Les « bras d’acier » au bloc opératoire

Les « bras d’acier » au bloc opératoire

Dans le bloc opératoire du service de traumatologie et d’orthopédie de l’Hôpital E(à Hanoi, capitale vietnamienne), un bras robotisé se déplace lentement au rythme des gestes du chirurgien. Sur l’écran affichant une image en 3D, chaque coupe de l’articulation du genou apparaît avec une précision millimétrique.

Le robot chirurgical n’est plus une technologie du futur. Ces « bras d’acier » sont désormais de plus en plus présents dans les grands blocs opératoires de Hanoï, ouvrant une nouvelle voie à la chirurgie moderne : des interventions plus précises, moins invasives et davantage adaptées à chaque patient.

Un changement de paradigme thérapeutique

En mars 2026, l’Hôpital E a réalisé pour la première fois quatre arthroplasties totales du genou assistées par le robot CORI chez des patients souffrant d’arthrose sévère.

Contrairement à de nombreux autres systèmes robotisés, CORI ne nécessite ni scanner ni IRM préopératoire. Pendant l’intervention, le robot reconstitue lui-même un modèle anatomique tridimensionnel du patient, aidant le chirurgien à calculer avec une grande précision l’axe de mouvement et l’équilibre articulaire.

Le docteur spécialiste de deuxième grade Kiêu Quôc Hiên, chef du service de chirurgie traumatologique et orthopédique de l’hôpital, explique : « Le robot permet au chirurgien de visualiser à l’avance l’ensemble du plan opératoire et de contrôler chaque coupe osseuse avec une très grande précision. L’incision est plus réduite, les tissus mous sont moins lésés et le temps de récupération s’en trouve considérablement raccourci. »

La première patiente, Mme N.T.T., âgée de 60 ans et résidant à Hanoï, souffrait depuis plus de dix ans d’arthrose du genou, une affection qui limitait fortement sa mobilité et lui causait des douleurs nocturnes récurrentes.

« Quand j’ai entendu parler d’un robot, je me suis dit que cela devait être très moderne, et donc certainement très coûteux », raconte-t-elle. Elle a néanmoins choisi de subir l’intervention. À peine un jour après l’opération, elle pouvait déjà se lever et faire ses premiers pas avec l’aide d’un spécialiste en rééducation fonctionnelle, une évolution autrefois difficile à obtenir chez de nombreux patients âgés.

En l’espace de deux mois, plus de vingt prothèses totales du genou assistées par le robot CORI ont été réalisées à l’Hôpital E. Selon la direction de l’établissement, le robot n’est pas simplement un « prolongement » de la main du chirurgien ; il ouvre la voie à une chirurgie plus précise et davantage personnalisée.

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L’Hôpital FV de Hô Chi Minh-Ville exploite le système robotisé chirurgical Da Vinci Xi.

La robotique chirurgicale ne se limite plus à l’Hôpital E. Elle s’implante progressivement dans de nombreux hôpitaux de référence du pays.

À l’Hôpital Bach Mai, cette technologie a dépassé le stade expérimental. L’établissement a déjà réalisé plusieurs centaines d’interventions assistées par robot ; dans le seul domaine de la neurochirurgie, plus de 600 interventions ont été effectuées grâce au système robotisé ROSA.

Les robots sont désormais utilisés dans plusieurs spécialités telles que la neurochirurgie, la chirurgie rachidienne et la rééducation fonctionnelle. Outre le robot ROSA, qui assiste le repérage en neurochirurgie, l’hôpital utilise également le système O-arm associé à la navigation spatiale en 3D pour les opérations de la colonne vertébrale, ainsi que des robots de rééducation destinés aux patients victimes d’accidents vasculaires cérébraux, de traumatismes ou ayant subi une intervention neurochirurgicale.

Le professeur associé Dao Xuân Co, directeur de l’hôpital, estime que la médecine moderne ne doit pas seulement viser le succès thérapeutique, mais aussi la récupération maximale des fonctions et l’amélioration de la qualité de vie des patients.

