Leçon de vision, de conscience et d’action

Il y a 115 ans, le 5 juin 1911, le jeune patriote Nguyen Tat Thanh quittait son pays pour chercher une voie permettant de sauver la nation. Son objectif était de comprendre comment les autres peuples avaient réussi à se développer afin de revenir aider ses compatriotes à sortir de l’oppression et de la misère.

Nguyen Ai Quoc (le Président Ho Chi Minh) intervient au Congrès de Tours, lors de la fondation du Parti communiste français. Premier Vietnamien devenu communiste, il est considéré comme l’un des fondateurs de ce parti (décembre 1920). Photo : Archives.
Nguyen Ai Quoc (le Président Ho Chi Minh) intervient au Congrès de Tours, lors de la fondation du Parti communiste français. Premier Vietnamien devenu communiste, il est considéré comme l’un des fondateurs de ce parti (décembre 1920). Photo : Archives.

À cette époque, le Vietnam traversait une période sombre et sans issue. Depuis l’invasion coloniale française de 1858, de nombreux mouvements patriotiques s’étaient succédé : le mouvement Can Vuong inspiré de l’idéologie féodale sous les règnes de Ham Nghi, Thanh Thai et Duy Tan ; l’insurrection paysanne menée pendant trente ans par Hoang Hoa Tham ; ainsi que les mouvements réformateurs du début du XXe siècle conduits par Phan Boi Chau et Phan Chu Trinh. Malgré leur patriotisme et leur aspiration à l’indépendance, ces mouvements avaient échoué faute d’une ligne politique juste, d’une méthode adaptée, d’une organisation dirigeante suffisamment forte et d’une capacité à rassembler l’ensemble de la nation.

Cette situation exigeait une nouvelle vision stratégique et une orientation claire pour sortir le pays de l’impasse. Par quel chemin, avec quelles forces et quelles méthodes reconquérir l’indépendance et développer la nation ? Au terme de sa quête, Nguyen Tat Thanh – Nguyen Ai Quoc – Ho Chi Minh apporta une réponse juste, tant dans la réflexion que dans l’action.

La première leçon est que la libération nationale, la transformation sociale et le développement du pays doivent partir du peuple, servir le peuple et placer le peuple au centre. Lors du congrès de Tours, en décembre 1920, Nguyen Ai Quoc affirma clairement : « La liberté pour mon peuple et l’indépendance pour ma patrie : voilà tout ce que je veux, voilà tout ce que je comprends. »

À travers l’expérience vietnamienne et l’étude des révolutions dans le monde, il conclut que la révolution était l’œuvre de tout le peuple et non d’une minorité. Sans effort collectif, il ne pouvait y avoir de succès. Convaincu de la force des masses populaires, il appelait à agir immédiatement en s’appuyant sur l’unité nationale.

Le 28 janvier 1941, revenu au pays pour diriger directement la révolution, il souligna à Vo Nguyen Giap l’importance de mobiliser et d’armer tout le peuple : « Le peuple d’abord, les armes ensuite ; avec le peuple, on aura les armes et tout le reste ».

Après la victoire de la Révolution d’Août 1945, Ho Chi Minh accorda une attention particulière aux intérêts de la population. Selon lui, tout ce qui profite au peuple devait être encouragé et tout ce qui lui nuit devait être évité ; l’indépendance n’a de sens que si la population jouit réellement du bonheur et de la liberté. Il insistait sur la nécessité de consulter les citoyens, d’écouter leurs avis et de s’appuyer sur eux pour améliorer l’administration et les organisations politiques. Pour lui, tous les pouvoirs et tous les intérêts appartiennent au peuple.

La deuxième leçon est que la révolution ne peut triompher sans la direction d’un véritable parti révolutionnaire. Dès sa découverte du marxisme-léninisme, Nguyen Ai Quoc comprit le rôle décisif d’un tel parti. Après avoir rejoint le Parti socialiste français en 1919, puis participé à la fondation du Parti communiste français en 1920, il se consacra à la création d’un parti révolutionnaire au Vietnam.

