Dans un entretien avec The World & Vietnam Report, Dao Manh Nghia, jeune chercheur du programme Erasmus Mundus et membre du Groupe de politique jeunesse et enfant des Nations Unies (UN MGCY), a partagé son point de vue sur le XIVe Congrès du Parti communiste du Vietnam (PCV) et sur le parcours qui l’a amené à porter l’intelligence et l’esprit de la jeunesse vietnamienne sur la scène intellectuelle mondiale.
Journaliste : Pouvez‑vous nous parler de votre propre parcours, en tant que jeune chercheur présent sur des forums internationaux ?
Dao Manh Nghia : Je suis né et j’ai grandi dans la province de Quang Tri, une terre héroïque marquée autrefois par les bombardements, mais qui aujourd’hui se relève avec une forte aspiration à la paix. Mon parcours n’a pas été un long fleuve tranquille.
Je suis entré en droit à Hô Chi Minh‑Ville en 2015, avec constamment en tête la question sur la promotion de la paix et de la justice.
Mais le tournant décisif a eu lieu fin 2019. J’ai eu l’honneur de représenter le Vietnam au programme ASEAN CIMB Young Leaders (CYAL) à Kuala Lumpur, en Malaisie. C’était mon premier voyage à l’étranger. L’impression initiale de surprise et d’étonnement a rapidement laissé place à une soif d’apprendre. Là‑bas, j’ai travaillé avec de jeunes leaders de toute la région, débattu de justice environnementale, visité des modèles agricoles durables et découvert la diversité culturelle de l’ASEAN.
Après ce voyage, j’ai senti une passion brûlante et une interrogation profonde : Pourquoi les jeunes leaders internationaux ont‑ils autant de confiance et de présence ? Pourquoi les jeunes Vietnamiens brillants sont‑ils si rarement visibles dans ces forums ?
Cette question m’a poussé à agir. J’ai compris que ma mission n’était pas d’apprendre seulement pour moi, mais de tracer la voie. C’est ainsi que l’Initiative DMN est passée d’un simple projet de sensibilisation à une organisation structurée avec un Conseil SDG et une fondation, pour autonomiser, financer et former les jeunes Vietnamiens. Ce voyage en Malaisie a été le signal de départ qui m’a fait dépasser mes propres limites et m’a permis de représenter le Vietnam dans des forums à Séoul, Londres, Washington, Paris, Tokyo, Genève, Doha…
Journaliste : En tant que seul représentant vietnamien au Forum de Doha 2025, à la Semaine de la paix de Genève 2025 et à d’autres tribunes internationales, que ressentez-vous lorsque le nom « Vietnam » est prononcé ou figure à l’ordre du jour des discussions ?
Dao Manh Nghia : C’est quelque chose de sacré. C’est une fusion de fierté nationale et de responsabilité de citoyen du monde.
Le Forum de Doha n’est pas qu’une conférence : c’est une scène politique mondiale avec plus de 6 000 participants. J’ai eu l’occasion d’y rencontrer des dirigeants internationaux, comme l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki‑moon, ou la vice‑présidente de la Commission européenne Kaja Kallas.
Participer aux sessions avec des leaders comme Bill Gates, l’ancienne secrétaire d’État américaine Hillary Clinton ou l’ancien président Donald Trump… écouter leurs visions sur la technologie, la géopolitique, l’avenir du monde… m’a convaincu que le Vietnam ne peut rester en marge de ces dynamiques.
Quand j’ai été co‑président de la table ronde sur la géopolitique à la réunion jeunesse du Forum, et que mon badge affichant « Vietnam » a été placé sur la table de discussion, j’ai senti la reconnaissance de la valeur de mon pays sur la scène mondiale.
Aux yeux de la communauté internationale, le Vietnam est un symbole de réconciliation, un pays qui aime la paix, qui s’engage dans la coopération multilatérale et qui maintient une diplomatie souple et résiliente.
À Doha, avec le thème « Justice en action : au‑delà des promesses de progrès », je n’ai pas hésité à faire entendre la voix des jeunes Vietnamiens et des pays en développement.
Journaliste : Selon vous, quelle est la clé qui permet à un jeune chercheur vietnamien de convaincre des organisations comme l’ONU, l’UE, l’OCDE ou la Qatar Foundation ?
Dao Manh Nghia : La clé réside dans la fusion entre l’identité vietnamienne et l’action concrète.
D’abord, l’identité du Vietnam est un atout diplomatique puissant. Notre nation est appréciée pour sa sincérité, sa responsabilité et son histoire glorieuse. Quand je dis que je viens du Vietnam, on me montre immédiatement respect et bienveillance.
