Selon un récent rapport de l'Organisation internationale du Travail (OIT), environ 11,5 millions de travailleurs vietnamiens, soit une personne sur cinq, occupent désormais des postes susceptibles d'être impactés par cette révolution technologique. Contrairement aux craintes initiales d'une suppression massive d'emplois, l'impact de l'IA semble s'orienter vers une redéfinition du contenu même du travail : alors que les tâches répétitives et standardisées s'automatisent, les travailleurs sont appelés à se consacrer à des missions exigeant davantage de réflexion critique, de créativité et d'interactions humaines.
L'étude de l'OIT estime qu'environ un million de travailleurs au Vietnam, soit moins de 2 % de la population active, occupent des emplois fortement standardisés susceptibles d’être entièrement remplacés par l’IA, un niveau inférieur à celui observé dans d’autres pays de la région, ce qui confirme que le phénomène relève avant tout d'une restructuration globale du marché du travail.
Cette mutation ne touche pas tous les secteurs de manière uniforme : les domaines de la finance, des assurances, du commerce de détail et de gros, ainsi que de la communication, sont en première ligne, tandis que près des deux tiers des postes administratifs font face à un risque d'automatisation partielle.
Géographiquement, les grands centres économiques comme Hanoï, Hô Chi Minh-Ville et Da Nang sont les plus exposés, illustrant une dynamique dans laquelle les zones les plus développées du secteur des services sont aussi les premières à intégrer ces ruptures technologiques.
La question du genre émerge également comme un enjeu crucial de cette transition, les femmes présentant un taux d'exposition à l'IA plus élevé que les hommes, avec 24,1 % contre 17,8 %, principalement en raison de leur forte présence dans les métiers administratifs et de bureau.
Pour Sinwon Park, directrice nationale de l'OIT au Vietnam, le pays se trouve à la croisée des chemins pour faire de la GenAI un moteur de productivité et de travail décent. Cela nécessite une action déterminée pour renforcer la gouvernance de l'IA conformément aux normes du travail, investir massivement dans le développement des compétences des travailleurs et garantir que ces derniers disposent d'une voix au chapitre lors de l'intégration de ces technologies en entreprise.
Malgré ces perspectives de croissance, le marché du travail vietnamien reste confronté à des défis structurels persistants, notamment en ce qui concerne la qualité des emplois et l'importance du secteur informel.
Pour les jeunes travailleurs, la pression est encore plus marquée, le taux de chômage des jeunes à l’échelle mondiale atteignant 12,4 %. Dans ce contexte, le développement de l’IA et de l’automatisation pourrait intensifier la concurrence, notamment pour les emplois hautement qualifiés mais standardisés.
Pour naviguer dans cette ère numérique, les experts préconisent la mise en place de politiques cohérentes afin de tirer parti des opportunités offertes par la transformation numérique tout en réduisant les risques pour les travailleurs, l'amélioration des systèmes d'information sur le marché du travail, la promotion d'une utilisation responsable de l'IA et un accent accru sur la protection des groupes vulnérables.
En somme, si la technologie ouvre des perspectives en matière de productivité, de création d'emplois et de croissance économique au Vietnam, le succès de cette transition dépendra de la capacité du pays à placer l'humain au cœur de ses politiques.