Toutefois, la reprise de la production, la progression de la consommation intérieure soutenue par les investissements publics ainsi que les efforts déployés pour renforcer la compétitivité ouvrent de nouvelles perspectives permettant au secteur de maintenir sa dynamique de croissance.
Des signes encourageants
Le redressement de la demande dans le secteur de la construction dès les premiers mois de l'année a constitué un soutien essentiel, permettant aux ventes d'acier de conserver une trajectoire ascendante. En revanche, les exportations demeurent sous pression en raison des surcapacités persistantes de la production mondiale d'acier, qui alimentent le recours à des mesures protectionnistes sur les principaux marchés.
Les États-Unis, par exemple, appliquent la Section 232 du Trade Expansion Act, imposant des droits de douane pouvant atteindre 50 % sur certains produits sidérurgiques. Parallèlement, le Vietnam continue de faire l'objet de nombreuses enquêtes et mesures de défense commerciale, tandis que les exigences relatives à l'origine des produits, à leur qualité et aux normes techniques se renforcent.
Dans ces conditions, les entreprises sidérurgiques vietnamiennes ne sont pas seulement confrontées au risque d'une réduction de leurs parts de marché ; elles doivent également améliorer leurs dossiers de conformité, maîtriser davantage leur chaîne d'approvisionnement et accroître leur capacité à satisfaire les exigences propres à chaque commande.
À cela s'ajoutent les obligations de réduction des émissions de gaz à effet de serre et le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) (Carbon Border Adjustment Mechanism – CBAM), qui deviennent des conditions incontournables pour accéder aux grands marchés d'exportation.
Pour l'industrie sidérurgique vietnamienne, cette évolution constitue une pression directe, l'acier figurant parmi les secteurs concernés par le CBAM de l'Union européenne (UE). Faute d'investissements dans les technologies propres, d'une maîtrise des émissions et d'une transparence des données carbone, les entreprises vietnamiennes risquent de perdre leur avantage concurrentiel sur leurs marchés d'exportation traditionnels à forte valeur ajoutée.
À cela s'ajoute une dépendance persistante aux importations de minerai de fer, de ferraille et d'autres matières premières. La poursuite des fluctuations des prix des intrants, des coûts de transport, des taux de change et des risques géopolitiques pourraient ainsi peser lourdement sur les performances des entreprises du secteur.
Dans ce contexte, l'amélioration de l'autonomie en matière d'approvisionnement, le renforcement des capacités de prévision et une meilleure gestion des risques apparaissent comme des impératifs.
Selon Pham Cong Thao, directeur général adjoint de la Société générale de l'acier du Vietnam (VNSTEEL), les perspectives du secteur pour 2026 demeurent favorables grâce à la stabilité de la demande intérieure.
« Les perspectives de l'industrie sidérurgique en 2026 restent positives grâce à une demande intérieure stable. VNSTEEL s'est fixé un objectif de forte croissance afin de conserver son rôle moteur dans le secteur et de contribuer à l'objectif national d'une croissance économique à deux chiffres. »
Le directeur général adjoint de la Société générale de l'acier du Vietnam, Pham Cong Thao
Pour atteindre cet objectif, VNSTEEL concentre ses investissements sur les aciers à haute valeur ajoutée destinés à remplacer progressivement les produits importés, en particulier ceux destinés à la défense nationale, à la sécurité et aux secteurs industriels stratégiques encore peu développés. L'entreprise poursuit également la modernisation de sa gouvernance, valorise ses ressources internes conformément à la Résolution no 79-NQ/TW du Bureau politique sur le développement de l'économie d'État, encourage l'esprit d'initiative et de responsabilité, tout en ciblant les investissements les plus efficaces afin d'améliorer la productivité, la qualité et la performance économique.
Selon l'Association vietnamienne de l'acier (VSA), au cours des six premiers mois de l'année, la production du secteur a atteint environ 14,8 millions de tonnes, soit une hausse de 21,2 % sur un an, tandis que la consommation s'est élevée à près de 17,9 millions de tonnes, en progression de 13,1 %. Cette évolution continue de constituer un solide soutien pour les entreprises sidérurgiques.
Les exportations, en revanche, se sont limitées à environ 1,79 million de tonnes, en baisse de 4,8 %, sous l'effet d'une reprise inégale de la demande mondiale, des fluctuations des prix de l'acier et du durcissement des barrières commerciales.
