Diplomatie scientifique et technologique : de la mobilisation des ressources à la construction des capacités de développement national

La diplomatie scientifique et technologique joue un rôle clé dans le renforcement des capacités du Vietnam, afin de maîtriser les technologies et de mieux s’intégrer aux chaînes de valeur mondiales.

Le secrétaire général du Parti, To Lam, assiste à la cérémonie de signature et d'échange de contrats et d'accords de coopération dans des domaines stratégiques tels que les sciences et les technologies, la transformation numérique, l'aéronautique et la santé, lors de sa visite de travail aux États-Unis en février 2026. (Source : VOV)
Le secrétaire général du Parti, To Lam, assiste à la cérémonie de signature et d'échange de contrats et d'accords de coopération dans des domaines stratégiques tels que les sciences et les technologies, la transformation numérique, l'aéronautique et la santé, lors de sa visite de travail aux États-Unis en février 2026. (Source : VOV)

La diplomatie scientifique et technologique ne doit pas se limiter à mettre en relation les acteurs et les ressources ; elle doit contribuer à bâtir les capacités endogènes de développement, afin de permettre au Vietnam de maîtriser les technologies, de renforcer sa position dans les chaînes de valeur mondiale et de concrétiser son ambition de devenir un pays développé d'ici le milieu du XXIᵉ siècle.

La compétition technologique mondiale s'intensifie à mesure que la science, les technologies et l'innovation s'imposent comme les principaux moteurs de la croissance économique, de la compétitivité et de la puissance des États.

Les pays renforcent le contrôle des technologies stratégiques, des données et des ressources humaines hautement qualifiées. L'accès aux technologies de pointe dépend désormais de la confiance politique, de la profondeur des partenariats ainsi que de la capacité à s'intégrer aux réseaux internationaux de coopération. Dans ce contexte, la coopération internationale n'est plus un choix, mais une condition essentielle du développement, permettant aux pays d'accéder aux connaissances, aux technologies, aux talents, aux investissements et aux normes de gouvernance les plus avancées.

Pour le Vietnam, l'enjeu consiste désormais à transformer les relations extérieures en ressources concrètes : technologies, ressources humaines, investissements en recherche et développement (R&D), entreprises technologiques, nouveaux produits et capacités de compétitivité. La diplomatie scientifique et technologique ne doit pas seulement favoriser les connexions ; elle doit créer les conditions d'un développement autonome, permettant au pays de maîtriser les technologies, de renforcer sa place dans les chaînes de valeur mondiale et de réaliser son objectif de devenir une nation développée au milieu du XXIᵉ siècle.

D'une politique sectorielle à un pilier de la diplomatie

La réflexion stratégique du Vietnam en matière de diplomatie scientifique et technologique s'est progressivement construite et élevée à travers trois résolutions majeures et successives du Bureau politique.

Adoptée le 22 décembre 2024, la Résolution no 57-NQ/TW sur les percées en matière de développement scientifique et technologique, d'innovation et de transformation numérique nationale a posé les fondements de cette orientation. Elle identifie la coopération internationale comme l'un des sept grands groupes de solutions, au même niveau que les réformes institutionnelles, les infrastructures et le développement des ressources humaines. Cette approche confirme que le développement scientifique et technologique du Vietnam ne peut reposer uniquement sur ses ressources internes.

La résolution souligne la nécessité de renforcer la coopération en matière de recherche, d'acquisition, de transfert et de maîtrise des technologies avancées dans des secteurs prioritaires tels que l'intelligence artificielle, les biotechnologies, les technologies quantiques, les semi-conducteurs et l'énergie nucléaire. Elle fixe également pour objectif d'attirer, d'ici à 2030, au moins trois des plus grands groupes technologiques mondiaux afin qu'ils établissent leur siège au Vietnam.

Le 24 janvier 2025, la Résolution no 59-NQ/TW sur l'intégration internationale dans le nouveau contexte a marqué une nouvelle évolution conceptuelle. Pour la première fois, l'intégration internationale dans les domaines de la science, des technologies et de l'innovation est reconnue comme un axe stratégique autonome, au même rang que l'intégration économique ainsi que l'intégration politique, de défense et de sécurité.

