Ces dernières années, parallèlement aux investissements visant à développer, étendre et améliorer l’efficacité opérationnelle du système portuaire, le Vietnam a progressivement élaboré des projets de ports verts, conformes aux normes internationales et orientés vers l’objectif de neutralité carbone (zéro émission nette) du secteur maritime.
Des avancées solides et adaptées
En observant la traînée de fumée s’estomper derrière un navire de 60 000 tonnes transportant des copeaux de bois, se fondant dans l’immensité du ciel et de la mer, le vice-directeur général du port de Quy Nhon, Dang Van Hoa, confie : « Chaque heure de fonctionnement des machines de ce navire génère des dizaines de tonnes d’émissions. Accueillir de grands navires au port est une satisfaction, mais c’est aussi une pression considérable pour l’objectif de port vert que nous mettons en œuvre. »
Dans le cadre du projet de port vert, le port de Quy Nhon a défini trois orientations stratégiques : une croissance verte et durable ; l’amélioration de l’efficacité des équipements et la réduction des émissions ; l’application de technologies modernes en direction d’un port numérique et vert.
Actuellement, le port investit dans un système de gestion portuaire intelligent, intégrant l’IA et l’IoT pour prévoir et optimiser les opérations, ainsi que pour surveiller le personnel, les équipements et l’environnement portuaire. À ce stade, le port de Quy Nhon a installé et utilise exclusivement des lampes LED pour l’éclairage interne ; des batteries solaires pour les chariots élévateurs ; l’alimentation électrique à quai pour les équipements et les navires à l’escale ; a converti certains portiques à l’électricité en remplacement du diesel ; installé des variateurs de vitesse, des systèmes de démarrage progressif et intégré un système d’exploitation intelligent ; connecté les services de douane électronique et numérisé les activités de recherche de marchandises, de gestion des entrepôts et des services.
À Hai Phong, en août 2024, la Société par actions du port de Hai Phong a annoncé son projet de port vert pour les terminaux qu’elle gère. Sur la période 2024-2030, le port se concentre sur l’achèvement de la planification, l’élaboration de politiques, la conversion des moyens de transport vers des énergies vertes, le développement d’infrastructures de transport vertes, le renforcement de la coopération internationale et l’application des sciences et technologies. À partir de 2030, les critères de port vert deviendront obligatoires dans la planification, l’investissement, la construction et l’exploitation des unités membres du port de Hai Phong.
Des statistiques préliminaires concernant trois terminaux – Chua Ve, Tan Vu et Hoang Dieu à Hai Phong (au Nord-Est) – montrent qu’avec environ 2 000 navires hauturiers accostant chaque année, près de 5 500 tonnes de CO2 sont émises. La flotte de remorqueurs génère plus de 600 tonnes de CO2.
À cela s’ajoutent près de 300 équipements fonctionnant en continu 24 heures sur 24, produisant une grande quantité de poussières, de gaz nocifs et de produits chimiques, estimée à plus de 7 000 tonnes par an. Ces chiffres soulignent la nécessité de « verdir » les activités du port de Hai Phong, non seulement pour réduire les émissions et répondre aux exigences de neutralité carbone, mais aussi pour satisfaire aux normes maritimes internationales et renforcer la compétitivité et la position du port.
La Corporation maritime du Vietnam (VIMC) est l’un des organismes gérant le plus grand nombre de quais du pays, avec 89 quais totalisant 16 500 mètres de longueur. La capacité de manutention de ses ports atteint environ 80 millions de tonnes de vrac et 6,5 millions de TEU de conteneurs. Afin de concrétiser l’objectif de port vert prévu par le projet national, le Bureau permanent du Comité du Parti de la Corporation a adopté, en 2024, la Résolution n°1613-NQ/ĐU du 27 mars 2024 définissant la feuille de route de la transition énergétique.
