Le journaliste révolutionnaire : un « serviteur du peuple »
Le Président Hô Chi Minh considérait l’activité journalistique avant tout comme un instrument au service de la révolution. Il envisageait la presse comme un outil stratégique, mobilisé à toutes les étapes de la lutte, quelles que soient les circonstances.
Lors du deuxième Congrès de l’Association des journalistes vietnamiens (16 avril 1959), il soulignait : « Notre presse n’est pas destinée à un cercle restreint de lecteurs, mais au service du peuple ; elle vise à diffuser et à expliquer les orientations et politiques du Parti et du gouvernement. Elle doit donc revêtir un caractère populaire et un esprit combatif. »
Le journaliste doit demeurer proche des masses populaires, apprendre d’elles afin de progresser, et restituer fidèlement la réalité sociale. Il doit surtout garder à l’esprit l’exigence morale formulée par le Président à l’égard des serviteurs du peuple : « Tout ce qui est bénéfique au peuple doit être accompli jusqu’au bout ; tout ce qui lui est nuisible doit être évité avec la plus grande rigueur. »
À cette fin, le journaliste doit posséder la compétence nécessaire pour identifier et transmettre les enjeux essentiels. Toutefois, plus fondamental encore, il doit être animé d’une intégrité morale irréprochable et d’une fermeté de principe lui permettant de préserver l’indépendance de sa plume face aux influences et aux tentations.
Il doit également rester étroitement ancré dans la réalité. Hô Chi Minh exigeait des « cadres de la presse » qu’ils s’appuient sur les faits concrets, estimant que « rester confiné dans un bureau ne permet pas de produire une écriture pertinente. »
Dans ses articles, notamment dans le journal Nhân Dân, sous le pseudonyme C.B., Hô Chi Minh mettait en lumière les exemples positifs, les bonnes pratiques et les initiatives constructives dans l’édification du nouveau régime. Il dénonçait également les insuffisances à corriger dans les administrations, les secteurs et les localités.
Il revenait régulièrement sur des thématiques essentielles : maintien de l’ordre public, prévention des catastrophes naturelles, campagne de plantation d’arbres, promotion des comportements vertueux ou critiquables dans la construction d’un mode de vie nouveau, ainsi que les principes de frugalité et d’économie.
Le journaliste doit cultiver en permanence l’éthique révolutionnaire
La presse révolutionnaire vietnamienne doit reposer sur des cadres engagés, dotés des qualités fondamentales du révolutionnaire : fidélité à l’idéal et dévouement absolu à la mission.
Lors du troisième Congrès des journalistes (8 septembre 1962), il déclarait : « Les cadres de la presse sont également des combattants révolutionnaires. Le stylo et le papier constituent leurs armes. Afin d’accomplir honorablement leur mission, ils doivent cultiver leur éthique révolutionnaire. »
Dans ce processus de formation morale, il insistait particulièrement sur les vertus essentielles : diligence, économie, intégrité, droiture et désintéressement total. Il rappelait : « Nous n’avons qu’un seul objectif, celui de servir le peuple et la nation. Nous n’avons qu’un seul principe directeur, celui du désintéressement absolu ».
Ces exigences morales relèvent à la fois de l’éthique révolutionnaire et des responsabilités propres à une profession publique. Le journaliste assume également des fonctions sociales fondamentales : anticipation, information, orientation et éducation.
La formation morale doit toujours aller de pair avec le développement des compétences professionnelles. L’homme doit être pleinement accompli, à la fois sur le plan moral et intellectuel : le talent sans éthique est stérile, tandis que la moralité sans compétence limite l’efficacité de l’action. Dans une acception plus large, les « cadres de la presse » doivent incarner un haut niveau de culture générale et de rigueur intellectuelle.
Style, autorité et personnalité du journaliste
Le style journalistique reflète la personnalité de son auteur. Il cristallise son niveau intellectuel, ses convictions et ses qualités morales.
Le grand journaliste Hô Chi Minh formulait quatre questions fondamentales avant toute production journalistique : Que dire ou écrire ? À qui s’adresse-t-on ? Dans quel but ? Et comment le dire ? Le contenu, le public et l’objectif déterminent la forme d’expression. Une forme adéquate garantit la transmission correcte du message et l’atteinte de son objectif.
Selon lui, tout article doit satisfaire trois exigences majeures :
La vérité
Tout texte doit être ancré dans la réalité, fondé sur des faits vérifiés, des données exactes et une analyse rigoureuse. La vérité constitue la condition essentielle de la crédibilité et de la force persuasive du discours journalistique. Hô Chi Minh insistait : « Ne pas inventer les faits », « ne pas parler à la légère », et surtout « Sans enquête ni recherche préalable, ne pas parler, ne pas écrire. »
La concision
La concision est une exigence élevée et rigoureuse. Elle ne signifie pas simplification abusive, mais clarté structurée, avec un contenu concret, cohérent et substantiel.
Cette qualité résulte d’un long processus de perfectionnement, amorcé dès ses débuts dans l’activité politique et journalistique révolutionnaire en 1919, avec son premier article signé Nguyen Ai Quoc.
La clarté et la simplicité
Pour écrire avec clarté et simplicité, selon Hô Chi Minh, il faut s’inspirer du langage du peuple. Il s’agit d’adopter une expression compréhensible et légitime aux yeux des masses, afin qu’elles s’y reconnaissent pleinement.
Hô Chi Minh dénonçait l’abus de terminologie savante et l’usage excessif de mots étrangers. Il distinguait les termes intégrés à l’usage courant de ceux employés de manière artificielle ou ostentatoire. L’usage excessif de termes étrangers, même corrects, devient nuisible lorsqu’il n’est pas nécessaire.
La parole est le reflet de l’homme
Apprendre à parler et à écrire revient à parfaire sa personnalité et à élever ses valeurs morales. Par son exemplarité éthique, la clarté de sa pensée et l’originalité de son style journalistique, le grand journaliste Hô Chi Minh a légué un héritage intellectuel et moral durable, ainsi que des enseignements fondamentaux aux générations de journalistes vietnamiens.