Quand les Vietnamiens à l’étranger deviennent des passerelles pour faire revenir le savoir au Vietnam

Dans les technologies de pointe, pour permettre au Vietnam de se rapprocher de la maîtrise technologique, les équipes nationales doivent participer à la résolution de grands problèmes, mener des recherches, expérimenter et créer de nouvelles technologies.

Le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et président de la République To Lam visite l’espace d’exposition présentant les réalisations de la coopération Vietnam-Australie dans les domaines des sciences et technologies, de l’innovation, de l’investissement et de l’éducation. Photo : VNA.
Le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et président de la République To Lam visite l’espace d’exposition présentant les réalisations de la coopération Vietnam-Australie dans les domaines des sciences et technologies, de l’innovation, de l’investissement et de l’éducation. Photo : VNA.

Cet esprit a également été souligné par le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam (PCV) et président de la République To Lam lors du Forum Tech Connect Vietnam-Australie, le 10 août 2026.

Lors du Forum, le secrétaire général du PCV et président de la République To Lam a souligné que le Vietnam était en train de passer de « la réception de technologies à la co-création technologique ». Selon lui, la coopération technologique doit aller au-delà du simple transfert de technologies pour s’orienter vers la recherche conjointe, le développement conjoint et la mise en réseau des écosystèmes d’innovation.

Cette orientation impose une approche différente de la conception traditionnelle des ressources technologiques. Dans des domaines à évolution rapide et à forte intensité de connaissances, tels que l’intelligence artificielle (IA), les semi-conducteurs ou les technologies quantiques, il est difficile pour une organisation ou un pays de maîtriser à lui seul l’ensemble des nouvelles connaissances. La maîtrise technologique ne repose pas uniquement sur l’acquisition d’une technologie déjà aboutie, mais aussi sur la capacité à participer au processus de création des technologies, à poser des questions, à mener des recherches, à expérimenter et à résoudre des problèmes encore sans réponse.

Dans ce processus, les Vietnamiens à l’étranger peuvent jouer un rôle particulier. Ils ne sont pas nécessairement obligés de quitter les pôles technologiques, les instituts de recherche ou les réseaux internationaux d’experts auxquels ils participent pour contribuer au développement du Vietnam. Au contraire, leur position au sein de ces réseaux peut devenir un point de connexion permettant aux équipes vietnamiennes de travailler avec des experts de premier plan à l’échelle mondiale.

Dès la Résolution n° 36-NQ/TW du 26 mars 2004 sur le travail concernant les Vietnamiens à l’étranger, le Bureau politique avait défini les Vietnamiens à l’étranger comme « une partie inséparable et une ressource de la communauté nationale vietnamienne ».

La Résolution souligne également que cette communauté est en mesure de rechercher des partenaires et de servir de passerelle avec les organisations nationales. Elle appelle par ailleurs à élaborer des politiques visant à attirer et à valoriser les talents, à promouvoir les contributions des intellectuels vietnamiens à l’étranger, ainsi qu’à élargir la coopération afin que les experts vietnamiens à l’étranger puissent participer à des programmes et projets et contribuer au transfert de technologies et de techniques de pointe. Plus de deux décennies plus tard, l’histoire de FPT-Mila montre que ce rôle de « passerelle » évolue : il ne s’agit plus seulement de mettre en relation des ressources, mais de participer conjointement à la création de nouvelles connaissances et capacités technologiques.

D’une connexion personnelle à un réseau international de recherche

Le docteur Nguyen Xuan Phong, né en 1989, a commencé à programmer à l’âge de 9 ans, mais a d’abord étudié la gestion des entreprises avant de revenir vers les technologies. Il a ensuite étudié l’informatique à l’Université Carnegie Mellon, obtenu un doctorat en intelligence artificielle à l’Université de Tokyo et travaillé pendant plusieurs années chez Hitachi, au Japon.

Au cours de son parcours de recherche au Japon et au Canada, il a également participé aux activités de recherche de Mila et occupé des postes de haut niveau dans le domaine de l’IA au sein de FPT. En 2026, FPT l’a nommé directeur de la technologie, puis directeur de la transformation par l’IA à l’échelle du groupe.

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Le docteur Nguyen Xuan Phong lors de la cérémonie de signature de l’accord de coopération entre FPT et Mila dans les domaines de la recherche en IA, du développement de ressources humaines hautement qualifiées et du transfert de connaissances.

À Mila, Nguyen Xuan Phong s’est concentré sur deux problématiques : l’apprentissage des relations de cause à effet par l’IA et l’apprentissage par renforcement permettant à l’IA de comprendre le monde et d’en construire des modèles. Il décrit son rôle comme celui d’un intermédiaire entre la recherche théorique et les applications, visant à transformer les nouvelles découvertes en IA en améliorations technologiques concrètes. Parallèlement à ses recherches à Mila, il a mis en relation les nouvelles connaissances et orientations de recherche avec les équipes de FPT au Vietnam.

