Selon les producteurs, l'agriculture vietnamienne présente un fort potentiel pour monter en gamme à l'échelle mondiale, mais des procédures obsolètes et une réglementation rigide continuent de freiner son expansion, notamment pour les petites entreprises et les coopératives qui cherchent à se développer.
Dans la province de Dong Nai, pôle d'agriculture de pointe, l'apiculteur, Le Loc Quan exporte avec succès ses produits apicoles vers des marchés exigeants comme la République de Corée et l'Europe. Pourtant, il affirme que transformer une exploitation familiale en une véritable entreprise d'exportation reste difficile sans un soutien politique ciblé.
Les exportateurs ont un besoin urgent d'un meilleur accès au crédit et à des équipements modernes pour optimiser leur production et se conformer aux normes internationales, explique-t-il, appelant à des incitations plus concrètes et adaptées aux agriculteurs.
Des préoccupations similaires sont partagées par les grandes entreprises agroalimentaires. Pham Quoc Liem, directeur général d'Unifarm, une entreprise agricole basée à Hô Chi Minh-Ville, estime que le Vietnam pourrait devenir un leader mondial des exportations de durians et de bananes s'il investissait davantage dans la science et la technologie, notamment dans la sélection végétale.
Selon Liem, Unifarm a développé une variété de bananes résistante à la maladie de Panama, une infection fongique responsable de pertes se chiffrant en milliards de dollars à l'échelle mondiale. Cette variété présente un taux de résistance pouvant atteindre 98 %, mais Liem souligne que sa commercialisation est retardée par des procédures d'homologation longues et complexes.
Selon la réglementation actuelle, l'enregistrement et la certification d'une nouvelle variété de culture peuvent prendre jusqu'à deux ans, et certaines exigences en matière de tests sont difficiles à satisfaire en raison du nombre limité d'installations accréditées. De ce fait, les entreprises risquent de perdre leur avantage concurrentiel, même avec des innovations éprouvées, confie-t-il.
Outre les procédures, l'accès au capital et aux infrastructures numériques demeure un obstacle majeur pour les modèles économiques collectifs tels que les coopératives.
Dans les régions voisines, les agriculteurs font également état de difficultés d'accès aux prêts bancaires. Nguyen Hong Quyet, directeur d'une coopérative agricole de haute technologie à Phu Giao, souligne que les banques n'acceptent généralement que les terres agricoles comme garantie, excluant les actifs coûteux tels que les serres et les systèmes d'irrigation intelligents, ce qui contraint les agriculteurs à recourir à des prêts commerciaux à taux d'intérêt plus élevés.
La faiblesse des infrastructures de télécommunications dans les zones rurales constitue un autre obstacle, limitant l'adoption des outils numériques pour la gestion de la production, la traçabilité et l'accès aux marchés, explique-t-il.
Du point de vue des agriculteurs et des entreprises, l'espoir est grand que le prochain Congrès du Parti communiste du Vietnam instaure des politiques plus souples, réduise les formalités administratives et lève les obstacles internes. Face à l'ouverture croissante des marchés mondiaux aux produits agricoles vietnamiens, ils estiment que la réforme institutionnelle nationale sera essentielle pour permettre au secteur de saisir les opportunités et d'atteindre une croissance durable.