Il affirmait qu’avant toute chose, la révolution devait disposer d’un parti capable d’organiser les masses, de coordonner les luttes et de s’appuyer sur une doctrine solide. Cette doctrine était, selon lui, le marxisme-léninisme, qu’il considérait comme la théorie révolutionnaire la plus cohérente et la plus efficace. Après de longues préparations politiques, idéologiques et organisationnelles, le Parti communiste du Vietnam fut fondé au printemps 1930.

Sous sa direction, la Révolution d’Août 1945 remporta la victoire. Plus tard, Ho Chi Minh rappela qu’un parti révolutionnaire authentique ne devait jamais devenir un instrument de privilèges ou d’enrichissement personnel, mais servir exclusivement la nation et le peuple. Il soulignait qu’un tel parti devait être un parti de moralité, de civilisation et de dévouement au pays.

La troisième leçon est l’importance de l’autonomie, de l’autosuffisance et d’un internationalisme sincère. En 1921, à Paris, Nguyen Ai Quoc demanda au gouvernement français de restituer l’indépendance du Vietnam. Face au refus, il poursuivit résolument le combat. Son expérience au sein du mouvement communiste international lui fit comprendre à la fois la valeur de la solidarité internationale et la nécessité, pour chaque peuple, de compter d’abord sur ses propres forces.

La Révolution d’Août 1945 fut ainsi la victoire de l’esprit d’autonomie et de confiance en soi résumé par la formule : « Se libérer par ses propres forces. »

Après l’indépendance, alors que le pays demeurait pauvre et arriéré, Ho Chi Minh nourrissait l’ambition de construire un Vietnam capable de « rivaliser avec les grandes puissances du monde ». Pour y parvenir, il insistait sur l’élévation du niveau d’instruction, estimant qu’un peuple ignorant est un peuple faible, ainsi que sur l’apprentissage des avancées scientifiques et technologiques des nations développées.

Dès 1945, il proposa l’envoi de jeunes Vietnamiens aux États-Unis afin d’étudier les sciences, l’agriculture et d’autres spécialités. En 1946, il proclama une politique d’ouverture et de coopération dans tous les domaines. L’année suivante, il affirma que le Vietnam souhaitait être l’ami de tous les pays démocratiques sans nourrir d’hostilité envers quiconque.

Dans l’édification du socialisme au Nord, il préconisa l’application créative du marxisme-léninisme, adaptée aux réalités vietnamiennes. Selon lui, le Vietnam devait suivre sa propre voie, conforme à son histoire, à sa culture et à ses conditions spécifiques.

Les idées, les orientations et les enseignements de Ho Chi Minh ont guidé le Parti et la nation vietnamienne de victoire en victoire, permettant au pays d’acquérir les acquis, le potentiel, la position et le prestige international dont il jouit aujourd’hui. Le XIVe Congrès du Parti a confirmé les résultats majeurs de quarante années de Doi moi (Renouveau) et ouvert une nouvelle étape d’essor national.

Dans cette nouvelle ère, le Vietnam dispose d’atouts importants pour assurer un développement rapide et durable. Toutefois, les quatre risques identifiés par le Parti dès 1994 demeurent : le retard économique, le risque d’écart par rapport à l’orientation socialiste, la corruption et la dégradation d’une partie des cadres et des membres du Parti, ainsi que les menaces de « transformation pacifique », d’auto-évolution et d’auto-transformation internes.

Le XIVe Congrès a réaffirmé comme enseignement fondamental la fidélité au marxisme-léninisme et à la pensée de Ho Chi Minh, à l’objectif d’indépendance nationale associé au socialisme, à la politique de renouveau et aux principes d’organisation du Parti. Ces quatre orientations constituent la garantie du succès du développement national dans la nouvelle période.

Le Congrès a également adopté d’importantes décisions visant à concrétiser les objectifs stratégiques du centenaire, à mobiliser toutes les ressources et à maintenir une croissance économique à deux chiffres. Fort de son autonomie stratégique, de son esprit d’autosuffisance et de sa confiance en lui-même, le Vietnam poursuit son ambition de devenir un pays pacifique, indépendant, puissant, prospère, civilisé et heureux. Dans cette œuvre historique, la pensée de Ho Chi Minh continuera d’éclairer la voie du Parti et de la nation vietnamienne.

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