Édito :

Renforcer la vision stratégique et la capacité de gouvernance nationale

Dans cette nouvelle ère de développement, le renforcement des capacités de gouvernance nationale constitue une condition essentielle pour libérer les ressources, stimuler l’innovation, accroître l’autonomie du pays et concrétiser ses objectifs de développement à l’horizon 2045.

Au Centre de services administratifs publics du quartier de Dong Da, à Hanoï. Photo : Nguyen Dang/NDEL.
Au Centre de services administratifs publics du quartier de Dong Da, à Hanoï. Photo : Nguyen Dang/NDEL.

Les bouleversements sociaux observés dans certains pays occidentaux, qu’il s’agisse des conflits d’intérêts, des inégalités, de la polarisation politique ou de l’érosion de la confiance dans les institutions publiques, soulèvent des questions fondamentales quant à la capacité de gouvernance des États dans un contexte international de plus en plus complexe et incertain.

Cette réalité met en évidence les exigences auxquelles le Vietnam doit répondre : poursuivre le perfectionnement de ses institutions, renforcer ses capacités d’anticipation et de pilotage, concilier les différents intérêts, garantir la protection sociale et promouvoir le droit du peuple à exercer son pouvoir.

Dans cette nouvelle ère de développement, le renforcement des capacités de gouvernance nationale constitue une condition essentielle pour libérer les ressources, stimuler l’innovation, accroître l’autonomie du pays et concrétiser ses objectifs de développement à l’horizon 2045.

Moderniser la gouvernance nationale

L’un des enjeux récurrents de la gouvernance nationale consiste à renforcer les capacités d’anticipation, à identifier les risques de manière proactive et à y remédier dès leur apparition.

Il est nécessaire de passer résolument d’une approche consistant à traiter les problèmes une fois qu’ils se sont manifestés à une démarche fondée sur l’anticipation, la prévention et le règlement des difficultés dès leur origine, au niveau local.

Pour y parvenir, il faut améliorer la qualité de la collecte et de l’analyse des informations, renforcer la coordination entre les organismes concernés et valoriser le rôle des autorités locales ainsi que des organisations représentatives de la population.

Cela suppose de mettre en place des mécanismes d’alerte précoce assortis de responsabilités précises en matière de traitement des problèmes, de délais définis et de dispositifs de contrôle des résultats. Il faut éviter que des informations et des préoccupations signalées restent sans réponse ou soient renvoyées d’un échelon administratif à un autre, d’un organisme à un autre.

Le perfectionnement des institutions et la réduction de l’écart entre les politiques publiques et la réalité du terrain sont également indispensables. Les institutions ne peuvent produire pleinement leurs effets que si les réglementations sont claires, les responsabilités transparentes et les politiques appliquées de manière cohérente.

Les blocages institutionnels, le chevauchement des attributions, les pratiques consistant à éluder les responsabilités ou les retards dans la résolution des difficultés peuvent affaiblir l’efficacité de la gestion publique, accroître les coûts sociaux et porter directement atteinte aux intérêts de la population et des entreprises.

Il convient donc de poursuivre la mise en place d’un système juridique cohérent et applicable, d’améliorer la qualité de l’élaboration des politiques sur la base d’évaluations exhaustives de leurs impacts socio-économiques, et de définir clairement les responsabilités de chaque organisme, organisation et dirigeant dans leur mise en œuvre.

Il faut également renforcer les contrôles et la supervision, rendre publics les délais et l’avancement du traitement des dossiers, et sanctionner rigoureusement les pratiques de renvoi de responsabilité et de passivité.

Dans les faits, si la croissance économique génère des ressources pour le développement, la stabilité sociale dépend aussi de la capacité à répartir les opportunités, à garantir la protection sociale et à améliorer la qualité de vie.

Pour le Vietnam, l’enjeu consiste à articuler étroitement les politiques de développement économique et les politiques sociales. Les mesures relatives à l’emploi, aux salaires, au logement, à l’éducation, à la santé et à la protection sociale doivent être conçues de manière cohérente, mises en œuvre en temps opportun, ciblées sur les bénéficiaires concernés et assorties de mécanismes d’évaluation de leur efficacité.

Les questions liées au foncier, à l’environnement, aux indemnisations, à la libération des terrains et à la répartition des bénéfices issus des projets de développement doivent être traitées dans la transparence, conformément à la loi et dans le respect d’un équilibre entre les intérêts de l’État, de la population et des entreprises.

Pour le Vietnam, l’enjeu consiste à articuler étroitement les politiques de développement économique et les politiques sociales.

