La présence d’entreprises technologiques, l’afflux de nouveaux investissements et la mise en place de cadres de coopération posent aujourd’hui les jalons d’un approfondissement des relations bilatérales.
Pour saisir cette opportunité, le Vietnam doit optimiser la synergie de ses ressources, renforcer ses capacités technologiques nationales et se structurer pour répondre aux exigences de ces marchés à haute valeur ajoutée.
Conjuguer expansion économique et réduction des émissions
S’exprimant dans le cadre du Forum économique d’automne 2026 (, l’ambassadeur de Suède au Vietnam, Johan Ndisi, a souligné que l’objectif d’une croissance à deux chiffres, combiné à l’engagement d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, place le Vietnam face à un défi crucial : décorréler la croissance économique de l’augmentation des émissions de carbone.
Il s’agit également d’un domaine dans lequel la Suède et les pays nordiques peuvent partager leur expertise et accompagner le Vietnam.
Selon le diplomate, l’innovation doit se traduire par des solutions concrètes face à des défis réels. L’expérience de la Suède en matière de développement démontre que la technologie et l’innovation peuvent répondre simultanément à un double impératif : pérenniser la croissance économique tout en réduisant l’empreinte environnementale.
Il a estimé que les fondations de la coopération technologique entre les deux pays sont déjà profondément ancrées dans le tissu industriel vietnamien. Bien que souvent méconnues du grand public, de nombreuses entreprises fournissent des équipements et des solutions clés pour les usines et les infrastructures du pays.
Pour illustrer ce constat, il a cité l’exemple de l’usine VinFast à Hai Phong, qui opère avec un millier de robots industriels fournis par le géant technologique helvetico-suédois ABB ; la présence de l’équipementier suédois SKF, spécialisé dans les roulements mécaniques pour le secteur ferroviaire urbain, ainsi qu’Atlas Copco, un acteur majeur des machines et équipements industriels.
Bon nombre de ces entreprises misent aujourd’hui sur l’industrie intelligente afin de réduire les coûts de production et les émissions de carbone. Dès lors, les opportunités de partenariat avec le Vietnam s’inscrivent directement dans une logique d’optimisation de l’efficacité productive, bien au-delà d’une simple acquisition d’équipements.
L’ambassadeur Johan Ndisi a souligné tout particulièrement la capacité à connecter les technologies pour en faire des solutions intégrées. Le développement des énergies renouvelables nécessite un réseau pour le transport de l’électricité ; à cet égard, il a évoqué la technologie de transmission de courant continu à haute tension (HVDC) d’Hitachi Energy.
De même, la modernisation des ports maritimes exige de combiner l’électrification avec les infrastructures réseau, la surveillance et le transport.
Partant de cette approche, la partie suédoise élabore actuellement des "packages de solutions suédoises" et se dit prête à développer des solutions à l’échelle nordique.
Lors des réunions de travail avec le port de Hai Phong, les entreprises ont ainsi été présentées en fonction de leur complémentarité, allant des solutions électriques à la connectivité réseau d’Ericsson, jusqu’aux systèmes destinés à l’exploitation portuaire.
L’ambassadeur Johan Ndisi a également rappelé qu’une part importante des investissements à destination du Vietnam est pilotée depuis Singapour, où de nombreuses multinationales ont établi leur siège régional. C’est pourquoi, les stratégies de connexion aux flux d’investissements doivent impérativement intégrer les réseaux internationaux des entreprises.
Au-delà des apports technologiques et financiers, le diplomate a mis l’accent sur l’urgence de former une main-d’œuvre anglophone capable de s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales, une condition essentielle pour permettre au Vietnam de tirer pleinement parti de l’implantation des géants internationaux sur son sol.
Coopérer pour développer l’autonomie stratégique
Pour l’ambassadeur de Finlande au Vietnam, Pekka Voutilainen, le développement des technologies et de l’énergie nationales est crucial pour l’autonomie stratégique du pays. Cette souveraineté industrielle doit permettre à l’économie vietnamienne de réduire sa dépendance extérieure face aux crises globales.
Il a souligné que pour atteindre cet objectif, le Vietnam a besoin de partenaires de confiance - une démarche dans laquelle la Finlande est pleinement prête à s’engager.
Estimant que les relations bilatérales n’ont jamais été aussi excellentes, l’ambassadeur Pekka Voutilainen a souligné que 18 délégations vietnamiennes s’étaient rendues en Finlande depuis juillet 2026. Cette intensification des échanges entre les instances gouvernementales et les milieux d’affaires témoigne d’un intérêt mutuel grandissant.
Selon le diplomate, le Vietnam s’impose désormais comme le premier partenaire commercial de la Finlande en Asie du Sud-Est, porté par des fonds privés finlandais dont les investissements dans le pays atteignent environ 1,3 milliard d’euros. Parallèlement aux échanges marchands, l’expansion continue des investissements industriels vient consolider les fondations d’un partenariat stratégique à long terme.
L’ambassadeur Pekka Voutilainen a mis en avant un investissement de 15 millions de dollars de Finnfund, en partenariat avec la Société par actions de financement général EVN (EVF), destiné à injecter des capitaux à long terme pour élargir l’accès aux financements des PME vietnamiennes, en particulier celles dirigées par des femmes, tout en soutenant la transition verte du pays.
