La réorganisation des villages et des quartiers résidentiels, engagée dans le cadre de la résolution No 105/NQ-CP du 8 avril 2026 mettant en œuvre la conclusion no 210-KL/TW (le 12 novembre 2025) du Comité central du Parti communiste du Vietnam (XIIIe mandat) sur la poursuite de la consolidation et du perfectionnement de l’appareil du système politique dans les années à venir, est actuellement déployée à grande échelle dans de nombreuses localités.
Dans ce contexte, de nombreux noms de villages familiers disparaissent progressivement du nouveau système de dénomination administrative. Cette évolution fragilise certains repères affectifs profondément ancrés chez les habitants.
Dans la conscience collective, le village ne constitue pas seulement un lieu de résidence, mais aussi un espace où se perpétuent les modes de vie, les coutumes et les pratiques traditionnelles.
Au fil du temps, il s’est progressivement imposé comme un lieu de mémoire collective et des sentiments de plusieurs générations, contribuant ainsi à façonner l’identité culturelle vietnamienne.
La fusion des unités administratives entraîne la disparition de nombreux noms de villages des registres officiels, remplacés par de nouvelles entités résidentielles ou quartiers administratifs.
Plusieurs toponymes familiers, étroitement liés à des espaces culturels emblématiques, ont ainsi été modifiés.
Le village de Dong Ho porte désormais le nom de quartier résidentiel de Dong Khe (quartier de Thuan Thanh, province de Bac Ninh) ; le village de Dong Ky est devenu le quartier résidentiel de Dong Ky ; le village de Phuc Xa (anciennement rattaché au quartier de Ngoc Thuy, arrondissement de Long Bien) relève désormais du quartier de Bo De, à Hanoi ; le village de Dai Ang (ancien district de Thanh Tri, à Hanoi) appartient aujourd’hui à la commune de Ngoc Hoi, à Hanoi…
Ces changements suscitent chez une partie de la population des inquiétudes quant au risque de voir disparaître des appellations intimement liées à une longue histoire et à des modes de vie culturels spécifiques.
Dans les faits, chaque nom de village reflète des conditions naturelles particulières, l’histoire de la fondation des communautés locales ainsi que leurs modes de subsistance. Chaque village possède ses propres coutumes, chaque communauté a ses usages spécifiques.
Le village traditionnel constitue ainsi une véritable communauté dotée de ses propres règles de conduite.
Les noms de villages sont également associés aux métiers artisanaux traditionnels qui forgent l’identité de chaque région, tels que le village de gio cha d’Uoc Le, le village des estampes populaires de Dong Ho, le village de menuiserie de Dong Ky ou encore le village de poterie de Tho Ha…
Ainsi, même si le nom administratif change, la mémoire du village demeure préservée au sein de la communauté.
Selon le professeur agrégé Bui Xuan Dinh, ancien chef du Bureau de recherche sur les groupes d’ethnies du groupe linguistique Viet-Muong à l’Institut d’ethnologie relevant de l’Académie vietnamienne des sciences sociales, le village constitue une communauté fondée sur des traits psychologiques et culturels communs, où se forgent les coutumes et les traditions villageoises. Même si les structures matérielles évoluent, la manière de parler et les comportements des habitants restent profondément marqués par l'appartenance à la communauté et sont difficiles à modifier.
Dès lors, la réorganisation des unités résidentielles et administratives doit accorder une attention particulière aux valeurs matérielles et immatérielles de l’espace villageois, dans une approche scientifique et cohérente.
Au-delà de la question des appellations, l’urbanisation rapide observée dans de nombreuses localités soulève également de multiples défis.
Les espaces de vie traditionnels se réduisent progressivement tandis que les modes de production connaissent d’importantes mutations.
Cette réalité exige une approche équilibrée conciliant gestion administrative et préservation culturelle.
Même lorsqu’il ne constitue plus une unité administrative indépendante, le village demeure une entité culturelle conservant un ensemble de vestiges, de coutumes et de règles communautaires façonnés au fil de l’histoire.
C’est pourquoi, dans le processus de réorganisation des villages et des quartiers résidentiels, il convient de privilégier des appellations héritées de longue date et porteuses de valeurs historiques et culturelles.
Les facteurs géographiques, historiques, coutumiers et traditionnels de la communauté doivent être pleinement pris en compte afin de préserver la continuité mémorielle et de renforcer la cohésion sociale.
Parallèlement, les organismes spécialisés doivent accélérer la constitution de dossiers et la numérisation des archives relatives à l’histoire et à la culture villageoises, tout en préservant les conventions communautaires, les généalogies familiales, les fêtes traditionnelles et les vestiges patrimoniaux.
Les composantes de l’espace culturel villageois, telles que les maisons communales, les temples, les pagodes, les édifices consacrés au culte des lettrés, les puits et les banians, doivent être protégées dans le cadre de la planification de l'aménagement urbain et de la construction de nouvelles zones rurales.
Les autorités locales doivent également mettre en place des mesures encourageant les communautés à maintenir les coutumes et les activités culturelles populaires adaptées aux conditions contemporaines.
Les organismes chargés de la gestion culturelle doivent, quant à eux, publier rapidement des directives précises relatives à la préservation des appellations et des espaces culturels traditionnels dans le cadre de la réorganisation des unités administratives.
La réorganisation des villages et des quartiers résidentiels constitue une orientation majeure visant à améliorer l’efficacité de la gestion publique.
Ce processus doit garantir une articulation harmonieuse entre développement, préservation et valorisation de l’espace culturel des villages vietnamiens, contribuant ainsi à sauvegarder les fondements culturels, à consolider l’identité nationale et à offrir aux habitants un ancrage spirituel dans un contexte de profondes mutations de la vie moderne.