Chargé d’assurer un vol spécial transportant la délégation vietnamienne envoyée au Venezuela pour participer aux opérations internationales de secours et d’assistance humanitaire à la suite du récent séisme, le commandant de bord To Ngoc Giang a expliqué que l’atterrissage s’était déroulé dans des conditions extrêmement difficiles : absence d’Internet, absence de guidage GPS et impossibilité d’accéder à la documentation aéronautique. Selon lui, une telle situation est sans précédent dans les aéroports du monde.
L’avion a décollé avant d’avoir obtenu toutes les autorisations
Le 29 juin, le vol VN66 de Vietnam Airlines, assuré par un Airbus A350 gros-porteur, a transporté 124 membres des forces du ministère de la Défense et du ministère de la Sécurité publique, huit chiens de recherche ainsi qu’environ 40 tonnes d’équipements spécialisés, de matériels et de fournitures.
L’équipage de Vietnam Airlines comptait 23 personnes : six pilotes, dix membres du personnel navigant commercial, trois ingénieurs, un spécialiste des opérations aériennes et trois agents d’assistance au sol. La délégation avait été dépêchée au Venezuela afin de participer aux opérations de recherche, de sauvetage et d’aide humanitaire après le tremblement de terre survenu le 24 juin.
De retour de cette mission exceptionnelle, le commandant To Ngoc Giang, directeur général adjoint de Vietnam Airlines, a indiqué avoir reçu sa mission vers 18 heures le 28 juin. Toutes les préparations ont été menées à un rythme extrêmement soutenu : la cellule de crise s’est réunie jusqu’à 20 heures avant de décider d’un départ dans la nuit même.
Si cette mission urgente lui a été confiée, c’est notamment parce qu’il supervise les opérations aériennes de la compagnie et possède une longue expérience de l’exploitation de l’Airbus A350.
« Au cours d’une telle mission, de nombreuses situations imprévues peuvent survenir. Il est donc indispensable qu’un membre de la direction disposant du pouvoir de décision soit présent afin de prendre immédiatement les mesures nécessaires pour garantir l’efficacité et la sécurité des opérations », a-t-il expliqué.
« Le temps de préparation était extrêmement limité. En seulement quelques heures, nous avons dû élaborer le plan de vol et coordonner nos démarches avec le ministère des Affaires étrangères afin d’obtenir dans les plus brefs délais les autorisations de survol de l’espace aérien de vingt-neuf pays.
Lorsque l’avion a décollé, nous ne disposions encore que des autorisations couvrant le trajet entre le Vietnam et la France. Les autorisations pour le segment entre la France et l’Amérique du Sud, l’atterrissage au Venezuela ainsi que le vol retour n’avaient pas encore été délivrées.
Mais cette mission ne pouvait souffrir aucun retard. Nous avons donc décidé de partir afin d’apporter au plus vite notre aide à la population du pays ami. Nous étions convaincus qu’en prenant la route, nous finirions par atteindre le Venezuela, quoi qu’il arrive », a raconté le commandant de bord, précisant que l’avion avait quitté Hanoï à 0 h 45 le 29 juin.
Le vol a effectué une escale à l’aéroport Charles-de-Gaulle, à Paris, pour le ravitaillement en carburant et diverses opérations techniques. Une fois le plein effectué, l’équipage a reçu la confirmation que toutes les autorisations de vol avaient finalement été accordées. Cette bonne nouvelle a renforcé la détermination de toute l’équipe à poursuivre sa mission vers le Venezuela, situé dans cette région lointaine d’Amérique du Sud.
Selon le commandant To Ngoc Giang, la liaison entre Hanoï et Paris constitue un itinéraire habituel de Vietnam Airlines, parfaitement maîtrisé par les équipages.
En revanche, le trajet entre la France et le Venezuela était totalement inédit pour la compagnie. La traversée de l’océan Atlantique est marquée par des vents particulièrement puissants ; les routes aériennes ne sont pas fixes et doivent être recalculées quotidiennement en fonction des conditions météorologiques, des vents dominants et du type d’appareil utilisé, afin de garantir une sécurité absolue du vol.
Des « soldats » pas comme les autres à bord
Dès la réception de leur mission, les membres d’équipage ont appris que le vol transporterait des passagers très particuliers : huit chiens de recherche et de sauvetage, des chiens de service hautement entraînés appelés à participer aux opérations de secours.
« Nous avons élaboré un plan spécifique pour leur transport à bord. Nous avons installé des tapis au sol, protégé les sièges et soigneusement anticipé leur déplacement, leur alimentation ainsi que leur hygiène pendant ce vol de vingt-quatre heures.
Lors des phases de décollage et d’atterrissage, les variations de pression dans la cabine peuvent effrayer les chiens. Ils risqueraient alors de se déplacer dans l’avion, compromettant la sécurité du vol et pouvant conduire à une interruption de l’exploitation ou même à un atterrissage d’urgence », a expliqué M. Tô Ngọc Giang.
Mais, heureusement, aucune de ces inquiétudes ne s’est concrétisée.
