En 2025, le RNB par habitant a atteint 4 970 USD, tandis que le PIB et les exportations ont continué d'afficher une croissance soutenue, témoignant d'une économie plus dynamique et plus durable.
Au-delà des indicateurs économiques, les transformations les plus importantes sont celles qui ont touché la vie quotidienne de la population.
Selon la Banque mondiale, le Vietnam est considéré comme l'un des plus grands succès mondiaux en matière de réduction de la pauvreté.
En trois décennies, le Vietnam est devenu l'un des exemples les plus remarquables de réduction de la pauvreté. Le revenu moyen est passé de moins de 700 USD à près de 5 000 USD par habitant et des dizaines de millions de personnes sont sorties de la pauvreté.
Cette transformation a favorisé l'émergence d'une classe moyenne en forte expansion, dont le pouvoir d'achat soutient désormais la consommation intérieure.
La classe moyenne vietnamienne connaît aujourd'hui la croissance la plus rapide d'Asie du Sud-Est. Représentant environ 13 % de la population, elle devrait atteindre près de 26 % dès 2026 et continuer à s'élargir dans les années à venir.
L'enjeu ne réside pas seulement dans son expansion, mais aussi dans le fait que cette classe moyenne devient un moteur essentiel de la consommation intérieure et un pilier de la stabilité économique.
Ces évolutions témoignent de la profonde transformation du Vietnam. Un pays autrefois contraint de faire de la lutte contre la pauvreté sa priorité appartient désormais à la catégorie des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et voit émerger une classe moyenne toujours plus importante.
Cette nouvelle étape de développement soulève toutefois une question essentielle : au-delà des performances du PIB, les ménages ressentent-ils réellement les bénéfices de la croissance ?
C'est pourquoi, malgré le classement du Vietnam parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, beaucoup n'ont pas encore le sentiment d'être plus aisés.
La réponse tient avant tout à l'écart entre les performances de l'économie et la capacité réelle des ménages à épargner.
Selon l'Office général des statistiques, le revenu mensuel moyen des travailleurs a atteint environ 8,4 millions de dôngs en 2025. Ce niveau est nettement supérieur à celui des années précédentes. Toutefois, une fois le logement, les frais de scolarité, les dépenses de santé, les factures d'électricité et d'eau ainsi que les autres dépenses essentielles réglées, les économies restantes demeurent modestes pour de nombreuses familles.
Selon une étude de la Banque mondiale, près de 40 % des personnes appartenant à la classe moyenne étaient retombées dans une catégorie de revenu inférieure en seulement deux ans. Cela montre que, si la classe moyenne vietnamienne s'est développée rapidement en nombre, sa capacité d'épargne et sa résilience face aux chocs économiques restent encore limitées.
Au cours des cinq premiers mois de 2026, les ventes au détail ont progressé de 11,2 %, mais seulement de 6,1 % en volume, ce qui montre qu'une part importante de cette hausse est imputable à l'augmentation des prix.
Le logement en est sans doute l'exemple le plus frappant, notamment pour les jeunes.
Au Vietnam, le ratio entre prix du logement et le revenu (PIR) se situe actuellement entre 23,7 et 30. En d'autres termes, une personne devrait consacrer l'intégralité de ses revenus pendant plus de deux décennies, sans aucune autre dépense, pour acquérir un logement au prix moyen. Dans le même temps, les prix de l'immobilier ont augmenté d'environ 59 % au cours des cinq dernières années.
Une économie peut accéder à la catégorie des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure à la faveur d'une simple mise à jour statistique. En revanche, il faudra encore de nombreuses années de réformes pour qu'un jeune ménage puisse réellement croire qu'il pourra acheter son premier logement, grâce à des revenus évoluant enfin au même rythme que les prix des actifs.
Ces deux réalités sont loin d'être contradictoires.
Le Vietnam s'est incontestablement enrichi. Pourtant, de nombreuses familles continuent de subir une forte pression financière, le coût du logement, de l'éducation et de la santé progressant presque aussi vite que les revenus.
Comme dans de nombreux pays ayant franchi le seuil du revenu intermédiaire, le véritable défi consiste désormais à faire en sorte que les bénéfices de la croissance se traduisent concrètement dans la vie quotidienne.
Une fois les besoins essentiels satisfaits ne constituent plus la principale préoccupation, les citoyens aspirent naturellement à d'autres garanties : un logement financièrement accessible, une épargne suffisante pour faire face aux imprévus et de meilleures perspectives éducatives pour leurs enfants.
Le reclassement du Vietnam par la Banque mondiale constitue une reconnaissance pleinement méritée des résultats obtenus par son économie au cours des dernières années. Mais cette étape n'aura pleinement de sens que lorsque de plus en plus de travailleurs auront le sentiment que leur qualité de vie progresse réellement, en harmonie avec les performances affichées par les indicateurs de croissance.