Ensuite, ce qui convainc vraiment, ce sont nos actions, pas seulement les paroles. Avec DMN, nous ne parlons pas seulement de paix ou des SDG en théorie, nous levons des fonds, organisons des camps d’été pour la paix, promouvons l’éducation au droit… Ces actions s’inscrivent en cohérence avec les valeurs des organisations internationales.
Je me dis toujours : travaille avec dévouement, professionnalisme et transparence. Quand les gens voient un jeune vietnamien avec une vision claire et qui met en œuvre des projets générant un impact réel, ils sont prêts à nous ouvrir des portes, transcendant les barrières culturelles et géographiques.
Journaliste : En tant que président de plusieurs initiatives et forums de jeunesse à l’échelle régionale et internationale, comment évaluez-vous les capacités diplomatiques des jeunes Vietnamiens aujourd’hui par rapport à leurs homologues étrangers ?
Dao Manh Nghia : Ces cinq dernières années, je suis véritablement impressionné par la transformation remarquable de la jeunesse vietnamienne. Nous assistons à l’émergence d’une génération de « citoyens du monde » en plein cœur du Vietnam.
Dans les grandes villes, les jeunes ne se contentent pas de parler des langues étrangères. Ils possèdent une pensée critique, des compétences de leadership et une proactivité impressionnante. Ils n’attendent pas les opportunités : ils les créent.
Cependant, cette évolution n’est pas uniforme. Je pense souvent aux inégalités d’accès entre les zones urbaines et rurales. Dans des régions comme ma chère Quang Tri, les jeunes ont une énergie incroyable, mais manquent d’informations et d’accès aux environnements internationaux. Le problème n’est pas leur compétence — c’est l’opportunité.
C’est pourquoi DMN reste fermement engagé à donner des opportunités à ceux qui en sont éloignés. Je crois qu’une fois équipés des bonnes informations et ressources, les jeunes vietnamiens, qu’ils viennent des villes ou des villages, peuvent non seulement rivaliser, mais aussi diriger sur la scène mondiale.
Journaliste : Avez‑vous rencontré des difficultés que vous n’avez jamais partagées publiquement auparavant ? Quel conseil donneriez‑vous aux jeunes vietnamiens rêvant de devenir citoyens du monde ?
Dao Manh Nghia : Mon parcours à l’étranger n’a pas été sans sacrifices, temps, argent, santé. Étudier un master rigoureux dans trois pays européens signifie voyager constamment, s’adapter à de nouveaux environnements académiques tous les six mois. En parallèle, je dirige une organisation et je prépare des contenus pour des conférences internationales. Il y a eu des nuits blanches pour respecter les délais, suivies de réunions en ligne avec le décalage horaire… C’est épuisant.
Mais ces pressions ont forgé ma résilience. Mon conseil aux jeunes : Soyez proactifs et n’ayez pas peur. N’ayez pas peur de communiquer, de faire des erreurs ou de ne pas être « assez bon ». Cherchez la première opportunité, même petite. Une fois que vous franchissez cette étape, cela crée un effet domino : la confiance et l’expérience vous ouvriront d’autres portes. La grandeur appartient à ceux qui osent repousser leurs limites.
Journaliste : En tant que jeune Vietnamien vivant et travaillant à l’étranger, quelles sont vos pensées et vos attentes envers le XIVe Congrès du Parti qui se tient du 19 au 25 janvier ?
Dao Manh Nghia : Le XIVe Congrès est un événement historique, une convergence d’intelligence et d’aspirations de tout le peuple, destiné à propulser le pays dans une ère de développement vigoureux. Avec comme objectifs 2030, le centenaire de la fondation du Parti, et 2045, le centenaire de la fondation de la nation, je place ma pleine confiance et mes espoirs dans les décisions stratégiques du Parti.
En tant qu’intellectuel jeune, étudiant et travaillant à l’étranger, je souhaite que le Congrès définisse encore plus clairement le rôle central de la jeunesse dans la construction nationale. J’attends des mécanismes audacieux pour attirer et valoriser les talents :
Premièrement, des politiques plus ouvertes pour encourager le brain gain, le retour des talents vietnamiens de la diaspora.
Deuxièmement, une jeunesse plus représentée dans les postes dirigeants et les institutions élues.
Troisièmement, des ressources renforcées pour l’Union de la jeunesse pour devenir une véritable plateforme d’accès des jeunes aux agendas internationaux.
Tant qu’on donnera confiance, opportunités et mécanismes, notre génération pourra pleinement exploiter notre potentiel intérieur et contribuer à réaliser l’aspiration du Vietnam à « se tenir aux côtés des grandes puissances », comme l’a souhaité le Président Hô Chi Minh.