En 2025, la Corporation maritime du Vietnam a signé un accord avec le groupe HDF (République française) pour la mise en œuvre d’un programme de piles à hydrogène. Progressivement, depuis 2024, elle a déployé dans plusieurs ports des systèmes d’alimentation électrique à quai pour les navires, achevé les infrastructures techniques, remplacé les équipements et chariots utilisant des combustibles fossiles, appliqué des technologies numériques à la coordination des opérations de manutention et développé des chaînes logistiques vertes au niveau national et international. La Corporation vise à ce que, d’ici 2045, l’ensemble de ses ports atteignent le statut de port vert selon les normes vietnamiennes.
Libérer les ressources
Chaque année, le système portuaire vietnamien accueille plus de 100 000 escales de navires hauturiers appartenant à des dizaines de compagnies maritimes internationales, avec près de 800 millions de tonnes de marchandises, sans compter des milliers d’escales de navires de croisière. Dès 2020, le ministre des Transports (aujourd’hui ministère de la Construction) a approuvé, par la Décision n°2027/QD-BGTVT du 29 octobre 2020, le Projet de développement des ports verts du Vietnam. Ce texte constitue le fondement de la mise en œuvre des activités de « verdissement » du système portuaire à l’échelle nationale.
Les objectifs et la feuille de route à l’horizon 2030 prévoient la définition des critères de port vert et la mise en œuvre pilote de modèles adaptés aux conditions vietnamiennes, avec l’ambition de rendre obligatoires ces critères à partir de 2030. Parallèlement, il s’agit de renforcer le respect de la législation vietnamienne et des conventions internationales en matière de protection de l’environnement, d’améliorer l’efficacité de la gestion environnementale dans l’exploitation portuaire et d’encourager les ports vietnamiens à rejoindre les associations de ports écologiques régionales et mondiales.
Sur cette base, l’Administration maritime du Vietnam (aujourd’hui Administration maritime et des voies navigables du Vietnam) a publié le plan de mise en œuvre du projet ainsi que la norme interne TCCS 02:2022/CHHVN définissant les critères de port vert. Elle a mené une expérimentation pilote au port de Tan Cang Saigon (Hô Chi Minh-Ville), obtenant des résultats encourageants avant d’étendre le modèle à d’autres terminaux du pays.
Le directeur général de l’Administration maritime et des voies navigables du Vietnam, Le Do Muoi, souligne que la norme TCCS 02:2022/CHHVN constitue un référentiel technique de base pour l’évaluation et la reconnaissance des ports verts à l’échelle nationale, posant ainsi des bases essentielles pour accélérer la transition verte du secteur portuaire vietnamien. Selon le calendrier prévu, d’ici 2026, cette norme sera révisée, complétée et élevée au rang de Norme vietnamienne, afin d’en renforcer l’uniformité, la cohérence et la valeur juridique.
En termes de mise en œuvre, l’Administration privilégie une approche incitative et volontaire, associée à des programmes pilotes. Elle considère que l’élaboration et l’application des critères de ports et de navires verts constituent un processus de long terme, étroitement lié à la trajectoire de transition verte et de réduction des émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports en général, et du transport maritime et fluvial en particulier, en veillant à un équilibre entre développement économique, capacités des entreprises et exigences de protection de l’environnement.
Ces derniers temps, certaines difficultés sont apparues lors de la mise en œuvre et des phases pilotes. Selon Dang Van Hoa, vice-directeur général du port de Quy Nhon, le principal obstacle à la « verdification » des activités portuaires reste le financement, les ports nécessitant des investissements très lourds en équipements spécialisés.
De nombreux ports exploitent encore des équipements non totalement amortis, sans mécanismes leur permettant d’investir dans de nouveaux matériels. De son côté, un représentant de la Corporation maritime du Vietnam estime qu’il est urgent de lever plusieurs obstacles, notamment ceux liés aux émissions des véhicules de transport lourd, à l’installation et à l’alimentation électrique à quai des navires, aux mécanismes financiers et aux politiques incitatives pour la transition verte, à la mise en place d’une base de données nationale sur les émissions, ainsi qu’à l’achèvement du cadre juridique pour le contrôle des émissions.