Promouvoir l'application des technologies numériques pour préserver le patrimoine

Face à la raréfaction des matières premières naturelles et à la diminution du nombre d’artisans maîtrisant les techniques traditionnelles de construction, de nombreuses habitations traditionnelles des minorités ethniques au Vietnam ont perdu leur forme originelle, etc.

Des touristes visitent une maison de l'ethnie minoritaire Ha Nhi au Musée d'ethnologie du Vietnam. Photo : NDEL.
Des touristes visitent une maison de l'ethnie minoritaire Ha Nhi au Musée d'ethnologie du Vietnam. Photo : NDEL.

Dans ce contexte, la préservation de l’architecture vernaculaire s’adapte de manière flexible, à la fois pour sauvegarder les savoirs communautaires et assurer leur transmission entre générations, tout en favorisant l’application des technologies numériques pour conserver les valeurs patrimoniales.

Récemment, au Musée d’ethnographie du Vietnam, cinq artisans de l’ethnie Ha Nhi de la commune de Y Ty, province de Lao Cai (au nord), ont achevé les travaux de restauration et de rénovation d’une maison traditionnelle construite il y a plus de 20 ans. Cet ouvrage original a été réalisé par les générations précédentes d’artisans Ha Nhi. Comme pour de nombreuses maisons du musée, la restauration est menée selon des exigences strictes en matière de structure, de matériaux et de techniques de construction, afin de préserver l’intégrité esthétique et la durabilité de l’édifice.

Le docteur Vi Van An, ancien chef du département de recherche du Musée d’ethnographie du Vietnam, qui a directement mené des enquêtes de terrain et travaillé avec les communautés locales depuis 1998 pour construire la maison Ha Nhi au musée, a indiqué : en 2004, les responsables du musée ont collaboré avec la population locale pour sélectionner en province de Hoa Binh une argile appropriée garantissant la qualité des matériaux. Plus de 20 artisans ont participé à la construction, utilisant environ 150 m³ de terre, 14 m³ de pierre, ainsi que du bambou frais, des blocs de pierre et près de 1 800 bottes de chaume pour achever une maison de 81 m², avec des murs de 45 cm d’épaisseur.

Cette maison traditionnelle de forme carrée, couverte de chaume, construite avec de l’argile mélangée à des pierres tendres, du bambou frais et des blocs de pierre, constitue l’aboutissement de savoirs autochtones accumulés au fil des générations. Aujourd’hui, sous l’effet de l’urbanisation, il n’existe pratiquement plus de maisons traditionnelles intactes dans la commune de Y Ty. Beaucoup d’habitations conservent seulement la technique des murs en terre damée, mais sont désormais recouvertes de toits en tôle ou en fibrociment. La pénurie de matériaux locaux, apparue depuis plusieurs années, devient de plus en plus manifeste. Ainsi, la maison Ha Nhi à Hanoï n’est pas seulement une œuvre architecturale vernaculaire, mais aussi un lieu de convergence des savoirs, reflétant la vie culturelle d’un groupe ethnique.

À travers la restauration de cette maison au musée, on constate que la conservation repose largement sur le rôle de la communauté. La plupart des ouvrages du musée ont été construits par des artisans expérimentés. Après plus de 20 ans, nombre d’entre eux ont disparu. Aujourd’hui, leurs descendants, héritiers des techniques traditionnelles, reviennent restaurer les maisons bâties par leurs ancêtres. Cette dernière campagne de rénovation a vu la participation de jeunes artisans tels que Ly Xe Xa (né en 1990).

Par ailleurs, la recherche de matériaux comme l’argile, le bois, le bambou et le chaume devient de plus en plus difficile. Les activités de conservation s’orientent donc vers des solutions adaptées afin de préserver l’essence du patrimoine. Pour garantir l’authenticité, le Musée d’ethnographie du Vietnam utilise des matériaux locaux ou équivalents, tout en maintenant un lien étroit avec les communautés, en particulier les descendants des artisans. À chaque restauration, deux générations d’artisans sont invitées à participer : les maîtres expérimentés jouent un rôle central en guidant les plus jeunes dans la pratique et la transmission des compétences. Cette continuité permet de préserver intactes les techniques de couverture en chaume et de réparation des murs en terre.

Au-delà de la maison Ha Nhi, la maison rông des Ba Na et, prochainement, celle des Tày, font également l’objet de restaurations impliquant deux générations d’artisans afin d’assurer la transmission des savoir-faire traditionnels. Parallèlement à la conservation in situ et à la transmission intergénérationnelle, la transformation numérique est progressivement mise en œuvre dans les activités de préservation du patrimoine.

Le Hai Dang, directeur du Musée d’ethnographie du Vietnam, a indiqué que chaque édifice du musée dispose d’un dossier scientifique associé à des données numériques destinées à la recherche et à l’exposition. Depuis plusieurs années, le musée développe des bases de données d’objets, met en place des expositions en 3D et applique la technologie holographique (images tridimensionnelles). À l’avenir, l’ensemble des espaces d’exposition sera numérisé, avec pour objectif la création d’un musée virtuel au service de la recherche et de la valorisation du patrimoine.

Détachées de leur environnement écologique d’origine et placées dans un nouveau contexte, ces maisons traditionnelles deviennent des institutions culturelles singulières, à la fois gardiennes de la mémoire et espaces de pratique et de présentation culturelle. Les activités éducatives, les expositions et les démonstrations folkloriques permettent au public d’accéder directement à une expérience vivante de la vie communautaire.

Le processus de recherche et de décryptage des savoirs vernaculaires, à travers chaque couche de matériau et chaque structure de toiture, contribuera à mieux mettre en lumière la richesse et la diversité des cultures ethniques du Vietnam. L’association entre savoir scientifique et expérience pratique des communautés culturelles participe à la définition de nouvelles approches de conservation participative, améliorant ainsi l’efficacité de la préservation de l’architecture traditionnelle. Par ailleurs, l’application des technologies numériques élargit les possibilités d’accès et de valorisation, permettant au patrimoine de s’inscrire durablement dans la vie contemporaine.

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