Selon le commandant To Ngoc Giang, ces chiens avaient bénéficié d’un entraînement d’un très haut niveau. À bord, chacun restait aux côtés de son maître-chien et faisait l’objet d’une surveillance constante.
Tout au long du voyage, ils sont demeurés couchés calmement sur le plancher de la cabine, sans montrer le moindre signe d’inquiétude, y compris lors de la traversée de zones de fortes turbulences, et n’ont causé aucune gêne durant le vol.
Concernant les officiers et les soldats présents à bord, le commandant de bord souligne qu’ils ont exécuté les ordres avec une discipline exemplaire. Malgré la longueur du trajet, ils parlaient très peu, préférant consacrer l’essentiel du voyage au repos afin de préserver leurs forces en vue des opérations de recherche et de sauvetage qui les attendaient au Venezuela.
Tous avaient revêtu leur uniforme avec le plus grand soin, faisaient preuve d’une remarquable discipline et se tenaient prêts à rejoindre immédiatement les zones sinistrées dès l’atterrissage.
Les instants de tension lors de l’atterrissage au Venezuela
Pilote chevronné, le commandant To Ngoc Giang a déjà participé à de nombreuses missions d’évacuation de ressortissants vietnamiens depuis des zones de guerre ou frappées par des catastrophes naturelles et des épidémies à travers le monde. Ancien commandant de la Division aérienne 919, il affirme toutefois que l’atterrissage à l’aéroport Arturo Michelena a constitué l’un des plus grands défis de sa carrière.
Selon lui, les infrastructures de l’aéroport n’avaient pas subi de dommages majeurs à la suite du séisme, mais aucune donnée concernant cette plateforme n’était disponible dans les systèmes de navigation de l’équipage.
Les officiers, les soldats et les membres de l’équipage dans la cabine passagers.
La mission ayant été organisée dans l’urgence, les pilotes n’avaient pas eu le temps de préparer les procédures nécessaires. Lors de l’approche, ils n’ont pas pu utiliser les systèmes automatisés habituels et ont dû saisir manuellement toutes les données de navigation, une situation particulièrement risquée qui reposait essentiellement sur leur expérience.
« Aujourd’hui, la plupart des aéroports dans le monde utilisent des procédures d’atterrissage assistées par GPS. Or, faute de documentation aéronautique, les données saisies manuellement comportaient un risque d’erreur ; il nous était donc impossible d’effectuer une approche guidée par GPS.
Nous avons été contraints d’utiliser une procédure d’atterrissage classique, une méthode qui n’est désormais pratiquement employée que lors des séances d’entraînement sur simulateur de vol.
Pendant toute l’approche, nous avons communiqué avec le contrôleur aérien au moyen de procédures spécifiques. Les six pilotes composant l’équipage étaient entièrement mobilisés : deux étaient aux commandes de l’appareil, tandis que les quatre autres scrutaient en permanence les instruments, consultaient les cartes de navigation et échangeaient continuellement leurs informations afin de garantir une précision maximale et un atterrissage en toute sécurité », a expliqué le commandant To Ngoc Giang.
À peine cette phase particulièrement éprouvante terminée, l’équipage a dû faire face à une nouvelle difficulté : l’aéroport Arturo Michelena ne disposait d’aucune connexion Internet, empêchant les pilotes du vol VN66 d’accéder à leur documentation aéronautique.
« Tous les équipements que nous avions emportés - ordinateurs électroniques de vol, routeurs Wi-Fi portables et autres dispositifs de communication - étaient inutilisables faute de réseau. Après de nombreuses tentatives, nous avons finalement obtenu l’aide d’un véhicule équipé d’un terminal satellite Starlink, ce qui nous a permis d’effectuer les formalités nécessaires et de télécharger les documents de vol », raconte le commandant de bord, précisant qu’il n’avait jamais rencontré une telle situation au cours de sa carrière.
L'Airbus A350 de Vietnam Airlines est resté immobilisé pendant cinq heures à l’aéroport Arturo Michelena. À la suite du séisme, les réserves de carburant et les opérations d’approvisionnement avaient été fortement perturbées.
Dans un premier temps, le fournisseur local n’a accepté de livrer que 60 tonnes de carburant, une quantité insuffisante pour permettre le retour de l’appareil jusqu’au Vietnam. Après d’intenses négociations, il a finalement accepté d’en fournir 80 tonnes. Chaque camion-citerne ne pouvant délivrer que 15 tonnes avant de devoir repartir se réapprovisionner pendant une trentaine de minutes, cinq rotations ont été nécessaires pour effectuer le plein complet de l’appareil.
L’Airbus A350 a ensuite regagné Hanoï à vide, au terme d’un vol de plus de dix-huit heures. Le directeur général adjoint de Vietnam Airlines, To Ngoc Giang, a indiqué que la compagnie organisera un nouveau vol pour rapatrier la délégation des ministères de la Défense et de la Sécurité publique une fois leur mission humanitaire achevée au Venezuela.