rendre hommage aux soldats tombés en 1968 au parc Le Thi Rieng. Dans les quartiers, communes et zones spéciales, un mouvement de recherche et de collecte d’informations s’est également développé.
Pourriez-vous revenir sur les principales étapes qui ont conduit à cette opération de fouilles et à l’identification de l’emplacement de la fosse commune ?
Général de brigade Nguyen Thanh Trung :
Le 27 juillet 2025, le Commandement militaire de Hô Chi Minh-Ville a reçu de l’architecte Nguyen Xuan Thang des dossiers de recherche ainsi que trois photographies montrant une fosse commune.
Après près d’un an d’étude, nous nous sommes concentrés sur une photo où trois enfants regardaient les inhumations. Le 28 mai 2026, nous avons sollicité la population et la presse pour retrouver des témoins.
Une semaine plus tard, sept témoins avaient été identifiés, dont l’un apparaissait sur la photographie. Tous avaient plus de 75 ans et leur mémoire était parfois défaillante. Le site avait également profondément changé. Avant 1983, il s’agissait du cimetière de Chi Hoa, transformé ensuite en parc Le Thi Rieng. Il leur a fallu près d’une semaine pour localiser précisément les anciennes tombes.
Le 8 juin 2026, le Commandement militaire municipal a organisé une réunion de vérification. Deux jours plus tard, en coopération avec l’Université des sciences naturelles, l’Université polytechnique et les témoins, nous avons effectué des relevés par résistivité électrique et radar pénétrant le sol.
Le parc, qui couvrait autrefois 30 hectares, n’en compte plus qu’environ 7,8 aujourd’hui. Ces transformations compliquaient les recherches. Les méthodes scientifiques nous ont cependant permis de localiser en deux jours les zones correspondant aux fosses du 12 février 1968. Le 6 juillet, les recherches et le rapatriement des restes ont commencé.
Parmi les plus de 300 restes de martyrs retrouvés, quels sont les cas ou les objets qui vous ont particulièrement marqué et qui ont contribué à faire avancer le processus d’identification ?
Général de brigade Nguyen Thanh Trung :
Chaque reste retrouvé raconte une histoire et témoigne du sacrifice des martyrs.
Après 58 ans, la dégradation des restes rend les prélèvements ADN difficiles. Dès le premier jour, nous avons toutefois identifié Huynh Van Quen, deuxième corps retrouvé. Des documents de mobilisation étaient conservés avec ses restes. Ils ont permis d’établir qu’il appartenait à la Compagnie 2 du Bataillon 1 de Long An. Nous avons également appris qu’une femme l’avait attendu pendant 58 ans.
Avec l’Institut de médecine légale et le Comité populaire de la province de Tay Ninh, nous avons authentifié son dossier et transmis à sa famille les objets qu’il portait lorsqu’il est parti au combat.
Nous avons aussi retrouvé deux martyrs dont les restes étaient encore enlacés. L’un avait perdu le bras gauche, l’autre la jambe droite. Nous avons d’abord envisagé de les regrouper, avant de les séparer avec l’aide du médecin militaire Tran Van Ban afin de procéder à l’identification par ADN et de permettre à chacun de retrouver sa famille.
Lors du nettoyage des restes, de jeunes soldats ont découvert deux alliances dans la poche de l’un d’eux. Ces objets constituent aujourd’hui de précieux témoignages de sa vie et de son histoire. Certains martyrs avaient encore les mains liées derrière le dos, témoignant de leur courage et de leur fidélité à leur cause. Chaque objet retrouvé, qu’il s’agisse d’un bouton, d’un casque, d’une carte, d’un stylo ou d’un peigne, peut fournir un indice sur l’unité, le dossier et l’identité d’un martyr et orienter les analyses ADN.
Quel rôle les objets retrouvés avec les restes des martyrs, tels que les hamacs, les boutons, les documents ou les effets personnels, ont-ils joué dans le processus d’identification et de restitution de leur identité ?
Général de brigade Nguyen Thanh Trung :
Chaque objet personnel ou élément distinctif rend le processus d’identification plus concret et plus prometteur.
Nous travaillerons prochainement avec les associations d’anciens membres des Forces spéciales de Saïgon et des unités ayant combattu dans le centre de Saïgon en 1968 afin de recueillir davantage d’informations auprès des familles. Un récit ou un objet peut permettre à un proche de reconnaître celui d’un père, d’un oncle ou d’un membre de sa famille.
