Situé en aval de la rivière Huong (rivière des Parfums) dans le quartier de Duong No, à Hue (au Centre du Vietnam), le village de Thanh Tien est célèbre depuis des siècles pour la fabrication d'offrandes de fleurs en papier.
Avec le temps, cet artisanat s’est imposé comme un marqueur culturel emblématique de la population huéenne.
Les Huéens accordent une importance particulière au culte des ancêtres.
Or, si le climat de Hue est généralement chaud et ensoleillé en été, il devient extrêmement imprévisible durant les derniers mois de l’année.
Les pluies persistantes rendent les fleurs fraîches précieuses et difficiles à conserver.
C'est ainsi que les villageois de Thanh Tien ont pensé à faire des fleurs en papier comme offrandes pour leurs ancêtres et leurs divinités.
Les fleurs en papier de Thanh Tien, un artisanat vieux de plus de trois siècles, sont réputées pour leur remarquable résistance aux conditions climatiques rigoureuses du Centre du Vietnam.
Bien au-delà d’un simple objet décoratif, elles constituent un symbole culturel et spirituel emblématique, rappelant, à chaque retour du printemps, les valeurs et principes moraux des habitants de l'ancienne capitale impériale.
La singularité des fleurs de Thanh Tien ne réside pas seulement dans leur finesse artisanale, mais aussi dans leur signification philosophique.
Une branche comporte généralement trois grandes fleurs centrales représentant le Tam cuong (les trois liens cardinaux) (Roi – Parents – Maître), entourées de cinq fleurs plus petites symbolisant les cinq vertus permanentes : Nhan (bienveillance), Nghia (justice), Le (bienséance), Tri (sagesse) et Tin (fidélité).
Le Tam cuong, concept fondamental du confucianisme, désigne les trois relations cardinales structurant l’ordre social de l’Asie féodale, plaçant le roi, les parents et le maître parmi les figures devant être honorées en priorité.
À Hue, on admire les fleurs en papier non seulement pour la décoration, mais aussi comme un rappel silencieux de la morale et de l’art de vivre transmis aux générations futures.
Les créations des villageois s’inspirent notamment du chrysanthème, du lotus, du lys et de l’œillet.
Les étapes de fabrication sont toutes effectuées manuellement, exigeant donc beaucoup de temps, de minutie et de dextérité.
Le choix et la coloration du papier sont les phases les plus importantes.
Le papier doit en effet être suffisamment résistant et la couleur des pétales doit être aussi vivante que celle des vraies fleurs.
Le bambou, soigneusement choisi, est fendu en minces bâtonnets qui sont ensuite séchés pour servir à la confection des branches.
À une certaine période, les fleurs en papier de Thanh Tien ont semblé menacées de disparition face à l’invasion des fleurs en plastique chinoises à bas prix.
Mais grâce à l’engagement de passionnés, tels que l’artisan Than Van Huy, du quartier de Duong No, le renouveau s’est amorcé.
Il a exprimé : « J'aime ce métier. La fabrication de fleurs en papier est l'artisanat traditionnel du village et se transmet de génération en génération. Si je ne le pratiquais plus, je pense que je me sentirais assez triste ».
« La fleur de lotus en papier a vu le jour et a fait rayonner le village bien au-delà des frontières du Vietnam », a ajouté l’artisan Than Van Huy.
Aujourd’hui, les lotus en papier de Thanh Tien ne se limitent plus aux autels domestiques : ils s’invitent dans les espaces d’art du thé, les festivals culturels et accompagnent les voyageurs jusqu’aux États-Unis, en France ou au Japon.
Cela illustre que les valeurs culturelles fondamentales, si elles sont adaptées à la vie contemporaine, conservent toujours une place pérenne sur le marché.
Dans le pays, les fleurs en papier de Thanh Tien sont largement commercialisées à Hanoi, Ho Chi Minh-Ville, Da Nang et Hai Phong.
En 2013, le Comité populaire de la province de Thua Thien-Hue a officiellement reconnu Thanh Tien comme village d’artisanat traditionnel.
En 2019, le site est devenu une destination touristique culturelle associant le village des fleurs en papier de Thanh Tien et les estampes populaires du village de Sinh, attirant de nombreux visiteurs désireux de découvrir et de comprendre les valeurs culturelles de l’ancienne capitale impériale.