Comment le ginseng Ngoc Linh enrichit tout un village des Xe Dang

Dans une région autrefois considérée comme l'une des plus pauvres du Vietnam, les Xe Dang préservent au cœur de la forêt primaire un secret qui a transformé le destin de nombreuses familles.

Le ginseng Ngoc Linh n'est pas seulement une plante médicinale d'une valeur exceptionnelle ; il constitue également un patrimoine transmis aux enfants, un symbole de la protection des forêts et un trésor que les habitants s'attachent à préserver.

Depuis des années, à Tra Linh, les enfants reçoivent souvent un plant de ginseng Ngoc Linh en guise de cadeau, plutôt qu'une enveloppe d'argent. Au fil du temps, certains de ces plants sont devenus des biens d'une valeur considérable. Des habitants qui vivaient autrefois dans la précarité et devaient parcourir de longues distances pour emprunter quelques dizaines de millions de dongs possèdent aujourd'hui des plantations évaluées à plusieurs centaines de milliards de dongs. Plus remarquable encore, cette prospérité repose sur un savoir-faire partagé avec l'ensemble de la communauté.

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Dans une région autrefois parmi les plus pauvres du pays, un village a prospéré grâce au ginseng Ngoc Linh. Photo : VOV.

À la tombée du jour sur le massif du Ngoc Linh, les nuages effleurent les flancs de la montagne. Situé à près de 2 000 mètres d'altitude, un village de la commune de Tra Linh, dans la ville de Da Nang, comptait autrefois parmi les localités les plus pauvres du pays. Aujourd'hui, au milieu de la forêt profonde, s'élèvent de confortables demeures ; certaines familles possèdent plusieurs véhicules et un patrimoine se chiffrant en centaines de milliards de dongs.

Cette métamorphose trouve son origine dans une plante que les Xe Dang appelaient autrefois « la plante médicinale cachée ». Sous la canopée des forêts anciennes, le ginseng Ngoc Linh a offert à plusieurs générations l'opportunité de changer de vie.

L'homme qui a semé les premières graines du ginseng Ngoc Linh

À l'occasion des célébrations marquant la naissance ou l'anniversaire d'un enfant, Ho Van Du, figure respectée du village, offre régulièrement un jeune plant de ginseng Ngoc Linh. Il rappelle que prendre soin de cette plante permet non seulement de préserver la forêt, mais aussi de constituer une épargne pour les générations futures.

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Ho Van Du consacre toute sa vie au ginseng Ngoc Linh. Photo : VOV.

Âgé de près de soixante-dix ans et membre du Parti depuis plus de quarante ans, Ho Van Du est affectueusement surnommé « Père Du ». Nombreux sont ceux qui ont reçu leur premier plant de ginseng de ses mains lorsqu'ils étaient enfants. Selon lui, l'argent finit par disparaître, alors que le ginseng constitue une richesse durable et transmet aux générations futures le sens de la préservation des forêts.

Peu de personnes savent qu'il fut l'un des pionniers de la culture du ginseng Ngoc Linh. À l'âge de dix-huit ans, il accompagna des cadres locaux dans la forêt afin de rechercher des plants sauvages destinés à être cultivés. Ces expéditions, longues de plusieurs semaines, se déroulaient dans des conditions particulièrement difficiles, entre froid, pénurie de ressources et dangers permanents. De ces efforts est née la station de plantes médicinales de Tra Linh, devenue un centre majeur de conservation des ressources génétiques du ginseng Ngoc Linh.

En 1983, après avoir réussi la reproduction de la plante, Ho Van Du parcourut les hameaux pour convaincre les habitants de renoncer à l'exploitation excessive du ginseng sauvage et de privilégier sa culture et sa préservation. Il forma personnellement les familles aux techniques de plantation. Malgré une croissance lente durant les premières années, les résultats finirent par convaincre la population, de plus en plus nombreuse à demander des plants pour démarrer sa propre culture.

De 20 millions de dongs au titre de « Roi du ginseng »

Si Ho Van Du a posé les fondations de cette réussite, Ho Van Luong en a fait un véritable empire. Aujourd'hui, il possède plus de trente hectares de ginseng Ngoc Linh et est largement connu sous le surnom de « Roi du ginseng ».

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Ho Van Luong, surnommé le « Roi du ginseng » du mont Ngoc Linh. Photo : VOV.

Il y a plus de trente ans, sa famille vivait dans une extrême pauvreté et ne disposait de réserves alimentaires que pour quelques mois par an. En 2000, afin d'obtenir un prêt destiné à créer sa plantation, il dut traverser la forêt à pied pendant toute une journée pour rejoindre le centre administratif du district. Après avoir obtenu 20 millions de dongs, il consacra l'essentiel de cette somme à l'achat de plants et à la sécurisation de son terrain.

Cinq ans plus tard, sa plantation lui rapportait déjà plusieurs centaines de millions de dongs par an. Une fois ses dettes remboursées, il poursuivit son développement et choisit d'aider les plus démunis à suivre le même chemin. Chaque année, il consacre une partie de ses revenus au soutien des familles en difficulté. Sa plantation, aujourd'hui valorisée à plusieurs centaines de milliards de dongs, procure un emploi à des centaines de travailleurs. Pour les ménages les plus vulnérables, il offre même des jeunes plants de ginseng en guise de rémunération, afin de leur permettre de bâtir une source de revenus durable.

Ayant lui-même connu la misère, il souhaite ainsi offrir aux autres la même chance que celle qui lui a permis de sortir de la pauvreté, en leur donnant les moyens de bâtir durablement leur avenir.

Un cercle vertueux de solidarité au sommet du Ngoc Linh

Au fil des décennies, un modèle unique de solidarité s'est développé sur les hauteurs du Ngoc Linh. Les enfants qui recevaient autrefois des plants de ginseng les offrent aujourd'hui à la génération suivante. Les familles sorties de la pauvreté accompagnent à leur tour celles qui cherchent à améliorer leurs conditions de vie.

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Des dirigeants de Da Nang visitent une zone de culture du ginseng Ngoc Linh. Photo : VOV.

Ho Quang Buu, vice-président du Comité populaire de la ville de Da Nang, rappelle qu'autrefois de vastes zones forestières étaient régulièrement défrichées pour l'agriculture sur brûlis. Le développement de la culture du ginseng sous couvert forestier a permis non seulement de restaurer les espaces boisés, mais aussi de créer un modèle économique durable.

Fortes de cette expérience, les autorités locales ont mis en œuvre plusieurs programmes de développement du ginseng Ngoc Linh, transformant une plante autrefois jalousement préservée dans les forêts reculées par l'ethnie Xe Dang en un produit emblématique, aujourd'hui reconnu dans tout le pays comme un véritable trésor national.

De nos jours, le ginseng Ngoc Linh est largement réputé pour ses qualités médicinales exceptionnelles. Derrière cette renommée se trouve avant tout l'histoire d'une communauté qui a fait le choix de progresser ensemble. Au sommet du Ngoc Linh, le ginseng n'est pas seulement une source de richesse ; il représente un héritage pour les générations futures, un engagement en faveur de la préservation des forêts et la récompense de ceux qui savent protéger les trésors de la montagne.

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