Ces objets constituent aussi des témoignages historiques permettant de transmettre la tradition patriotique aux jeunes générations et de les aider à mesurer le prix des sacrifices consentis.
Selon vous, que représente, pour le travail de reconnaissance envers les martyrs, la démarche visant à « redonner un nom » aux 49 martyrs des Forces spéciales de Saïgon qui n’étaient connus que sous des pseudonymes ? Une fois leur identité véritable établie, comment les stèles commémoratives seront-elles mises à jour pour répondre aux attentes de la population ?
Général de division Nguyen Thanh Trung :
Les Forces spéciales de Saïgon constituaient une force particulière durant la guerre de résistance contre les États-Unis. Les soldats utilisaient des pseudonymes et des numéros de code, et certaines familles ignoraient même leur engagement révolutionnaire. Leur identification est donc particulièrement difficile.
Le Commandement militaire de Hô Chi Minh-Ville a rencontré des témoins et vérifié les dossiers des soldats. Avec la participation des autorités municipales et sous la direction de la vice-Première ministre Pham Thi Thanh Tra, nous avons achevé la procédure visant à faire reconnaître comme martyrs 49 soldats des Forces spéciales tombés en 1968. Cette étape constitue une base importante pour établir leur identité et mettre en œuvre les politiques en faveur des familles de martyrs.
L’installation d’une stèle dans le cimetière des martyrs répond à la volonté de la population de Hô Chi Minh-Ville et de l’ensemble du pays, en hommage aux Héros morts pour l’indépendance et la liberté de la Patrie.
Pourriez-vous adresser quelques mots aux familles des martyrs ainsi qu’aux jeunes générations d’aujourd’hui, afin de leur rappeler le sens de cette démarche et la valeur des sacrifices consentis par les générations précédentes ?
Général de brigade Nguyen Thanh Trung :
Le Commandement militaire de Hô Chi Minh-Ville considère toujours la recherche des restes de martyrs comme une priorité politique. Notre principe est clair, « tant qu’un martyr n’est pas rentré, les recherches se poursuivent ».
Parallèlement aux recherches et au rapatriement des restes, nous coopérerons avec la Police municipale et les services de la Santé et de l’Intérieur pour recueillir des échantillons ADN des restes et des familles et accélérer leur comparaison.
Les jeunes doivent garder à l’esprit que la paix, les études et les conditions de vie dont nous bénéficions aujourd’hui sont le fruit des sacrifices inestimables des générations de martyrs. Ils doivent perpétuer cette tradition par leurs études, leur travail et leur engagement, et contribuer à la construction et à la défense de la Patrie.
Selon les archives, plusieurs sites de Hô Chi Minh-Ville pourraient encore abriter des fosses communes. Selon vous, quelles sont les prochaines étapes prévues par le Commandement militaire municipal pour poursuivre ces recherches et ramener les martyrs auprès de leurs familles ?
Général de brigade Nguyen Thanh Trung :
Les recherches se poursuivent afin de retrouver au plus vite les restes des soldats tombés en 1968 et de les ramener auprès de leurs camarades, de leurs familles et de leur terre natale.
Pour la période 2026-2030 et les années suivantes, le Commandement militaire municipal a élaboré un plan global, décliné par mois et par année. Les recherches porteront notamment sur les années 1968, 1969, 1974 et 1975, avec une priorité donnée à 1968.
Nous travaillons également avec des scientifiques et des témoins historiques sur l’histoire de Hô Chi Minh-Ville, de Ba Ria-Vung Tau et de Binh Duong. À ce jour, environ 12 sites susceptibles d’abriter des restes de martyrs ont été recensés. Un groupe d’étude spécialisé organisera des réunions de travail sur ces sites afin de préparer les recherches et les opérations de rapatriement.
D’ici au quatrième trimestre 2026, nous accélérerons l’ouverture des dossiers de l’hôpital K76A et de l’aéroport de Tan Son Nhat. La bataille de l’aéroport s’est déroulée dans la nuit du 30 au 31 janvier 1968. En 1995, les restes de 181 martyrs y avaient été retrouvés. Des recherches menées à partir des archives de l’Université du Texas indiquent toutefois que de nombreux soldats tombés n’ont pas encore été retrouvés.
Avec la plus grande détermination, le Commandement militaire de Hô Chi Minh-Ville poursuivra la collecte de documents et de témoignages, la délimitation des zones de recherche, les études et les sondages afin de ramener au plus vite les martyrs auprès de leurs familles et de leurs camarades.
Je vous remercie pour cette interview !