Si les entreprises poursuivent leurs efforts de production, d'amélioration de la qualité et de diversification des marchés, l'industrie sidérurgique vietnamienne dispose encore d'un potentiel de redressement au cours des derniers mois de l'année.
Agir de manière proactive pour atteindre les objectifs de croissance
Selon les prévisions de la VSA, la production d'acier brut pourrait atteindre 27 millions de tonnes en 2026, soit une hausse de 10 %. La production d'acier fini devrait avoisiner 33 millions de tonnes, avec une consommation estimée à 28 millions de tonnes et des exportations de l'ordre de 6 millions de tonnes.
La baisse attendue des importations d'acier témoigne d'une amélioration progressive des capacités de production des entreprises nationales ainsi que de l'efficacité croissante des mesures de gestion du marché et de défense commerciale.
Toutefois, afin de préserver cette dynamique et de contribuer efficacement à l'objectif national d'une croissance économique à deux chiffres, Nghiem Xuan Da, président de la VSA, estime que le secteur sidérurgique vietnamien doit concentrer ses efforts sur une protection raisonnable du marché intérieur face à l'afflux d'acier à bas prix et de qualité médiocre, ainsi qu'aux risques de concurrence déloyale.
Il juge également nécessaire de renforcer la réglementation relative au contrôle de la qualité des produits sidérurgiques importés, en exigeant qu'ils disposent d'une certification attestant de leur conformité aux normes vietnamiennes avant leur mise sur le marché, afin de garantir une concurrence équitable.
« L'industrie sidérurgique vietnamienne doit protéger de manière appropriée le marché intérieur contre les pressions exercées par les aciers à bas prix et de faible qualité ainsi que contre les risques de concurrence déloyale. Il est également indispensable de compléter la réglementation sur le contrôle de la qualité des aciers importés, en exigeant une certification conforme aux normes vietnamiennes avant leur commercialisation, afin de garantir un environnement concurrentiel équitable ».
Le président de la VSA, Nghiem Xuan Da
« L'industrie sidérurgique vietnamienne doit protéger de manière appropriée le marché intérieur contre les pressions exercées par les aciers à bas prix et de faible qualité ainsi que contre les risques de concurrence déloyale. Il est également indispensable de compléter la réglementation sur le contrôle de la qualité des aciers importés, en exigeant une certification conforme aux normes vietnamiennes avant leur commercialisation, afin de garantir un environnement concurrentiel équitable », souligne Nghiem Xuan Da.
Parallèlement, les entreprises sidérurgiques doivent accélérer leur transition écologique et numérique, investir dans des technologies économes en énergie, optimiser l'utilisation des matières premières et réduire leurs émissions. Elles doivent également respecter rigoureusement les règles relatives à l'origine des marchandises, assurer la transparence des sources d'approvisionnement et de la chaîne logistique afin de limiter les risques d'enquêtes pour contournement des mesures de défense commerciale et de consolider leur crédibilité sur les marchés internationaux.
Du côté des pouvoirs publics, il convient de renforcer les dispositifs d'alerte précoce et de prévision des marchés, d'aider les entreprises à traiter efficacement les dossiers de défense commerciale, d'améliorer les normes et règlements techniques applicables aux produits sidérurgiques et de mettre en place des politiques favorisant des investissements stables et de long terme, compatibles avec les engagements internationaux du Vietnam.
Lors de la récente conférence sur la promotion des exportations visant une croissance à deux chiffres, organisée par le ministère de l'Industrie et du Commerce, le ministre Le Manh Hung a affirmé que son ministère poursuivrait le dialogue avec les entreprises et les associations professionnelles afin de simplifier davantage les procédures administratives, de réduire les coûts et de faciliter les activités de production et d'affaires.
Le ministère entend également exploiter plus efficacement les accords de libre-échange (ALE), promouvoir une croissance durable des exportations, renforcer les mécanismes d'alerte en matière de défense commerciale, élaborer des stratégies de développement à long terme et poursuivre la coordination avec les autres ministères pour lever les obstacles liés aux marchés, développer l'industrie nationale, accroître le taux de localisation et renforcer l'autonomie des chaînes d'approvisionnement, améliorant ainsi la compétitivité des produits vietnamiens sur les marchés internationaux.