En juin 2020, FPT est devenue la première entreprise d’Asie du Sud-Est à rejoindre le réseau des partenaires stratégiques de Mila. Les deux parties ont défini plusieurs axes de coopération, notamment la recherche et le développement pour renforcer les capacités en IA, l’accompagnement dans la création du Centre de recherche en IA de FPT à Quy Nhon, la formation et les échanges de ressources humaines dans le domaine de l’IA, ainsi que la mise en relation avec les opportunités offertes par l’écosystème de Mila. Mila a indiqué avoir choisi FPT en raison de ses capacités de recherche en IA, de ses applications potentielles et de sa capacité à contribuer en retour à l’écosystème.

Trois ans plus tard, les deux parties ont poursuivi leur coopération. Dans la première phase, les équipes de FPT et de Mila ont mené conjointement des recherches sur les relations causales en IA, les modèles de langage et le codage de la parole. La phase suivante a été élargie aux grands modèles de langage, au traitement automatique du langage naturel et à l’IA responsable.

Le professeur Yoshua Bengio, fondateur de Mila, colauréat du prix Turing 2018 et l’un des scientifiques ayant posé les fondements de l’apprentissage profond moderne, a indiqué que la communauté de Mila avait bénéficié de ses relations avec FPT et que de nombreux projets avaient été concrétisés au cours des trois premières années de coopération.

Un exemple concret de ce mécanisme de recherche conjointe est le travail intitulé Reusable Slotwise Mechanisms (RSM), publié à NeurIPS 2023. Les auteurs sont Trang Nguyen, participante au programme AI Residency et stagiaire à Mila, Khuong Nguyen de FPT Software AI Center, ainsi que des chercheurs de Mila tels qu’Amin Mansouri, Kanika Madan, Kartik Ahuja, Dianbo Liu et Yoshua Bengio.

L’équipe a proposé un cadre de modélisation de la dynamique des objets permettant aux systèmes de prédire leur état futur et de mieux gérer des situations nouvelles dans des tâches telles que le question-réponse à partir d’images et la planification d’actions. Il s’agit d’un cas où l’on voit clairement les équipes de FPT et de Mila signer conjointement un travail, proposer ensemble une méthode et soumettre leurs résultats à l’évaluation par les pairs lors d’une conférence internationale de premier plan dans le domaine de l’IA.

En août 2026, après six années de coopération, FPT et Mila ont annoncé avoir publié 162 travaux scientifiques, dont 126 dans des conférences et revues scientifiques de premier plan au niveau mondial ; 80 jeunes chercheurs ont été formés et cinq brevets ont été acceptés. Les deux parties sont également entrées dans une nouvelle phase, axée sur les modèles fondamentaux, l’IA agentique, l’IA physique, l’IA pour la sûreté et la cybersécurité. Elles ont créé un groupe de travail conjoint chargé de définir les orientations de recherche prioritaires, d’organiser des échanges de chercheurs et de suivre les résultats.

Ces résultats montrent que le rôle d’un intermédiaire ne se limite pas à mettre deux organisations en relation. Lorsque la relation est maintenue suffisamment longtemps, la connexion peut devenir un mécanisme permettant à des équipes de recherche de travailler ensemble sur des problèmes ouverts, de former de jeunes chercheurs et de produire des résultats évalués et validés par la communauté scientifique internationale. Il s’agit d’un pas supplémentaire vers le passage de la réception des connaissances à la participation conjointe à la création de nouvelles connaissances.

Une connexion individuelle ouvre la voie à une nouvelle génération de chercheurs

FPT Software AI Residency est un programme de formation de deux ans destinés à faire émerger de jeunes talents dans la recherche en IA et en apprentissage automatique (Machine Learning). Les participants effectuent leurs recherches sous la direction d’experts et de scientifiques de FPT, de Mila et de centres de recherche internationaux. Les participants les plus performants ont la possibilité de prendre part à des programmes de recherche de courte durée à Mila.

Dau Thi Van Anh est l’un des profils qui illustrent cette dynamique. Après avoir échoué à intégrer l’AI Residency lors de sa première candidature, elle a renforcé ses connaissances en mathématiques, son anglais et ses compétences en recherche avant de devenir membre de la deuxième promotion. En 2023, à l’âge de 23 ans, elle a été sélectionnée pour rejoindre Mila pendant trois mois afin de participer aux projets AI4Code et de travailler directement au sein du réseau international de recherche.

Auparavant, elle était l’auteure principale d’un travail accepté à la Conférence internationale sur l’ingénierie logicielle automatisée en 2022. Une autre étude dont elle était coauteure a ensuite été acceptée à ACL 2023.

Du statut d’étudiante au Vietnam à l’opportunité de mener des recherches à Mila, le parcours de Van Anh montre qu’une connexion internationale n’acquiert sa véritable valeur que lorsqu’elle ouvre aux jeunes la voie vers les principaux environnements de recherche et leur permet de créer eux-mêmes de nouvelles connaissances.

