Du déchet au produit d'exportation : l'innovation verte d'un ingénieur vietnamien

Dans le delta du Mékong, un ingénieur vietnamien a mis au point un four de pyrolyse fonctionnant en circuit fermé qui transforme des coques de noix de coco en charbon actif, biochar et vinaigre de bois. Une innovation qui conjugue valorisation des déchets agricoles, économie circulaire et protection de l'environnement.

Mai Duc Lai a développé des fours de pyrolyse en circuit fermé permettant de produire du biochar dans le respect de l'environnement.
Mai Duc Lai a développé des fours de pyrolyse en circuit fermé permettant de produire du biochar dans le respect de l'environnement.

Ancien ingénieur en mécanique, Mai Duc Lai, 47 ans, a exercé plusieurs métiers avant de revenir, au début de l'année 2026, dans la province de Dong Thap, où il a lancé une activité de production de charbon actif à partir de coques de noix de coco.

Constatant que les fours traditionnels destinés à la fabrication du charbon rejetaient d'importantes quantités de fumée et de poussières, il a consacré plusieurs mois à concevoir un système de pyrolyse en circuit fermé, capable de réduire fortement les émissions polluantes.

L'originalité de cette technologie réside dans la récupération des fumées produites pendant la carbonisation. Réinjectées dans la chambre de combustion, elles permettent de maintenir une température d'environ 700 °C, tout en limitant la consommation d'énergie et en supprimant presque totalement les rejets dans l'atmosphère.

Son atelier est aujourd'hui équipé de trois fours en acier inoxydable intégrant un système de recirculation des gaz, une ventilation contrôlée et un dispositif de condensation permettant de récupérer un sous-produit précieux : le vinaigre de bois.

Le charbon actif présente une forte valeur à l’exportation.
Le charbon actif présente une forte valeur à l’exportation.

À partir des coques de noix de coco, chaque cycle de pyrolyse d'environ trois heures produit trois matières différentes : du charbon actif, du biochar en poudre et du vinaigre de bois.

Le charbon actif de haute qualité est principalement exporté vers le Japon. Le biochar est utilisé pour améliorer la fertilité des sols ou fabriquer des briquettes de charbon, tandis que le vinaigre de bois trouve des applications dans les biopesticides et le traitement de l'environnement.

Moins d'un an après le lancement de son activité, l'entreprise produit chaque mois environ 30 tonnes de charbon actif, 9 000 litres de vinaigre de bois et 6 tonnes de biochar. Selon son fondateur, la production ne suffit pas à répondre à la demande.

« Je voulais mettre au point une technologie utile à la société, capable de valoriser les déchets agricoles sans polluer l'environnement. Après six mois de recherches et d'essais, nous sommes finalement parvenus à obtenir un produit de qualité », explique Mai Duc Lai.

Au-delà des coques de noix de coco, son procédé peut également utiliser d'autres résidus agricoles, tels que les noyaux de mangue, les écorces de durian, les tiges de maïs ou encore les plants de piment, offrant ainsi de nouveaux débouchés à des matières généralement peu valorisées.

Les coques de noix de coco constituent la principale matière première de la fabrication du charbon actif destiné à l'exportation.
Les coques de noix de coco constituent la principale matière première de la fabrication du charbon actif destiné à l'exportation.

Pour Pham Quang Truong, directeur d'une entreprise locale venue visiter les installations, cette technologie présente un fort potentiel.

« Ce modèle est particulièrement intéressant. Son fonctionnement en circuit fermé limite les émissions et pourrait offrir aux agriculteurs un revenu supplémentaire en valorisant leurs sous-produits agricoles, tout en réduisant la pollution », estime-t-il.

Afin de sécuriser son approvisionnement, Mai Duc Lai collecte désormais des coques de noix de coco dans plusieurs provinces du delta du Mékong ainsi que dans le Centre du Vietnam.

Il envisage à présent de créer une coopérative, d'agrandir son atelier, d'installer de nouveaux fours et de développer des partenariats avec les agriculteurs locaux.

Pour mener à bien ce projet, il espère bénéficier d'un soutien financier des autorités et des établissements bancaires.

Au-delà de sa réussite entrepreneuriale, cette initiative illustre le potentiel de l'économie circulaire au Vietnam, où des déchets agricoles longtemps considérés comme sans valeur deviennent des matières premières destinées à des marchés d'exportation à forte valeur ajoutée.

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