Pour les E De, la maison longue traditionnelle (nha dai) n’est pas seulement un lieu d’habitation : il constitue le centre de la vie culturelle et spirituelle. Lorsqu’une nouvelle maison est achevée, un rituel, riche de sens, est célébré pour consacrer cet espace de vie, lier la famille à ses ancêtres et appeler à une existence harmonieuse et durable.
Une fois la construction terminée, le rượu cần (alcool de riz conservé dans une grande jarre et à siroter avec une paille bambou) est soigneusement préparé, les offrandes rituelles réunies. Le jour favorable venu, parents proches et lointains se rassemblent pour la cérémonie traditionnelle d’inauguration de la maison.
Au son vibrant du gong knah, le rituel se déroule en deux phases principales : l’offrande aux divinités et aux ancêtres, puis la bénédiction de santé accordée au chef de famille. D’après M. Y Min Kbuor, du village de Cuor Kap (quartier de Tan An), cette cérémonie marque l’achèvement de la construction et invoque la protection des esprits : « Quand la maison est achevée, on célèbre ce rite pour demander aux divinités de veiller sur la demeure et le chef de famille afin qu’ils restent en bonne santé, prospèrent et vivent durablement dans l’abondance. »
La cérémonie commence à la fenêtre orientale de la maison — direction symbolique de la lumière du soleil, de la vie et des nouveaux commencements. Après la présentation des offrandes et le lancement des premiers accords de gong, le chaman invite les yang — les esprits de la montagne, de la terre et du ciel — ainsi que les ancêtres à être témoins de l’événement, puis à bénir la famille. Dans les prières, on peut entendre : « Ô yang, nous annonçons à nos ancêtres que leurs descendants ont un nouveau foyer et un nouveau foyer de feu ; nous vous invitons à bénir notre santé, notre prospérité et l’unité de notre village… »
La seconde étape, considérée comme le cœur de la cérémonie, est l’offrande de santé. Le couple propriétaire est assis devant l’autel, face à la fenêtre orientale. Avec les prières du chaman, la remise du vin rituel et le dépôt de bracelets en métal sur les poignets du chef de famille symbolisent des vœux de vitalité, de stabilité et de prospérité. M. Y Siong Eban, du village de Ko Tam (quartier de Tan An), explique : « Lors de l’inauguration, selon la coutume, on célèbre d’abord la santé du chef de famille : qu’il soit joyeux, en bonne santé et plein d’énergie. C’est une tradition des E De : avec une nouvelle maison, on célèbre la santé de son chef. »
Un autre passage essentiel du rituel consiste à bénir chaque objet du foyer : de l’escalier au foyer, du lit aux chaises et aux jarres de vin, chacun est honoré afin qu’il accompagne et protège la famille au quotidien. Cela traduit la vision selon laquelle la maison ne serait pas un simple espace matériel, mais une entité vivante validée à la fois par la communauté et les esprits.
Tout au long de la cérémonie, les rythmes du gong knah s’adaptent à chaque étape, alternant tempi lents et rapides selon les moments du rituel. Les maîtres tambourinaires du village jouent un rôle déterminant en assurant que la cérémonie respecte rigoureusement les traditions.
Selon M. Y Nhut Kbuor, du village de Cuor Kap, « Avant toute offrande, on joue d’abord du gong. Les ensembles de gongs sont joués tour à tour, puis l’on fait une pause pendant que le chaman accomplit sa prière. Après avoir déposé les bracelets et partagé le vin rituel, les gongs reprennent jusqu’à la fin de la cérémonie. »
Une fois les rites terminés, la famille, les proches et les invités se rassemblent autour du vin rituel pour partager un moment convivial. Les gongs continuent de résonner, mêlés aux rires et aux conversations, créant une atmosphère chaleureuse de cohésion communautaire. Pour M. Y Thai Eban, du village de Kmrong Prong A (quartier de Tan An), « La maison n’est pas seulement un lieu d’habitation, mais un espace sacré qui relie les vivants aux ancêtres et aux générations futures. En célébrant la santé et la prospérité, nous affirmons notre attachement à nos traditions et nous veillons à ce que nos enfants et petits‑enfants les préservent. »
Ce rituel ancestral, toujours pratiqué dans la vie moderne, illustre la manière dont les E De conservent leur identité culturelle dans un monde en mutation. Adapté aux conditions actuelles, il préserve toutefois l’essence des coutumes qui unissent la communauté villageoise.