Vietnam : valoriser les déchets organiques pour développer l’économie circulaire

Dans la perspective de la neutralité carbone à l’horizon 2050, la transformation des déchets organiques en énergie renouvelable apparaît comme une piste prometteuse pour développer l’économie circulaire.

Le système expérimental de fermentation continue installé à l’Académie d’agriculture du Vietnam. Photo : Anh Thu/NDEL.
Le système expérimental de fermentation continue installé à l’Académie d’agriculture du Vietnam. Photo : Anh Thu/NDEL.

Au Vietnam, les déchets organiques représentent une part importante des déchets produits chaque année, mais leur traitement reste insuffisant, entraînant pollution et gaspillage de ressources. Dans la perspective de la neutralité carbone à l’horizon 2050, la transformation de ces déchets en énergie renouvelable apparaît comme une piste prometteuse pour développer l’économie circulaire.

Transformer les déchets organiques en énergie renouvelable

Le Vietnam produit chaque année environ 26 millions de tonnes de déchets solides, dont une grande partie est constituée de matières organiques. Près de 70 % de ces déchets sont encore traités par des méthodes traditionnelles ou mis en décharge, ce qui contribue à la pollution environnementale et aux émissions de méthane, un puissant gaz à effet de serre.

Face à cette situation, l’Académie d’agriculture du Vietnam, l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) et deux entreprises japonaises, Toyo Fujiko et Toyo Energy Solution, ont engagé un projet de traitement des déchets par fermentation, mis en œuvre sur la période 2021-2026.

Les premiers essais de transformation des déchets organiques en biogaz et en engrais ont donné des résultats techniques encourageants.

Selon Vu Ngoc Huyen, directeur adjoint de l’Académie d’agriculture du Vietnam, le projet a démontré la faisabilité d’un modèle « trois en un » : traiter la pollution liée aux déchets, produire de l’énergie renouvelable et obtenir des fertilisants organiques de qualité destinés à l’agriculture.

Nishimura Emiko, représentante adjointe de la JICA au Vietnam, estime que cette initiative permet de valoriser des ressources largement disponibles, notamment les restes alimentaires et les effluents d’élevage, afin de mettre en place une chaîne de valeur agricole plus circulaire et durable.

Le projet repose sur deux dispositifs : un système d’évaluation du potentiel biochimique méthanogène (BMP), qui mesure la capacité des matières à produire du méthane, et une unité de fermentation continue CT-1000, capable de traiter 30 kilogrammes de déchets par jour.

Après leur installation et le transfert de technologie, ces équipements ont été exploités de manière stable pour tester différents types de matières organiques.

Les résultats indiquent que les restes alimentaires présentent le potentiel de production de méthane le plus élevé, suivis des déchets organiques ménagers. Le lisier de porc affiche un rendement inférieur, ce qui rend nécessaire son mélange avec d’autres matières pour optimiser la production de biogaz.

Selon les calculs de Toyo Energy Solution, avec un rendement électrique théorique de 35 % et un taux de récupération de chaleur de 50 %, le traitement d'une tonne de matières organiques par jour pourrait générer des quantités significatives d'énergie.

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Ces estimations illustrent le potentiel de valorisation énergétique de plusieurs catégories de déchets, même si leur application à grande échelle nécessitera des évaluations supplémentaires.

Vers un déploiement à plus grande échelle

Pour la JICA, la fermentation méthanique, ou méthanisation, présente plusieurs avantages dans la transformation des déchets organiques en ressources utiles.

Le biogaz produit peut servir de source d’énergie renouvelable et contribuer à couvrir une partie des besoins énergétiques locaux. Les matières résiduelles issues du processus de fermentation peuvent, quant à elles, être utilisées pour fabriquer des fertilisants organiques.

Cette deuxième possibilité apparaît particulièrement intéressante pour le Vietnam, où la demande d’engrais organiques augmente avec le développement de pratiques agricoles plus durables.

La valorisation des déchets permet également de limiter les émissions de gaz à effet de serre et de réduire les impacts environnementaux liés à leur traitement traditionnel.

En associant production énergétique et réutilisation des matières organiques, cette technologie pourrait ainsi contribuer à promouvoir une agriculture plus respectueuse de l’environnement et à accélérer la transition vers une économie circulaire.

Dans un pays où l’agriculture occupe une place importante, la méthanisation offre donc une double perspective : améliorer la gestion des déchets et fournir des ressources utiles aux exploitations agricoles.

Toutefois, sa diffusion à plus grande échelle ne dépend pas uniquement des performances techniques.

Selon Nishimura Emiko, le Vietnam doit également se doter d’un cadre réglementaire adapté et d’orientations de développement clairement définies.

La représentante de la JICA recommande notamment d’envisager une feuille de route nationale pour la méthanisation, intégrant les règles relatives à la collecte des déchets organiques, à la production et à l’utilisation des énergies renouvelables ainsi qu’à l’emploi des engrais organiques.

Le renforcement des compétences techniques constitue un autre enjeu majeur. Une coopération plus étroite entre les administrations publiques, les universités et les entreprises privées pourrait faciliter les transferts de technologie, améliorer les capacités d’exploitation et favoriser la multiplication des installations.

À terme, la valorisation des déchets organiques pourrait ainsi devenir un levier de développement de l’économie circulaire au Vietnam, tout en contribuant aux objectifs nationaux de réduction des émissions et de neutralité carbone à l’horizon 2050.

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