Repenser la formation médicale

Depuis le début de l’année, à l’Hôpital universitaire de médecine de Hanoï, le professeur Dao Xuân Thành et son équipe ont réalisé près d’une centaine de remplacements du genou à l’aide du robot CORI. En mai, l’établissement s’est également doté de la toute dernière génération du robot Da Vinci pour les interventions en urologie, en chirurgie digestive et en chirurgie thoracique.

Selon le professeur associé Nguyên Lân Hiêu, directeur de l’Hôpital universitaire de médecine de Hanoï, la robotique sera privilégiée pour les interventions endoscopiques complexes, notamment en cancérologie. Grâce à l’imagerie 3D haute définition et à la grande souplesse des bras robotisés, cette technologie permet une exérèse plus efficace des tumeurs, favorisant la préservation des tissus sains et réduisant les complications.

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L’un des aspects les plus remarquables est que le robot n’est plus considéré comme un simple équipement de haute technologie, mais comme le socle d’un modèle de « chirurgie numérique ». Les données opératoires sont enregistrées et analysées afin de standardiser les techniques chirurgicales et de soutenir la formation des nouvelles générations de chirurgiens.

Le vice-ministre de la Santé Vu Manh Hà estime que l’intégration de la robotique chirurgicale constitue une orientation nécessaire pour améliorer la qualité des soins et rapprocher davantage la médecine vietnamienne des standards les plus modernes.

Cette tendance se confirme à l’échelle mondiale. Le professeur américain Richard M. Satava affirmait déjà : « Les robots ne remplaceront pas les médecins, mais les médecins qui savent utiliser les robots remplaceront progressivement ceux qui n’adoptent pas ces technologies. »

Démocratiser les technologies de pointe

Derrière ces « bras d’acier » ultramodernes demeure toutefois une question essentielle : les patients ordinaires pourront-ils réellement y avoir accès ?

Un système de robot chirurgical coûte plusieurs millions de dollars, sans compter les frais de maintenance et les consommables. Par conséquent, le coût d’une intervention robotisée reste aujourd’hui nettement supérieur à celui d’une chirurgie conventionnelle.

Le professeur associé Nguyên Lân Hiêu souligne : « Tant que l’assurance maladie ne prend pas ces interventions en charge, leur utilisation doit être soigneusement encadrée afin d’éviter tout recours excessif. »

Parallèlement aux opportunités qu’elle offre, la robotique chirurgicale exerce également une pression croissante sur le système de santé. Les écarts d’accès à la technologie entre les grands hôpitaux et les établissements de niveau inférieur demeurent importants. Alors que plusieurs centres hospitaliers de référence pratiquent déjà la chirurgie robotisée, de nombreux hôpitaux locaux manquent encore d’équipements adaptés et de personnel spécialisé. Pour les médecins eux-mêmes, l’arrivée de ces technologies implique d’importants besoins de formation continue.

Selon les experts, une priorité consiste à élargir la prise en charge par l’assurance maladie des techniques robotisées dont l’efficacité a été clairement démontrée, tout en renforçant le transfert de technologies et la formation des chirurgiens vietnamiens.

Le ministère de la Santé encourage déjà plusieurs programmes de formation en chirurgie robotique destinés aux chirurgiens vietnamiens. Pour la seule année 2026, près de 200 chirurgiens et obstétriciens-gynécologues ont participé à des formations spécialisées dans ce domaine.

Le secrétaire général du Parti et président de la République, Tô Lâm, a souligné à plusieurs reprises que le développement scientifique et technologique devait être au service de l’être humain et garantir à l’ensemble de la population l’accès aux fruits du progrès. Dans le domaine de la santé, cela signifie que les technologies de pointe doivent permettre à un nombre croissant de patients de vivre en meilleure santé.

Les robots peuvent transformer les blocs opératoires, mais la véritable valeur du progrès médical demeure entre les mains des femmes et des hommes qui le mettent en œuvre. Lorsque les technologies avancées cesseront d’être le privilège d’une minorité pour devenir une chance offerte au plus grand nombre, alors ces « bras d’acier » prendront pleinement leur dimension d’une médecine profondément humaniste.

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