Un autre cas est celui de Hoang Khang. Diplômé major de promotion en mathématiques de l’Université des sciences naturelles de l’Université nationale de Hô Chi Minh-Ville, il a rejoint l’AI Residency et mené ses recherches dans un environnement bénéficiant du soutien d’experts de plusieurs centres d’IA à travers le monde.

Au terme de deux années, Hoang Khang a reçu des propositions de neuf universités, dont Duke, UCSD, Georgia Tech et UCLA, avant de choisir de poursuivre un doctorat en mathématiques à UCLA. Selon lui, la valeur de cette expérience ne réside pas seulement dans les publications scientifiques ou les lettres de recommandation, mais aussi dans la manière d’évaluer un problème, de formuler des hypothèses et de rechercher des solutions, autant de compétences fondamentales pour un chercheur.

En 2024, l’AI Residency comptait déjà près de 90 travaux de recherche publiés dans des conférences reconnues dans le domaine de l’IA, dont 29 articles acceptés dans des conférences classées A*. À une échelle plus large, dans le cadre de la coopération FPT-Mila, les deux parties ont annoncé avoir formé 80 jeunes chercheurs à l’horizon 2026. Ces chiffres montrent que les connexions internationales ne créent pas seulement des opportunités pour quelques individus, mais contribuent à former un vivier de chercheurs capables de travailler selon les standards internationaux.

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Le vice-Premier ministre du gouvernement Ho Quoc Dung assiste à la cérémonie de signature entre FPT et Mila.

Ce flux de recherche continue de se développer. En 2026, cinq travaux sur l’IA auxquels ont participé des cadres et étudiants de FPT ont été sélectionnés pour être présentés à ACL, PAKDD et ICML. Il s’agit de conférences internationales appliquant des procédures rigoureuses d’évaluation par les pairs et de sélection. À titre d’exemple, ACL a reçu 12 148 articles, dont seulement 19 % ont été retenus pour le programme principal ; ce taux est d’environ 25 % pour PAKDD et de 26,6 % pour ICML. Les équipes de FPT travaillent notamment sur l’accélération des modèles de langage fondés sur la diffusion, la génération automatique de documentation technique pour de grands systèmes logiciels et l’aide à la vérification de la correction des programmes.

Des résultats tels que RSM ou les travaux présentés à ACL, PAKDD et ICML illustrent une évolution plus profonde : de l’accès des jeunes aux équipes de professeurs encadrants et aux environnements internationaux de recherche à leur capacité à formuler eux-mêmes des problématiques, à proposer des méthodes et à soumettre leurs travaux à des processus d’évaluation rigoureux.

Lorsque ces capacités s’accumulent, la valeur d’une connexion internationale ne se limite plus à un voyage ou à une formation, mais devient une capacité de recherche durable pour l’organisation.

À long terme, la valeur d’une connexion internationale ne devrait pas être mesurée uniquement au nombre de rencontres ou d’accords signés. Elle doit être évaluée à travers ce qui subsiste au terme de la coopération : une équipe de recherche plus mature, une génération d’ingénieurs capables de travailler selon les standards internationaux, des travaux évalués par la communauté scientifique et la capacité à transformer les nouvelles connaissances en produits et en solutions.

L’histoire du docteur Nguyen Xuan Phong n’est donc pas seulement celle d’un scientifique vietnamien travaillant entre plusieurs pays. Sa valeur plus profonde réside dans sa capacité à relier des points qui semblent éloignés : un chercheur à Montréal, de jeunes ingénieurs au Vietnam, l’un des principaux instituts mondiaux de recherche en IA et les problématiques technologiques auxquelles sont confrontées les entreprises.

La contribution des Vietnamiens à l’étranger ne signifie donc pas nécessairement qu’ils doivent choisir définitivement entre rester à l’étranger et revenir au Vietnam. Ils peuvent revenir, continuer à travailler au sein de réseaux internationaux ou évoluer entre plusieurs environnements. L’essentiel est que les connaissances et les relations professionnelles qu’ils ont accumulées puissent continuer à être mises en relation avec les équipes nationales et à les soutenir.

Pour que de telles connexions aillent plus loin, les personnes qui jouent le rôle de passerelle doivent pouvoir compter sur une organisation disposant de capacités suffisantes pour accueillir les connaissances et les transformer en recherche, en équipes puis en produits. Pour FPT, ce rôle ne consiste pas seulement à attirer des experts vietnamiens ayant travaillé à l’étranger, mais aussi à leur permettre de maintenir leurs liens avec les principaux réseaux de recherche et d’ouvrir ces portes aux jeunes du Vietnam.

De Montréal à Quy Nhon, des travaux cosignés au programme AI Residency, l’expérience FPT-Mila montre qu’une passerelle de connaissances peut fonctionner dans les deux sens : les connaissances et les réseaux internationaux arrivent au Vietnam, tandis que les jeunes chercheurs vietnamiens bénéficient de davantage d’opportunités de se tourner vers le monde, de travailler ensemble et de créer ensemble de nouvelles connaissances.

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