Façonner les espaces d'un Vietnam puissant et prospère
À toutes les époques, les grandes avancées d'une nation se sont toujours accompagnées d'espaces architecturaux et urbains à la hauteur de ses ambitions.
Au XXIe siècle, le Vietnam doit se doter d'un système urbain moderne, intelligent, écologique et capable de rivaliser à l'échelle internationale.
La mission première de l'architecture consiste à créer un cadre de vie de haute qualité pour les citoyens.
Un pays développé ne peut reposer sur des villes confrontées aux inondations, aux embouteillages, à la pollution ou à une perte d'identité culturelle.
L'architecture doit contribuer à relever ces défis grâce à une pensée urbanistique innovante, à une conception durable et à une gouvernance efficace des espaces.
Les architectes doivent ainsi passer d'une logique de conception isolée à une approche fondée sur la création d'écosystèmes spatiaux intégrés. Dans cette nouvelle ère, l'architecture doit devenir un moteur du développement, et non plus seulement l'un de ses produits.
Aujourd'hui, l'uniformisation architecturale constitue l'un des risques majeurs auxquels est confrontée l'architecture mondiale.
De nombreuses métropoles contemporaines tendent à se ressembler, dominées par des gratte-ciel, des centres commerciaux et des ensembles urbains dépourvus de personnalité.
Si le Vietnam n'y prend garde, ses villes pourraient elles aussi perdre leur singularité.
L'architecture vietnamienne ne saurait rivaliser par la seule taille ou la hauteur des constructions. Ce qui constitue sa singularité profonde demeure son identité culturelle nationale.
L'identité ne consiste pas à reproduire, de manière superficielle, les toitures des maisons communales, des pagodes ou certains éléments architecturaux traditionnels.
Elle doit s'exprimer dans la manière d'interagir avec la nature, avec la communauté et avec la mémoire culturelle des territoires.
Une grande architecture est celle qui parvient à concilier harmonieusement tradition et modernité.
Les héritages de l'habitat vernaculaire, des villages traditionnels vietnamiens, des anciens quartiers, de l'architecture impériale, de l'architecture coloniale et de l'architecture moderne vietnamienne doivent être étudiés, transmis et réinventés dans un contexte nouveau.
Plus l'intégration internationale s'approfondit, plus il devient nécessaire d'affirmer l'identité vietnamienne. L'architecture doit ainsi devenir un langage matériel capable de raconter au monde l'histoire du Vietnam.
S'adapter rapidement pour ne pas prendre de retard
Le changement climatique est devenu un défi planétaire. Le Vietnam figure parmi les pays les plus vulnérables à la montée des eaux, aux catastrophes naturelles extrêmes et à l'épuisement des ressources.
Dans ce contexte, l'architecture ne peut plus continuer à s'appuyer sur des modèles fortement consommateurs d'énergie et fondés sur une exploitation non maîtrisée des ressources naturelles.
L'architecture vietnamienne doit devenir une force pionnière de la transition écologique.
Cela implique un développement important de l'architecture écologique, de l'architecture économe en énergie, des matériaux respectueux de l'environnement, des bâtiments à faibles émissions et des modèles urbains circulaires.
Par ailleurs, la quatrième révolution industrielle transforme profondément les secteurs de la construction et de l'architecture.
Des technologies telles que le BIM, l'intelligence artificielle, le big data, la simulation numérique, la réalité virtuelle, les matériaux intelligents ou encore la construction automatisée donnent naissance à des modes d'exercice entièrement nouveaux.
Cependant, la technologie ne remplacera jamais la capacité créatrice de l'être humain.
La valeur fondamentale de l'architecte réside toujours dans son aptitude à imaginer l'avenir, à résoudre des problèmes complexes et à concevoir des espaces porteurs de sens pour la collectivité.
La technologie n'est qu'un outil ; l'être humain demeure le véritable acteur de la création.
Les zones rurales ne doivent pas devenir une copie des villes
Depuis de nombreuses années, l'architecture s'est principalement concentrée sur les grandes agglomérations. Pourtant, plus de la moitié de la population vietnamienne vit encore dans les zones rurales.
L'essor national ne peut se limiter à l'histoire des seules métropoles.
L'architecture doit désormais accorder une attention accrue aux espaces ruraux, aux régions montagneuses, aux îles et aux régions défavorisées.
Ce sont précisément ces espaces qui sont aujourd'hui confrontés à l'érosion de leur identité, à la disparition progressive des espaces publics et aux effets croissants du changement climatique.
Les architectes doivent approfondir leurs recherches sur les modèles de villages écologiques et intelligents, sur la préservation de l'architecture traditionnelle ainsi que sur le développement d'habitats adaptés aux réalités locales.
Les campagnes vietnamiennes ne doivent pas devenir des répliques miniatures des villes. Chaque région doit pouvoir préserver ses spécificités dans le processus de modernisation.
Le niveau de développement d'une architecture ne se mesure pas seulement au nombre de constructions réalisées, mais également à la responsabilité sociale assumée par les architectes.
Dans des domaines aussi essentiels que l'aménagement urbain, la préservation du patrimoine, la réhabilitation des cours d'eau et des lacs, le développement du logement social ou l'adaptation au changement climatique, la voix critique et constructive des architectes mérite d'être davantage entendue.
L'architecte n'est pas seulement un professionnel chargé de répondre à une commande de conception. Il est aussi un intellectuel engagé, appelé à contribuer aux réflexions et aux choix stratégiques relatifs au développement national.
Si le XXe siècle fut celui de la conquête de l'indépendance nationale et de la réunification du pays, le XXIe siècle est celui du développement économique, de la compétition par la qualité des espaces de vie, par l'affirmation des identités culturelles et par la capacité d'innovation.
Dans cette perspective, l'architecture vietnamienne a pour mission de contribuer à façonner le visage d'un pays développé, moderne et prospère.
L'ère de l'essor national, ouverte sous la direction du Parti communiste du Vietnam, offre à l'architecture vietnamienne des opportunités sans précédent, tout en lui imposant de nouvelles exigences et responsabilités.
Dans les années à venir, l'architecture devra remplir simultanément de nombreuses missions : créer des espaces de développement national, protéger l'identité culturelle nationale, impulser une transition écologique, promouvoir l'économie créative, maîtriser les nouvelles technologies, revitaliser les zones rurales et renforcer la capacité d'expertise et de contre-proposition.
L'ambition de bâtir un Vietnam puissant et prospère d'ici le milieu du XXIe siècle ne pourra se concrétiser sans des espaces de vie civilisés, humains et durables.