Le développement national ne saurait être évalué uniquement à l’aune du taux de croissance. Il doit également être apprécié au regard de l’amélioration des conditions de vie, de l’accès de chacun aux fruits du développement et de la capacité à protéger les groupes vulnérables. Par ailleurs, la confiance de la population constitue une ressource essentielle pour garantir le consensus social et l’efficacité de la gouvernance nationale.

Cette confiance repose sur la pertinence des orientations, l’efficacité des politiques publiques, l’intégrité des cadres et la capacité des autorités à résoudre les problèmes concrets auxquels la population est confrontée.

Il est donc nécessaire de continuer à promouvoir la démocratie, d’améliorer la qualité du dialogue entre les autorités et les citoyens, de renforcer la transparence de l’information et de veiller à ce que les mécanismes de réception et de traitement des requêtes fonctionnent réellement. Toute préoccupation légitime doit être examinée avec sérieux, et son traitement doit relever de compétences clairement définies, respecter des délais précis et engager des responsabilités identifiables.

Consolider la confiance suppose également de prendre en considération à leur juste mesure les opinions critiques et les désaccords au sein de la société. Toute opinion divergente ne constitue pas nécessairement une menace.

De nombreux témoignages issus de la réalité du terrain peuvent au contraire permettre de déceler les insuffisances des politiques publiques et d’améliorer la qualité de la conduite des affaires publiques.

Le développement des réseaux sociaux et des technologies numériques transforme les modes de circulation de l’information, la formation de l’opinion publique et la manière dont les problèmes sociaux sont portés à la connaissance des autorités.

Les informations erronées, les contenus déformés ou l’amplification de faits qui n’ont pas encore été vérifiés peuvent alimenter la méfiance, brouiller la perception de la réalité et provoquer la propagation rapide de conflits initialement localisés.

Cette évolution impose de renforcer les capacités de gouvernance numérique, en associant étroitement l’utilisation des technologies, la sécurité de l’information et l’amélioration de la communication institutionnelle. Les organismes compétents doivent anticiper les problèmes, vérifier les informations, apporter des réponses rapides et rendre publics les éléments auxquels les citoyens sont en droit d’accéder.

Un habitant consulte un robot pour s'informer sur les procédures et formalités administratives dans le quartier de Thu Duc, à Hô Chi Minh-Ville (au Sud). Photo : VNA
Un habitant consulte un robot pour s'informer sur les procédures et formalités administratives dans le quartier de Thu Duc, à Hô Chi Minh-Ville (au Sud). Photo : VNA

Une conception moderne de la gouvernance nationale et une volonté d’action résolue

Les documents du XIVe Congrès national du Parti communiste du Vietnam fixent pour objectif de renforcer les capacités de direction, de gestion, de pilotage et d’organisation de la mise en œuvre des politiques. Parallèlement, les Résolutions 27-NQ/TW, 28-NQ/TW, 42-NQ/TW et 57-NQ/TW constituent des fondements politiques importants pour le perfectionnement des institutions, le renouvellement des méthodes de direction, la garantie de la protection sociale et la modernisation de la gouvernance nationale.

L’enjeu central est de passer du traitement des situations ponctuelles à une démarche de prévention proactive, du perfectionnement des politiques à l’amélioration de leur mise en œuvre effective, en prenant les résultats obtenus au service de la population comme principal critère d’évaluation.

Pour cela, il faut passer résolument d’une gestion au cas par cas à une gouvernance proactive, fondée avant tout sur l’anticipation et la prévention. Il ne faut pas laisser les requêtes s’enliser, les insuffisances s’accumuler ou les conflits d’intérêts non résolus dégénérer en foyers de tensions sociales.

Le travail de prévision doit être associé à des responsabilités d’action concrètes : désigner clairement les organismes chargés du suivi, les responsables du traitement, les délais de résolution et les mécanismes de contrôle des résultats. Il convient également de mettre en relation les données socio-économiques avec les informations recueillies sur le terrain et les remontées de la population, afin de détecter rapidement les risques potentiels.

Par ailleurs, la mission de construction et de perfectionnement de l’État de droit socialiste du Vietnam dans cette nouvelle période exige de poursuivre l’amélioration du système juridique, de renforcer le contrôle du pouvoir et d’accroître l’efficacité du fonctionnement de l’appareil d’État.

Parallèlement au perfectionnement des institutions, il est indispensable de resserrer la discipline et la rigueur administratives, de délimiter clairement les compétences et les responsabilités, et de remédier aux pratiques consistant à éviter les tâches, à se décharger de ses obligations ou à transférer la responsabilité d’un organisme à un autre.

Cela implique également de réformer l’évaluation des cadres et des fonctionnaires en fonction de leur poste, des réalisations concrètes et des résultats obtenus dans l’accomplissement de leurs missions. Il faut mettre davantage l’accent sur la responsabilité des dirigeants et sanctionner sévèrement les comportements d’inertie, les pratiques administratives abusives ou tout acte portant atteinte aux droits et intérêts légitimes de la population et des entreprises.

