Lors des premières années du marché boursier vietnamien, l’équitisation des entreprises d’État visait principalement à élargir le marché et à augmenter le nombre de sociétés cotées. Aujourd’hui, face aux exigences d’une croissance qualitative et d’une intégration plus profonde aux marchés financiers internationaux, ce processus est désormais envisagé sous un angle davantage axé sur la performance.
Selon Vu Thi Chan Phuong, présidente de la Commission d’État des valeurs mobilières, le développement du marché des capitaux est devenu une tâche essentielle. Ce marché n’est plus seulement un canal de mobilisation de capitaux à moyen et long termes, mais aussi un levier pour renforcer la transparence, moderniser la gouvernance, optimiser les ressources sociales et accroître la compétitivité nationale.
La Résolution n°79-NQ/TW du Bureau politique du 6 janvier 2026 sur le développement de l’économie publique fixe l’objectif de construire des entreprises publiques jouant un rôle moteur au sein de l’économie publique, opérant efficacement selon les mécanismes du marché, dotées d’une compétitivité régionale et internationale, et appliquant une gouvernance moderne, transparente et ouverte.Dans ce contexte, l’accélération de l’équitisation associée à la cotation en bourse constitue non seulement une obligation légale, mais aussi une solution pour accroître la valeur intrinsèque des entreprises.
Alors que le réseau bancaire fait face à des pressions croissantes liées aux risques et au coût du capital, le marché boursier s’affirme de plus en plus comme un important canal de financement de l’économie. Pour les grands groupes publics, il représente une opportunité de restructurer leurs fonds propres par l’émission d’actions, d’obligations ou l’ouverture du capital à des investisseurs stratégiques, tout en renforçant leur image selon les standards internationaux.
Cependant, une réalité est que de nombreuses entreprises après leur équitisation affichent une capitalisation importante, mais un faible taux de flottant (free float). La majorité des actions reste détenue par l’État ou par de grands actionnaires, ce qui limite le volume de titres réellement disponibles sur le marché, réduit la liquidité et freine les capacités d’investissement des fonds institutionnels étrangers. C’est pourquoi la réduction de la participation de l’État dans les secteurs où une position dominante n’est pas nécessaire est considérée comme une solution importante pour améliorer le free float et renforcer l’attractivité du marché.
Selon Vu Thi Chan Phuong, le marché boursier vietnamien entre dans une nouvelle phase de développement marquée par de nombreuses conditions favorables, notamment après le reclassement du Vietnam par FTSE Russell dans la catégorie des marchés émergents secondaires. Cette évolution ouvre la voie à l’arrivée de flux importants de capitaux internationaux, en particulier ceux des fonds d’investissement à long terme et des fonds passifs mondiaux.
Toutefois, pour tirer pleinement parti de cette opportunité, le marché doit continuer à améliorer la qualité de sa gouvernance, renforcer la transparence et augmenter le volume d’actions à flottant suffisant afin de répondre aux exigences des investisseurs institutionnels internationaux.
Du point de vue de la gestion des entreprises publiques, Nguyen Thu Thuy, directrice adjointe de l’Agence de développement des entreprises publiques au ministère des Finances, a souligné que les entreprises publiques vietnamiennes continuaient de jouer un rôle moteur dans plusieurs secteurs stratégiques tels que l’énergie, les infrastructures, les télécommunications, la logistique ou encore la défense et la sécurité.
Le pays compte actuellement plus de 860 entreprises à capitaux publics, dont environ 500 détenues à 100 % par l’État. Ce secteur contribue à hauteur de 12,5 % du PIB et représente entre 27 % et 30 % des recettes budgétaires de l’État, hors pétrole brut.
Cependant, selon Nguyen Thu Thuy, le secteur des entreprises publiques reste confronté à six grands défis : un rôle moteur encore insuffisamment affirmé, des ressources financières et des actifs insuffisamment exploités, une compétitivité limitée, une efficacité encore faible, une gouvernance lente à se moderniser ainsi qu’un processus d’équitisation et de désengagement de l’État encore lent.
Dans le cadre des orientations pour la période 2026-2030, le ministère des Finances a soumis au gouvernement de nouveaux critères de classification des entreprises publiques. Un point notable est que l’État se concentrera désormais sur l’identification des secteurs dans lesquels il doit conserver une participation majoritaire et de ceux où sa part peut être réduite, tandis que les entreprises devront élaborer elles-mêmes leur stratégie de développement et leur plan de restructuration du capital conformément à la Loi n°68/2025/QH15 et aux décrets d’application.
Alors que le Vietnam cherche à améliorer la qualité de sa croissance et à attirer davantage de capitaux internationaux, l’équitisation des entreprises publiques ne se limite plus à la seule restructuration du secteur public. Plus important encore, ce processus est désormais directement lié à l’amélioration de la qualité des « produits » du marché boursier, à l’augmentation du free float, au relèvement des standards de gouvernance et au renforcement de la capacité du marché vietnamien des capitaux à absorber les flux d’investissements mondiaux.