Lancé en 2016, le projet Chùa Việt Nam (Pagodes du Vietnam) de Nicolas Cornet a été achevé trois ans plus tard. Il rassemble près de 300 photographies prises dans plus de 30 pagodes ainsi que dans plusieurs temples et sanctuaires répartis à travers le pays.
Une sélection de ces clichés a ensuite été publiée en 2018 dans un ouvrage portant le même titre.
Évoquant les motivations qui l’ont conduit à entreprendre ce projet, Nicolas Cornet explique qu’après près de quarante ans passés à vivre et travailler au Vietnam, il souhaitait réaliser un travail consacré aux valeurs emblématiques du pays auquel il est profondément attaché.
Fasciné par la richesse de son histoire, de sa culture et de son architecture traditionnelle, il a choisi les pagodes vietnamiennes comme sujet afin d’en immortaliser non seulement l’architecture, mais aussi la vie spirituelle qui anime ces lieux au sein des communautés.
L'exposition « Pagodes vietnamiennes » du photographe français Nicolas Cornet se tient à l'IDECAF.
Au cours de son travail, il est retourné dans une pagode plusieurs années après une première visite et a été surpris de constater les profondes transformations qu’elle avait subies à la suite de travaux de restauration.
Cette expérience a renforcé son désir de documenter ces espaces de culte avant que nombre d’entre eux ne soient modifiés par les restaurations et le développement urbain.
Selon Nicolas Cornet, son objectif n’était pas uniquement de mettre en valeur la beauté architecturale des édifices, mais également de témoigner du lien étroit entre les habitants et les espaces sacrés.
Il espère que cette série photographique contribuera à faire mieux comprendre la valeur des pagodes en tant qu’élément essentiel du patrimoine culturel méritant d’être préservé.
La pagode Thien Mu à Hue (au Centre du Vietnam), vue à travers l'objectif du photographe Nicolas Cornet.
Le photographe souligne que les temples et pagodes traditionnels du Vietnam sont principalement construits en matériaux naturels, notamment le bois, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux effets du climat et du temps.
Toutefois, il estime que les recherches menées depuis de nombreuses années par des spécialistes vietnamiens et français dans le domaine de la conservation ont largement contribué à préserver l’authenticité de ces monuments, même si ce travail exige du temps et d’importantes ressources.
Pour Nicolas Cornet, les pagodes vietnamiennes ne sont pas seulement des lieux de pratique religieuse : elles occupent également une place centrale dans la vie communautaire. Les habitants s’y rendent pour prier, se retrouver et perpétuer des activités sociales et culturelles ancrées dans leur quotidien.
Au fil de ses voyages à travers les différentes régions du Vietnam, le photographe a constaté la grande diversité de la vie bouddhique du pays. Chaque région possède, selon lui, ses propres caractéristiques en matière d’architecture, de rites et de traditions.
Le Nord se distingue par ses anciennes pagodes intimement liées aux villages traditionnels ; le Centre, en particulier Huê, est marqué par une longue tradition d’études et de pratique bouddhiques ; tandis que le Sud reflète la rencontre des cultures vietnamienne, khmère et chinoise.
Ces observations se retrouvent dans la structure de son ouvrage, composé de cinq chapitres : Les pagodes anciennes, Moines et souverains, Terres saintes du bouddhisme, Les échos du Sud et La lumière dorée de la Terre Pure.
Outre les pagodes bouddhiques, le livre présente également des temples dédiés au culte des Déesses-Mères, des pagodes khmères, des temples de la communauté chinoise, ainsi que des lieux de pèlerinage tels que des grottes et des montagnes sacrées.
Photo d'une pagode à Ca Mau (au Sud du Vietnam).
Afin de saisir les pratiques religieuses dans leur authenticité, Nicolas Cornet explique qu’il restait généralement d’un à plusieurs jours sur chaque site.
Il consultait le calendrier lunaire, repérait les dates des fêtes religieuses ou échangeait avec les habitants et les moines afin d’attendre les instants les plus naturels.
L’un de ses souvenirs les plus marquants demeure son reportage à la pagode But Thap, dans la province de Bac Ninh. Une pluie torrentielle l’a contraint à prolonger son séjour, lui offrant davantage de temps pour observer les lieux.
C’est à cette occasion qu’il découvrit une petite statue du Bouddha à laquelle il n’avait jusque-là pas prêté attention ; la photographie qu’il en réalisa fut ensuite choisie pour illustrer la couverture de l’ouvrage.
Statue de Bouddha à la pagode But Thap (dans la province de Bac Ninh, au Nord du Vietnam).
Au-delà de la photographie, Nicolas Cornet a lui-même rédigé les textes de l’ouvrage.
Il a mené des recherches à partir de documents en vietnamien et en français, tout en consultant des spécialistes du bouddhisme afin d’enrichir et de valider le contenu documentaire.
Aujourd’hui, nombre des pagodes figurant dans cette série photographique ont été transformées sous l’effet de l’urbanisation ou des travaux de restauration.
Selon Nicolas Cornet, ces images possèdent ainsi une valeur qui dépasse la seule dimension artistique : elles témoignent également d’une période de mutation des paysages culturels et architecturaux du Vietnam.