Un autre investissement de 15 millions de dollars, conclu avec August Energy, vise à déployer le modèle de "l’énergie en tant que service". Selon le diplomate, ces initiatives démontrent la capacité à canaliser les capitaux vers les besoins spécifiques des entreprises locales.
Sur le front de la transition écologique, l’ambassadeur a souligné le rôle moteur de la Finlande dans un projet d’économie circulaire destiné aux zones industrielles, financé par l’Union européenne. Ce programme prévoit de sélectionner dix zones industrielles pour y appliquer des modèles circulaires.
Le fonds d’innovation finlandais Sitra pilotera le volet politique, tandis que les entreprises se chargeront du déploiement opérationnel, avec l’accent mis sur le traitement des déchets et la revalorisation des ressources.
Concernant les besoins de développement des infrastructures au Vietnam, le diplomate a évoqué les opportunités de coopération en matière de technologies de construction à faible coût.
Il a également mis en avant la présence des entreprises finlandaises dans les secteurs des centres de données, de la fibre optique et des infrastructures de télécommunications, autant de maillons essentiels à la connectivité numérique.
La clé pour transformer ces opportunités en résultats concrets réside également dans la communauté des start-up. À cet égard, l’expérience de la Finlande en matière de synergie entre universités, entreprises et investisseurs fait figure de modèle, à l’image de l’Université Aalto et du salon Slush consacré aux start-up européennes.
Sur le plan humain, la Finlande accueille actuellement environ 3.000 étudiants vietnamiens, dont 600 au sein de la prestigieuse université Aalto - une ressource qualifiée de "précieuse" par le diplomate. Aux côtés de la diaspora locale, cette communauté étudiante constitue une véritable passerelle culturelle et économique, fine connaisseuse de l’environnement d’affaires nordique.
Vu sous cet angle, le partenariat dans l’éducation et l’entrepreneuriat vient directement soutenir l’investissement, offrant au Vietnam les clés pour s’approprier ces technologies de pointe grâce à la montée en compétences de son propre capital humain.
Saisir proactivement les opportunités des marchés à haute valeur ajoutée
Selon l’ambassadeur de Norvège au Vietnam, Stein Iversen, l’Accord de libre-échange entre le Vietnam et l’Association européenne de libre-échange (AELE), combiné au Partenariat stratégique vert Vietnam - Norvège, forment deux cadres complémentaires structurants.
D’un côté, cette synergie dynamise le commerce et les investissements ; de l’autre, elle matérialise le soutien des deux gouvernements envers des secteurs clés tels que l’économie maritime durable, l’aménagement de l’espace maritime et les énergies renouvelables.
Il a estimé que le moment est venu pour les entreprises et les investisseurs de saisir activement la dynamique de cette coopération. Il s’agit d’une opportunité à double sens : les entreprises norvégiennes disposent des conditions idéales pour élargir leur marché, tandis que les entreprises et investisseurs vietnamiens ont la perspective d’un meilleur accès aux marchés de l’Association européenne de libre-échange (AELE), qui accordent une importance primordiale à la haute qualité.
Il a insisté particulièrement sur l’importance de la stabilité et de la prévisibilité. Pour les investissements à long terme, ces facteurs peuvent s’avérer tout aussi importants, voire plus, que les avantages liés aux réductions fiscales. Les bénéfices de cet accord s’accumuleront au fil du temps, portés par le développement des échanges commerciaux et des relations d’affaires.
Parmi les secteurs jugés particulièrement porteurs par l’ambassadeur figurent les produits de la mer et l’aquaculture, l’industrie maritime, l’économie circulaire ainsi que l’énergie.
Dans le domaine de l’aquaculture, la présence des entreprises norvégiennes à plusieurs niveaux de la chaîne de valeur au Vietnam ouvre la voie à un partenariat qui dépasse le cadre des simples échanges commerciaux.
Pour saisir ces opportunités, l’ambassadeur Stein Iversen a formulé trois recommandations majeures.
D’abord, les entreprises doivent impérativement étudier l’accord afin de maîtriser la structure tarifaire, les règles d’origine et l’ensemble des formalités liées à leurs produits. En parallèle, elles sont invitées à solliciter l’appui de l’ambassade, d’Innovation Norway et du secrétariat de l’Association européenne de libre-échange (AELE).
Ensuite, il est crucial d’anticiper et de se préparer dès maintenant, sans attendre l’entrée en vigueur officielle de l’Accord de libre-échange entre le Vietnam et l’AELE.
Enfin, les entreprises doivent impérativement identifier et s’aligner sur les exigences du marché. Selon le diplomate, ces normes ne doivent pas être perçues comme des contraintes, mais plutôt comme une feuille de route pour doper leur compétitivité et ouvrir aux entreprises vietnamiennes les portes des marchés à forte valeur ajoutée.
L’ambassadeur de Norvège a également souligné que la diversification des partenaires et des échanges commerciaux servait pleinement les intérêts du Vietnam.
Dans un contexte où le système commercial mondial subit de fortes pressions, l’élargissement de la coopération contribue à consolider le cadre multilatéral.
Pour le Vietnam, les opportunités technologiques et les investissements verts s’avèrent ainsi intrinsèquement liés au développement de ses capacités internes, à la montée en gamme de ses produits et à son intégration proactive dans des partenariats économiques à long terme.