Cette résolution adopte une approche institutionnelle visant à mettre en place un cadre de coopération, à rapprocher les normes nationales des standards internationaux, tout en garantissant le principe consistant à « coopérer tout en luttant », afin de préserver l'autonomie stratégique du pays et de maîtriser les risques liés à une dépendance technologique.

Le 19 mai 2026, la Résolution no 6-NQ/TW relative à la mise en œuvre de la politique étrangère définie par le XIVᵉ Congrès national du Parti a consacré le rôle stratégique de la « diplomatie scientifique et technologique » au service de la transformation du modèle de croissance, de la transformation numérique et de la transition verte. C'est la première fois que cette notion est officiellement érigée en pilier à part entière de la diplomatie vietnamienne, marquant une évolution majeure de la pensée diplomatique : il ne s'agit plus seulement de préserver l'espace de développement du pays, mais de contribuer activement à créer des capacités, des marchés et des règles du jeu. L'action diplomatique est ainsi étroitement articulée avec le développement économique, l'attraction des technologies de pointe, le renforcement de l'information destinée à l'étranger et l'accroissement du pouvoir d'influence du Vietnam.

Ces trois résolutions dessinent une trajectoire cohérente : d'une solution sectorielle (Résolution no 57-NQ/TW), la science et la technologie sont devenues un pilier de l'intégration nationale (Résolution no 59-NQ/TW), avant de constituer un axe stratégique majeur de l'ensemble de la diplomatie vietnamienne (Résolution no 6-NQ/TW). La science, les technologies et l'innovation représentent le moteur du développement ; l'intégration internationale en constitue l'espace d'action ; et la diplomatie scientifique et technologique devient l'instrument permettant de transformer les connaissances et les ressources mondiales en capacités durables au service du développement du Vietnam.

Expériences internationales et mise en œuvre au Vietnam

L'expérience internationale montre que les pays les plus performants en matière d'innovation sont également ceux qui sont les plus profondément intégrés dans l'écosystème mondial de la science et des technologies. Selon le rapport OECD Science, Technology and Innovation Outlook 2023, l'innovation se construit de plus en plus au sein de réseaux de coopération transfrontaliers associant gouvernements, entreprises, instituts de recherche et universités.

Dans sa Recommandation sur la science ouverte (2021), l'UNESCO souligne également que face à des défis mondiaux tels que le changement climatique, la santé, la sécurité alimentaire ou encore l'intelligence artificielle, aucun pays ne peut développer sa recherche scientifique en s'appuyant uniquement sur ses propres ressources. Il est indispensable de promouvoir le partage des connaissances, des données et la coopération scientifique internationale.

L'expérience internationale montre également que la coopération scientifique et technologique peut prendre des formes très diverses : élaboration de cadres juridiques et de mécanismes de gouvernance technologique, participation à la définition des normes internationales, mise en place de programmes conjoints de cofinancement de la recherche, développement des ressources humaines grâce aux bourses et aux échanges universitaires, maintien de réseaux de conseillers scientifiques au sein des représentations diplomatiques à l'étranger, attraction proactive des investissements de haute technologie, mise en relation des écosystèmes de start-up avec les investisseurs internationaux, ainsi que renforcement des partenariats entre universités, instituts de recherche étrangers et entreprises nationales.

Plusieurs de ces modèles ont déjà démontré leur efficacité. Ainsi, le programme Horizon Europe de l'Union européenne pour la période 2021-2027 a financé plus de 15 000 projets de recherche collaborative impliquant les États membres et leurs partenaires, dont le Vietnam. Par ailleurs, les programmes de cofinancement de la recherche entre le Vietnam et ses partenaires internationaux ont soutenu plus d'une centaine de projets de recherche entre 2015 et 2025.

