Le séquençage génétique ouvre une nouvelle voie pour identifier les soldats vietnamiens tombés à la guerre

Plus d'un demi-siècle après la guerre, des milliers de soldats vietnamiens reposent encore dans des tombes anonymes. Grâce au séquençage génétique de nouvelle génération (NGS-SNP), les scientifiques disposent désormais d'un outil prometteur pour leur rendre enfin une identité.

Recherche en séquençage génétique de nouvelle génération au Centre d'expertise ADN. (Photo : MINH DUC)
Recherche en séquençage génétique de nouvelle génération au Centre d'expertise ADN. (Photo : MINH DUC)

Plus d'un demi-siècle après la fin de la guerre, des dizaines de milliers de soldats vietnamiens reposent encore dans des tombes sans nom. Grâce aux progrès du séquençage génétique de nouvelle génération (NGS-SNP), les scientifiques disposent désormais d'un outil capable d'identifier des restes humains jusque-là considérés comme impossibles à analyser. Une avancée technologique qui redonne espoir à de nombreuses familles.

À l'approche de la Journée vietnamienne des Invalides et Martyrs (27 juillet), les laboratoires du Centre d'expertise ADN de l'Institut de biologie, relevant de l'Académie vietnamienne des sciences et des technologies, poursuivent un travail aussi scientifique qu'humain.

Ici, un fragment d'os ou une dent ne constitue pas seulement un échantillon biologique : il représente la dernière trace d'un soldat disparu, derrière laquelle se cache parfois l'attente de plusieurs générations.

Pour les chercheurs, aucune identification ne peut être annoncée sans preuves scientifiques irréfutables. Chaque résultat ne clôt pas seulement une expertise ; il met un nom sur une vie et répond à une attente qui dure parfois depuis plus de cinquante ans.

Une technologie qui change la donne

Le temps demeure le principal ennemi des experts. Des décennies passées dans un climat tropical chaud et humide ont fortement dégradé l'ADN contenu dans de nombreuses dépouilles, tandis que les archives militaires sont parfois incomplètes et que les témoins disparaissent progressivement.

Jusqu'à récemment, le Centre d'expertise ADN utilisait principalement l'analyse de l'ADN mitochondrial. Bien que cette méthode ait permis plusieurs identifications, son efficacité restait limitée pour les restes humains très anciens.

Entre 2019 et 2021, les scientifiques ont analysé 4.276 échantillons. Seuls 1.205 ont fourni des données exploitables, permettant l'identification de neuf soldats.

Selon Tran Trung Thanh, directeur du Centre d'expertise ADN, l'introduction du séquençage génétique de nouvelle génération fondé sur les marqueurs NGS-SNP constitue aujourd'hui une véritable avancée.

Cette technologie permet d'analyser simultanément plusieurs milliers de marqueurs génétiques, y compris sur des échantillons dont l'ADN est fortement dégradé. Elle facilite également les comparaisons avec des membres d'une même famille appartenant à plusieurs générations et ouvre la voie à la création d'une base nationale de données génétiques.

L'amélioration est spectaculaire : le taux de récupération de l'ADN est passé d'environ 22 % à plus de 80 %, offrant de nouvelles perspectives pour des cas autrefois considérés comme irrécupérables.

Des premiers résultats prometteurs

Les performances de cette technologie ont été confirmées lors d'un projet pilote mené au cimetière des martyrs de Tra Linh, dans la province de Cao Bang.

Sur 58 échantillons jugés exploitables, la plupart présentaient un état de dégradation très avancé.

Grâce à un protocole spécifique développé par les chercheurs de l'Institut de biologie, des profils génétiques SNP complets ont pu être obtenus pour 54 échantillons, soit un taux de réussite de 93 %, un résultat difficilement atteignable avec les anciennes méthodes.

Les chercheurs ont ensuite comparé ces données avec les profils ADN des proches de 14 soldats disparus, permettant d'identifier avec certitude deux d'entre eux dès cette première phase d'expérimentation.

Les autres cas demeurent en attente, essentiellement faute de disposer de suffisamment d'échantillons ADN provenant des familles, et non en raison de limites technologiques.

Ces résultats ont conduit l'Académie vietnamienne des sciences et des technologies à proposer l'intégration officielle de la méthode NGS-SNP dans le programme national d'identification des soldats morts au combat.

À partir de 2026, cette technologie devrait notamment être déployée au cimetière militaire de Giong Rieng, dans la province d'An Giang, où 964 tombes restent encore anonymes.

Des défis scientifiques et humains

Malgré ces avancées, de nombreux obstacles subsistent. Le climat tropical continue d'altérer les restes humains, tandis que les proches directs des soldats disparaissent progressivement avec le temps. Dans de nombreuses familles, seuls des parents éloignés peuvent encore fournir des échantillons génétiques.

Pour améliorer les taux d'identification, les scientifiques plaident pour l'élargissement de la collecte d'ADN auprès des familles, la création d'une banque nationale de données génétiques et l'interconnexion des bases de données ADN avec les archives militaires.

Selon Chu Hoang Ha, vice-président de l'Académie vietnamienne des sciences et des technologies, entre 200.000 et 300.000 échantillons devront encore être analysés, alors que les capacités actuelles ne permettent de traiter qu'environ 1.000 à 2.000 échantillons par an.

Le Vietnam prévoit donc de renforcer son réseau de laboratoires, de former davantage de spécialistes et d'investir dans de nouveaux équipements afin d'accélérer les analyses.

Dans cette perspective, l'Académie pilote également un projet financé par une aide publique américaine, en coopération avec des experts internationaux et la Commission internationale pour les personnes disparues (ICMP).

Une mission scientifique au service de la mémoire

Pour les équipes du Centre d'expertise ADN, chaque identification dépasse largement la réussite scientifique.

Elle permet à un soldat de retrouver son identité, à une famille de mettre fin à des décennies d'attente et au pays de poursuivre son devoir de mémoire envers ceux qui sont tombés pour la nation.

Dans les laboratoires, les chercheurs savent que derrière chaque profil génétique se trouve une histoire interrompue. Leur travail consiste à faire en sorte que, grâce à la science, ces histoires puissent enfin retrouver leur nom.

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