Si vous avez l’occasion de visiter la région de Xu Doai, après avoir admiré les murs en latérite du village ancien de Duong Lam ou la solennité de la citadelle de Son Tay, prenez le temps de ralentir pour faire halte à la pagode Sung Nghiem Tu (quartier de Son Tay, capitale Hanoï du Vietnam). Les habitants l’appellent affectueusement par un nom simple et familier, évoquant une douceur rustique : la pagode Mia.
Pour les habitants de Duong Lam, la pagode Mia n’est pas seulement un monument, mais une part de leur identité. Les anciens eux-mêmes ne savent plus exactement quand elle a été fondée, mais tous s’accordent à dire que sa silhouette est ancrée dans la mémoire collective depuis des générations.
Dès l’extérieur, les visiteurs peuvent ressentir la majesté du lieu à travers sa porte d’entrée monumentale à deux niveaux et huit toitures, une architecture unique dans le système des pagodes vietnamiennes. Une fois franchi le portail, l’espace s’ouvre sur une succession de bâtiments imposants, dont la tour du lotus à neuf étages, haute de 13 mètres, de forme octogonale. À chaque niveau, des dragons finement sculptés semblent onduler dans les airs.
À l’intérieur, on trouve d’imposantes colonnes en bois qu’une seule personne ne peut entourer.
Le sanctuaire intérieur est organisé selon le modèle « nội công ngoại quốc », caractéristique de l’architecture des pagodes vietnamiennes. D’imposantes colonnes en bois, dont certaines nécessitent plusieurs personnes pour les entourer, soutiennent cet espace sacré. Le bâtiment principal, avec ses 32 piliers et ses sept travées flanquées de deux ailes, s’étend en parallèle avec la salle des offrandes, créant un espace ouvert où la lumière naturelle pénètre délicatement. Les jours ensoleillés, les rayons se reflètent à travers les tuiles et illuminent le sol en briques, conférant au lieu une atmosphère presque irréelle.
Mais ce qui fait la singularité de la pagode Mia, c’est son impressionnant ensemble de 287 statues anciennes de tailles variées, un chiffre exceptionnel. On y trouve des statues en bronze, en bois et surtout en terre.
Selon la vénérable Thich Dam Can, la particularité la plus remarquable du site réside précisément dans ces statues. Alors que de nombreux lieux ont recours à des matériaux modernes pour restaurer ou recréer des œuvres, la pagode Mia a conservé presque intact son ensemble d’origine.
Le secret réside dans les matériaux : les artisans d’autrefois utilisaient un mélange de plâtre, de papier dó, de balle de riz et de racines de figuier, combiné à un ingrédient « secret », la mélasse de canne à sucre, spécialité de Duong Lam. Ce mélange à base de chaux et de mélasse confère une solidité exceptionnelle, permettant aux statues de traverser près de quatre siècles sans se détériorer.
Parmi elles se distingue l’ensemble des Huit Gardiens Vajra, représentés dans des postures de combat puissantes, chacun affichant une expression unique. On peut également admirer les deux plus grandes statues de gardiens du temple, Khuyen Thien et Trung Ac, qui se dressent majestueusement, symbolisant respectivement le bien et le mal, la compassion et la justice.
Chaque statue n’est pas seulement une œuvre d’art, mais aussi une histoire, une leçon morale, reflétant la richesse de la vie spirituelle vietnamienne. L’ensemble crée un espace à la fois sacré et accessible, où chacun peut trouver un moment de sérénité au cœur du monde moderne.
Grâce à ces valeurs exceptionnelles, la pagode Mia a été classée monument national d’architecture et d’art dès 1964. Mais au-delà de cette reconnaissance officielle, ce qui rend ce lieu véritablement incontournable, c’est le sentiment éprouvé en s’y tenant : celui d’un temps suspendu, où les traditions anciennes continuent de vivre en harmonie avec le présent.