De grands groupes technologiques internationaux ont également renforcé leur présence en matière de recherche et développement (R&D) au Vietnam. NVIDIA s'est engagée à investir entre 4 et 4,5 milliards de dollars américains sur la période 2025-2030. Qualcomm a inauguré à Hanoï, en avril 2025, son troisième plus grand centre mondial de recherche et développement consacré à l'intelligence artificielle. Samsung, de son côté, a investi près de 220 millions de dollars dans ses activités de R&D au Vietnam, emploie environ 2 500 ingénieurs vietnamiens et a réalisé un chiffre d'affaires de 64,9 milliards de dollars en 2025.

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Le groupe Viettel a officiellement lancé la construction de la première usine de fabrication de semi-conducteurs du Vietnam. (Source : Viettel)

Viettel a entamé la construction de la première usine vietnamienne de fabrication de puces électroniques dans le parc de haute technologie de Hòa Lạc, sur une superficie de 27 hectares. Réalisé en coopération avec plusieurs partenaires technologiques de premier plan, le projet prévoit les premiers essais de puces gravées en 32 nanomètres à partir de 2027.

Parallèlement à cela, au cours de l'année 2025, le Vietnam a progressivement mis en place un cadre structuré et à long terme pour la coopération en matière de science, de technologie et d'innovation, créant ainsi les conditions propices à l'attraction des grands groupes technologiques et au développement des industries stratégiques.

Le ministère des Affaires étrangères a adopté un Plan de mise en œuvre de la diplomatie scientifique, technologique et de l'innovation à l'horizon 2030, tout en finalisant la Stratégie de coopération internationale dans les domaines de la science, des technologies et de l'innovation à l'horizon 2030, avec une vision jusqu'en 2045. Dans ce cadre, les mécanismes de coopération bilatérale continuent d'être consolidés et élargis.

À titre d'exemple, la Commission mixte Vietnam–République de Corée sur la coopération scientifique et technologique a tenu dix sessions. Lors de sa dernière réunion, les deux parties ont adopté un plan d'action pour la période 2026-2028, axé sur des domaines prioritaires tels que l'intelligence artificielle (IA), les réseaux 6G et l'industrie des semi-conducteurs. Par ailleurs, la première Conférence Vietnam-Japon sur les semi-conducteurs, organisée à Osaka avec la participation de près d'une centaine de délégués, a ouvert un nouveau cadre de coopération en matière de recherche, de formation des ressources humaines et de développement de l'industrie des semi-conducteurs entre les deux pays.

Dans ce processus, la diplomatie vietnamienne, et en particulier le réseau de près de cent représentations du Vietnam à l'étranger, qui ont organisé en 2025 près de 500 activités de promotion du commerce, de l'investissement et du tourisme, tout en contribuant à la signature d'environ une centaine d'accords internationaux de coopération, a pleinement joué son rôle de « prolongement de l'action nationale », en mettant en relation les ressources scientifiques et technologiques mondiales avec les besoins de développement du pays.

Le renforcement de la coordination entre le ministère des Affaires étrangères et le ministère des Sciences et des Technologies a également contribué à améliorer l'efficacité de la mise en œuvre des mécanismes de coopération bilatérale et multilatérale, tout en favorisant la conclusion et l'exécution de nombreux programmes de coopération avec les partenaires stratégiques.

Renforcer la coordination entre le ministère des Sciences et des Technologies et le ministère des Affaires étrangères dans le nouveau contexte

Afin que la diplomatie scientifique et technologique devienne un instrument directement au service du développement, il est proposé de renforcer la coordination entre le ministère des Affaires étrangères et le ministère des Sciences et des Technologies autour de cinq axes prioritaires.

Premièrement, mettre en place un réseau spécialisé de diplomatie scientifique et technologique dans les zones stratégiques. Il s'agit d'identifier les pays, les régions et les pôles technologiques présentant un intérêt majeur, de désigner au sein des représentations diplomatiques des responsables chargés du suivi des questions scientifiques et technologiques, et de constituer un réseau de correspondants réunissant experts vietnamiens à l'étranger, chercheurs, entreprises, fonds d'investissement, instituts de recherche et universités.

