Pour Lu Duy Tuong, un employé de bureau animé d'une passion indéfectible pour la photographie, la région de Ba Tri (au Sud du Vietnam) n'est pas seulement sa terre d'origine, c'est aussi la source d'inspiration majeure d'une démarche visant à préserver la beauté rustique du métier traditionnel de saunier.
À travers le regard d'un enfant du pays, les marais salants de Ba Tri se révèlent bien au-delà du simple paysage naturel : ils racontent une histoire de subsistance empreinte de courage et de dignité.
Authenticité et rudesse sous un soleil de plomb
De retour à Ba Tri lors des journées les plus radieuses, Lu Duy Tuong a choisi les marais salants comme fil conducteur de son voyage créatif.
Pour capturer ces instants de vérité, il a dû composer avec les conditions éprouvantes du littoral, travaillant de longues heures sous une chaleur écrasante.
Là-bas, la brûlure du sel se mêle à la sueur sur la peau, provoquant cette sensation de moiteur inconfortable que les sauniers locaux affrontent chaque jour comme une composante indissociable de leur existence.
Outre le climat, l'espace des marais salants impose une vigilance de chaque instant. Les diguettes, étroites et glissantes, s'avèrent particulièrement exigeantes pour l'homme et son équipement.
Soucieux de ne pas perturber le labeur des habitants, le photographe s'est déplacé avec une grande fluidité pour multiplier les angles de vue et restituer toute la noblesse du travail de la terre.
Les contre-plongées capturent la puissance et l'endurance des gestes lorsque les sauniers portent ou ratissent le sel ; les prises de vue aériennes dévoilent la géométrie parfaite des bassins semblables à un immense échiquier ; tandis que les silhouettes en contre-jour, saisies au coucher du soleil, confèrent une dimension profondément poétique à ces figures laborieuses.
L'âme humaine au cœur de chaque grain de sel
Au-delà de la maîtrise technique, c'est le message profondément humain tapi derrière chaque cristal de sel qui interpelle le visiteur.
Voir ces anciens perpétuer inlassablement les gestes ancestraux par fidélité à la tradition familiale, alors que la jeune génération s'éloigne progressivement des campagnes en quête d'autres horizons, constitue l'âme véritable de cette contrée.
C'est la célébration de la persévérance et d'un amour viscéral du travail — une forme de « douceur » spirituelle dissimulée derrière l'âpreté du sel marin.
Aujourd'hui, l'artisanat du sel fait face à un déclin inévitable et voit ses surfaces se réduire.
À Ba Tri, le sel n'est pourtant pas une simple marchandise : il incarne la mémoire collective, le gagne-pain et l'identité culturelle transmis de génération en génération.
À travers ce récit, Lu Duy Tuong invite à dépasser la simple contemplation esthétique pour comprendre et s'émouvoir de la force de caractère de ces travailleurs de l'ombre.
Une résonance internationale
Cette dévotion aux savoir-faire traditionnels a donné lieu à une heureuse rencontre au début du mois de mars 2026.
Sensibilisé par la dimension humaine de ce reportage, le comité de rédaction d'un magazine publié en langue japonaise a contacté le photographe.
Impressionnés par l'authenticité des marais salants de Ba Tri, ils lui ont consacré une interview dans leur édition d'avril dédiée au sel de Vietnam, ciblant la communauté japonaise établie dans le pays.
Pour ce jeune passionné, voir l'histoire de sa région natale exposée dans une publication internationale est une consécration. Lu Duy Tuong rappelle avec humilité que ces paysages n'ont rien de monumental ; ils sont à l'image des gens d'ici, simples et authentiques.
C'est précisément cette sobriété qui a su toucher la sensibilité d'un public international. Faire rayonner ces traditions graphiques et humaines va bien au-delà de la satisfaction personnelle : c'est une contribution essentielle à la sauvegarde d'un patrimoine vivant face à l'épreuve du temps.