Un nouvel indicateur pour l'écosystème des start-up vietnamiennes

Le véritable critère de réussite des écosystèmes de start-up repose désormais sur leur capacité à maîtriser les technologies de pointe et à créer une nouvelle valeur ajoutée pour l'économie.

Des étudiants de l'Université nationale de Hô Chi Minh-Ville ont remporté des prix lors de l'édition 2026 du concours « Élèves et étudiants porteurs de projets entrepreneuriaux » (SV.STARTUP).
Des étudiants de l'Université nationale de Hô Chi Minh-Ville ont remporté des prix lors de l'édition 2026 du concours « Élèves et étudiants porteurs de projets entrepreneuriaux » (SV.STARTUP).

Pour la première fois, le Vietnam figure parmi les 50 principaux écosystèmes de start-up au monde, une étape importante dans le développement de l'innovation nationale. Mais le véritable critère de réussite repose désormais sur leur capacité à maîtriser les technologies de pointe et à créer une nouvelle valeur ajoutée pour l'économie.

Faire émerger des entreprises technologiques grâce à l'innovation

Selon le Global Startup Ecosystem Index 2026 publié par StartupBlink, le Vietnam a gagné cinq places pour atteindre le 50e rang mondial, soit son meilleur classement à ce jour. Hô Chi Minh-Ville figure pour la première fois parmi les cent principaux écosystèmes de start-up de la planète, tandis que Hanoï, Da Nang et plusieurs autres localités continuent d'améliorer leur position.

Le pays compte aujourd'hui près de 4.000 start-up, 208 fonds d'investissement, 84 incubateurs et plus de 20 centres d'accompagnement à l'innovation. Ces chiffres témoignent d'un écosystème entrepreneurial de plus en plus diversifié et dynamique.

Cette évolution intervient alors que le Vietnam poursuit la modernisation de son cadre institutionnel dans les domaines des sciences, des technologies, de l'innovation et de la transformation numérique. La Stratégie nationale pour les start-up innovantes fixe, pour la première fois, une vision à long terme visant à hisser le pays parmi les principaux écosystèmes d'Asie d'ici à 2030, puis dans le Top 30 mondial à l'horizon 2045.

Toutefois, à mesure que l'écosystème gagne en maturité, les critères d'évaluation évoluent. Au-delà du nombre de start-up ou du classement international, le véritable enjeu consiste désormais à faire émerger des entreprises technologiques capables d'innover, de conquérir des marchés et de créer une valeur durable pour l'économie.

De nombreux spécialistes estiment qu'au cours de la phase initiale de développement, le nombre de jeunes pousses constitue un indicateur pertinent de la vitalité d'un écosystème. Mais lorsqu'il atteint un stade plus avancé, la réussite se mesure davantage à la capacité de transformer les innovations en produits commercialisables, de faire grandir les entreprises et de développer des technologies compétitives sur les marchés internationaux.

Selon Nguyen Huu Xuyen, docteur à l'Académie de stratégie des sciences et des technologies, un écosystème d'innovation doit être évalué avant tout à l'aune de ses résultats plutôt que des ressources mobilisées ou du nombre de programmes de soutien. La croissance des entreprises, leur capacité à lever des capitaux et à commercialiser leurs innovations constituent des indicateurs beaucoup plus révélateurs de sa qualité.

Dans cette perspective, le défi consiste aujourd'hui non seulement à favoriser la création de nouvelles start-up, mais surtout à faire émerger des entreprises capables de développer des technologies stratégiques, de changer d'échelle et de s'intégrer plus profondément aux chaînes de valeur mondiales.

En mai dernier, cinq start-up vietnamiennes ont ainsi conclu des accords de coopération avec des entreprises japonaises dans le cadre du Programme d'incubation Vietnam-Japon, mis en œuvre par le Centre national pour l'innovation (NIC), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et plusieurs partenaires. Portant notamment sur l'intelligence artificielle (IA), l'Internet des objets (IoT) et les technologies de fabrication avancées, ces projets ouvrent la voie à une intégration plus poussée des technologies et des modèles économiques développés au Vietnam dans les chaînes de valeur internationales.

Pourtant, le passage de la recherche au marché demeure l'un des principaux points faibles de l'écosystème. De nombreux résultats scientifiques prometteurs restent confinés aux laboratoires ou aux programmes de recherche sans déboucher sur des produits commercialisables.

Selon Pham Duc Nghiem, directeur général adjoint du Département des start-up et des entreprises technologiques (ministère des Sciences et des Technologies), les entreprises spin-off constituent l'un des moyens les plus efficaces de transformer les résultats de la recherche en produits destinés au marché. Toutefois, le manque de coopération entre les universités, les entreprises et les investisseurs continue de freiner la valorisation des innovations et leur transformation en technologies compétitives.