Deuxièmement, instaurer un mécanisme permettant de transformer les engagements diplomatiques en programmes et projets concrets. Chaque accord de coopération conclu au plus haut niveau devrait être accompagné d'un plan de mise en œuvre précisant les objectifs, les organismes responsables, les ressources mobilisées, le calendrier et les résultats attendus. Un mécanisme commun de suivi devrait également être mis en place afin d'assurer une actualisation régulière et de lever les obstacles liés aux procédures administratives, au financement, à la propriété intellectuelle, au transfert de technologies et aux normes.

Troisièmement, créer une base de données commune consacrée aux partenaires, aux experts et aux opportunités de coopération internationale. Le ministère des Sciences et des Technologies définirait les critères scientifiques, les besoins technologiques et les priorités nationales, tandis que le ministère des Affaires étrangères et les représentations du Vietnam à l'étranger assureraient la mise à jour des informations concernant les partenaires, les experts et les opportunités existant dans leurs zones de compétence. Cette base de données devrait être vérifiée, régulièrement actualisée et interconnectée entre les différents organismes.

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L'efficacité de l'action diplomatique ne se mesure plus au nombre de visites officielles ou d'accords signés, mais à sa capacité à transformer les relations extérieures en technologies, en ressources humaines et en avantages compétitifs pour la nation. (Photo d'illustration)

Quatrièmement, permettre au Vietnam de participer dès les premières étapes à l'élaboration des normes et des règles internationales de gouvernance des nouvelles technologies. Cela suppose de sélectionner les organisations, forums et groupes techniques internationaux ayant une influence directe, d'y envoyer régulièrement des responsables et des experts, et de préparer des propositions ainsi que des initiatives concrètes. Les priorités concernent notamment les normes relatives à l'intelligence artificielle, aux données, aux semi-conducteurs, aux biotechnologies, aux technologies quantiques et aux technologies vertes.

Cinquièmement, institutionnaliser, évaluer et diffuser les modèles de coopération ayant fait leurs preuves. Il convient de tirer les enseignements des initiatives réussies, telles que les commissions mixtes dotées de plans d'action précis, les conférences spécialisées de mise en relation, les centres de R&D, les programmes conjoints de formation ou encore les fonds de cofinancement. Il importe également de mettre en place un système d'indicateurs fondé sur les résultats obtenus, notamment le nombre de projets mis en œuvre, le volume des investissements en R&D, le nombre de technologies transférées ou maîtrisées, le nombre d'experts et de personnels formés ainsi que le nombre de produits commercialisés.

L'innovation est de plus en plus ouverte et transfrontalière ; l'avantage compétitif réside désormais dans la capacité à connecter, absorber et transformer les ressources mondiales en capacités nationales.

La diplomatie scientifique et technologique du Vietnam évolue ainsi d'une logique de mise en relation vers une logique de création de capacités de développement, d'une diplomatie centrée sur la signature d'accords vers une diplomatie axée sur leur mise en œuvre, et d'une mobilisation des ressources extérieures vers la construction de capacités endogènes. L'ouverture diplomatique ne produit pleinement ses effets que lorsqu'elle se traduit en technologies, en ressources humaines et en compétitivité nationale, grâce à une répartition claire des rôles : au secteur scientifique et technologique d'identifier les besoins et de définir les normes ; à la diplomatie d'ouvrir les voies de coopération et de mobiliser les ressources ; aux entreprises, aux instituts de recherche et aux universités de s'approprier les résultats et de les valoriser.

Fidèle à l'orientation définie par les résolutions no 57, 59 et 6, le Vietnam dispose aujourd'hui des conditions nécessaires pour faire entrer sa diplomatie scientifique et technologique dans une nouvelle phase de maturité, fondée sur le choix des partenaires les plus pertinents, une mise en œuvre efficace des coopérations et une évaluation centrée sur les résultats concrets du développement. Désormais, l'efficacité de l'action diplomatique ne se mesure plus au nombre de visites officielles ni aux textes signés, mais à sa capacité à transformer les relations extérieures en technologies, en ressources humaines et en avantages compétitifs au service du développement national.

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