L’exigence de préserver la stabilité et de promouvoir le développement durable du pays impose également d’articuler le développement économique avec le progrès et l’équité sociales ainsi que la garantie de la protection sociale.

Il faut associer les objectifs de croissance à la garantie de l’emploi, des revenus, du logement, de l’éducation, de la santé et de l’accès aux services essentiels, tout en accordant une attention particulière aux groupes les plus vulnérables face aux fluctuations économiques.

Pour les questions susceptibles de donner lieu à des litiges, telles que le foncier, les indemnisations, la libération des terrains, l’environnement et la répartition des bénéfices issus des projets de développement, il est nécessaire de garantir la transparence, la publicité des informations, un dialogue véritable et un traitement conforme à la loi.

Il convient d’améliorer la qualité des évaluations des impacts sociaux lors de l’élaboration des politiques publiques et de corriger rapidement les insuffisances susceptibles de porter atteinte aux moyens de subsistance et aux intérêts légitimes de la population.

Le développement durable ne consiste pas seulement à générer davantage de ressources, mais aussi à améliorer la qualité de vie, à élargir les perspectives de développement et à limiter les fragilités sociales.

En particulier, le renforcement des capacités de gouvernance nationale doit aller de pair avec la promotion du droit du peuple à exercer son pouvoir, l’amélioration de la transparence et le renforcement de l’obligation de rendre des comptes. Il faut améliorer la qualité du dialogue entre les autorités et les citoyens, renforcer l’efficacité de l’accueil du public et du traitement des plaintes et dénonciations, et garantir que les requêtes soient examinées par les autorités compétentes dans les délais impartis.

Les organismes publics doivent rendre compte, conformément à la réglementation, des résultats du traitement des dossiers, définir clairement les responsabilités des organisations et des personnes concernées, et mettre fin aux pratiques consistant à éluder ou à se renvoyer les responsabilités.

La confiance ne peut être simplement exigée : elle doit être construite par la transparence, le sens des responsabilités et l’efficacité du service rendu à la population. Lorsque les citoyens sont écoutés, que leurs droits et intérêts légitimes sont protégés et que les infractions sont sévèrement sanctionnées, le consensus social peut alors reposer sur des bases solides.

La Résolution 57-NQ/TW du 22 décembre 2024 du Bureau politique définit le développement des sciences et des technologies, l’innovation et la transformation numérique nationale comme des moteurs essentiels du développement du pays.

La transformation numérique doit aller de pair avec la réforme des procédures, le renforcement des compétences des cadres, la garantie de la sécurité de l’information et la protection des données personnelles. Elle doit également permettre d’améliorer la qualité des services publics et de réduire les délais et les coûts pour la population et les entreprises.

Dans l’espace numérique, les organismes compétents doivent prendre l’initiative de fournir des informations exactes et en temps opportun, renforcer la vérification des faits, expliquer les politiques publiques et traiter les infractions conformément à la loi. Il ne faut pas laisser les retards dans les réponses créer un vide propice aux rumeurs, aux informations erronées et aux interprétations abusives susceptibles d’influencer l’opinion publique.

L’essence de la gouvernance numérique ne réside pas dans la simple dématérialisation des procédures administratives, mais dans la capacité à exploiter les données et les technologies pour prendre des décisions plus pertinentes, mieux servir la population et répondre plus efficacement aux nouveaux risques.

La transformation numérique doit aller de pair avec la réforme des procédures, le renforcement des compétences des cadres, la garantie de la sécurité de l’information et la protection des données personnelles. Elle doit également permettre d’améliorer la qualité des services publics et de réduire les délais et les coûts pour la population et les entreprises.

La situation sociale observée actuellement dans certains pays occidentaux souligne l’urgence de renforcer les capacités de gouvernance nationale, afin d’anticiper et de traiter les contradictions qui apparaissent au cours du processus de développement.

Pour le Vietnam, le renforcement des capacités de gouvernance nationale doit s’inscrire dans le cadre global de la construction de l’État de droit socialiste, du perfectionnement des institutions, de l’amélioration de l’efficacité de la mise en œuvre des politiques publiques et de la promotion du droit du peuple à exercer son pouvoir.

Prévenir les risques de manière proactive, traiter les contradictions à leur source et associer la croissance au progrès et à l’équité sociales constituent autant de conditions essentielles pour permettre au Vietnam de préserver sa stabilité politique et sociale, de renforcer sa résilience face aux bouleversements et de concrétiser ses objectifs de développement rapide et durable dans cette nouvelle période.

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