L'innovation entrepreneuriale face aux grands défis du développement

De nombreux experts estiment que l'écosystème vietnamien des start-up est aujourd'hui à un tournant : il ne s'agit plus seulement d'accroître le nombre d'entreprises innovantes, mais d'améliorer la qualité de leur croissance. Le passage d'un écosystème riche en jeunes pousses à un écosystème capable de faire émerger de véritables entreprises technologiques dépendra de plusieurs facteurs : la mobilisation de financements de long terme, la valorisation des résultats de la recherche, l'élargissement des débouchés commerciaux et le renforcement des capacités de gestion des entreprises.

Dans le contexte de la mise en œuvre de la Résolution no 57-NQ/TW, qui fait des technologies stratégiques un levier majeur du développement national, la création d'entreprises capables de maîtriser les technologies de base est devenue une priorité. Cet objectif est directement lié au renforcement de l'autonomie technologique du pays et à l'amélioration de sa compétitivité.

 Des élèves du collège Tran Duy Hung (Hanoï) présentent leur projet entrepreneurial. (Photo : Thanh Tung)
Des élèves du collège Tran Duy Hung (Hanoï) présentent leur projet entrepreneurial. (Photo : Thanh Tung)

Les technologies stratégiques, nouveau moteur de croissance

Le monde entre dans une nouvelle révolution technologique portée par l'intelligence artificielle, les mégadonnées (big data), les semi-conducteurs, les biotechnologies, les nouveaux matériaux et les technologies quantiques. Pour de nombreux spécialistes, cette évolution offre aux pays émergents l'opportunité de réduire leur retard technologique et de s'intégrer plus profondément aux chaînes de valeur mondiales.

Ces dernières années, le Vietnam a fait de l'intelligence artificielle, des semi-conducteurs, des mégadonnées et d'autres technologies de rupture des secteurs prioritaires. Le Programme national de développement des technologies stratégiques, ainsi que la Décision no 21/2026/QĐ-TTg, identifient dix domaines technologiques prioritaires et plusieurs produits stratégiques, notamment l'intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les technologies quantiques, la robotique, les satellites en orbite basse, l'hydrogène vert et les infrastructures numériques essentielles.

Ces secteurs sont appelés à devenir de nouveaux moteurs de croissance, tout en renforçant la souveraineté technologique du Vietnam.

L'intelligence artificielle, en particulier, réduit considérablement les coûts de développement des produits et permet aux entreprises technologiques d'accéder plus rapidement au marché. Mais cette opportunité ne pourra se transformer en avantage concurrentiel durable que si elle s'accompagne d'une véritable maîtrise technologique et d'un écosystème suffisamment solide.

Selon le professeur Truong Ngoc Kiem, directeur du Parc des hautes technologies et de l'innovation de l'Université nationale du Vietnam à Hanoï, l'écosystème vietnamien de l'innovation progresse rapidement grâce à la multiplication des structures d'accompagnement. Le pays compte aujourd'hui environ quatre-vingts incubateurs d'entreprises, principalement concentrés à Hanoï et à Hô Chi Minh-Ville.

Malgré ces avancées, de nombreuses innovations restent confinées au stade expérimental ou académique sans parvenir à être commercialisées. La création de sociétés spin-off issues des universités et des instituts de recherche demeure freinée par des difficultés d'accès au financement, par un cadre réglementaire encore insuffisamment adapté et par des liens trop faibles avec le marché.

Soucieuses de réduire l'écart entre la recherche et l'industrie, plusieurs collectivités locales ont commencé à faire évoluer leur stratégie de développement de l'innovation. Hô Chi Minh-Ville prévoit notamment de porter les dépenses de recherche et développement (R&D) à 2 à 3 % du GRDP d'ici à 2030. La métropole entend placer les entreprises au cœur de son écosystème d'innovation, renforcer les partenariats avec les universités et les instituts de recherche et accélérer la commercialisation des technologies.

Cependant, la question du financement demeure un obstacle majeur. Le marché des capitaux destinés aux technologies de rupture (deeptech) n'en est encore qu'à ses débuts, alors que les projets dans les domaines de l'intelligence artificielle, des semi-conducteurs ou des biotechnologies nécessitent des investissements importants et des cycles de développement particulièrement longs.

La Stratégie nationale pour les start-up innovantes prévoit un ensemble de mesures portant sur l'amélioration du cadre réglementaire, le développement de dispositifs expérimentaux (sandbox), l'enseignement de l'entrepreneuriat, le renforcement des centres d'innovation et l'attraction des ressources internationales.

Mais, au-delà de ces dispositifs de soutien, le succès de l'écosystème ne se mesurera plus au nombre de start-up créées ni au volume des programmes d'accompagnement. Il dépendra avant tout de sa capacité à transformer les connaissances en produits, les technologies en entreprises et l'innovation en un véritable moteur de croissance économique.

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