Expert de WEF : le Vietnam à l’aube d’une nouvelle phase de forte croissance

Le Vietnam se trouve à l’aube d’une phase de croissance particulièrement dynamique, marquée par des avancées et des innovations remarquables. C’est une période très prometteuse pour le pays. Toutefois, le Vietnam doit veiller à ne pas tomber dans le piège consistant à devenir simplement un centre de production à bas coûts.

Le gouvernement vietnamien a accompli des progrès encourageants dans les domaines de la production verte, de la logistique verte et des achats publics écologiques.

Le Vietnam est également pleinement conscient des effets du changement climatique sur son territoire, d’autant que son économie est étroitement liée aux exportations agricoles et qu’il doit garantir les moyens de subsistance ainsi que l’approvisionnement alimentaire d’une grande partie de sa population.

Telle est l’analyse de la docteure Sandy Chong, directrice des initiatives régionales pour l’Asie-Pacifique au Forum économique mondial (WEF), lors d’un entretien accordé à la presse vietnamienne en marge du Forum économique d’automne 2026 (Autumn Economic Forum – AEF), qui s'est tenu du 26 au 29 octobre 2026 à Hô Chi Minh-Ville.

La docteure Sandy Chong, directrice des initiatives régionales pour l’Asie-Pacifique au Forum économique mondial (WEF), lors d'une session de discussion dans le cadre du Forum économique d’automne 2026. Photo : baoquocte.vn
La docteure Sandy Chong, directrice des initiatives régionales pour l’Asie-Pacifique au Forum économique mondial (WEF), lors d'une session de discussion dans le cadre du Forum économique d’automne 2026. Photo : baoquocte.vn

Le WEF promeut actuellement des initiatives visant à renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement et à accélérer la transformation du secteur manufacturier. Selon vous, quelles évolutions ouvrent de nouvelles perspectives aux pôles industriels émergents comme le Vietnam ?

Je pense que le Vietnam se trouve à l’aube d’une phase de croissance particulièrement dynamique, marquée par des avancées et des innovations remarquables. C’est une période très prometteuse pour le pays. Toutefois, le Vietnam doit veiller à ne pas tomber dans le piège consistant à devenir simplement un centre de production à bas coûts.

Aujourd’hui, l’essentiel est de créer davantage de valeur ajoutée, de s’orienter vers une production de pointe et de bâtir un pôle solidement connecté à différents réseaux. Ces connexions ne doivent pas se limiter au secteur manufacturier, mais englober également la distribution et la livraison, tout en garantissant que les produits ne répondent pas uniquement aux besoins des catégories les plus aisées, mais soient accessibles à l’ensemble de la population.

C’est, à mon sens, un enjeu fondamental. Le Vietnam ne fournit pas seulement des produits aux marchés mondiaux, mais aussi à une région en plein essor, qui recèle un immense potentiel.

Aujourd’hui, le monde ne recherche plus uniquement les centres de production les moins coûteux. Il a également besoin de pôles capables de résister aux chocs, de garantir la sécurité et d’inspirer confiance. La capacité à fournir des informations fiables, à disposer d’une main-d’œuvre qualifiée et à assurer la stabilité des produits et des services revêt une importance capitale.

Le Vietnam aurait donc tout intérêt à poursuivre son développement non seulement en tant que centre de production, mais aussi comme un maillon de connexion fiable au sein de ces réseaux.

Au regard de l’expérience des sites de production les plus avancés dans le monde, quelles technologies et méthodes de gestion pourraient, selon vous, aider les entreprises vietnamiennes à améliorer leur productivité de manière efficace ?

Je pense que la question ne se limite pas à l’acquisition ou à l’investissement dans les technologies. Il est essentiel de veiller à ce que tous les acteurs puissent y participer et que l’ensemble de l’écosystème en tire profit, des petites et moyennes entreprises aux microentreprises, en passant par les grands groupes.

Il faut également prendre en compte les systèmes de gestion et les processus opérationnels qui accompagnent ces technologies.

Prenons l’exemple de l’intelligence artificielle (IA) : une entreprise peut investir dans ces technologies ou nouer des partenariats avec de grands groupes. Mais la véritable question est de savoir si ses processus opérationnels, qu’il s’agisse des achats, du marketing ou de la gestion financière, sont suffisamment adaptés pour accompagner ces transformations.

Il est donc essentiel de renforcer les compétences et de former des ressources humaines capables de maîtriser ces technologies. Celles-ci doivent être faciles à comprendre, accessibles et simples à utiliser, non seulement pour les dirigeants de haut niveau, mais aussi pour les petits entrepreneurs.

Nous devons veiller à ce que les responsables des petites entreprises comprennent eux aussi comment utiliser ces technologies et puissent en tirer profit.

Comment le Vietnam pourrait-il développer ses industries auxiliaires et améliorer la qualité de ses ressources humaines afin de participer plus profondément aux chaînes de valeur ?

Forte de mon expérience dans les secteurs privé et public, je pense que la réussite ne devrait pas être mesurée uniquement à l’aune des capitaux attirés. La question la plus importante est de savoir quelles valeurs subsistent une fois les investissements achevés.

Les populations sont-elles davantage motivées ? Continuent-elles à cultiver leur soif d’apprendre et acquièrent-elles la capacité de créer ensemble et de développer des produits, même après la fin des projets d’investissement et le retrait des capitaux ? Voilà les véritables questions auxquelles nous devons nous intéresser.

Comme l’ont déjà souligné le Premier ministre et plusieurs ministres vietnamiens, l’enjeu ne consiste pas seulement à attirer des investissements, mais aussi à attirer des capitaux et des partenaires porteurs d’une vision à long terme, plutôt que de privilégier les seuls intérêts immédiats.

Les partenaires que le Vietnam cherche à attirer doivent également bien comprendre les exigences en matière de durabilité et de responsabilité sociale. Les bénéfices qu’ils génèrent ne devraient pas reposer uniquement sur une exploitation intensive, voire abusive, des ressources.

Ils doivent au contraire laisser des retombées positives, contribuer à bâtir des bases solides pour le développement et apporter des avantages concrets à la population. À mes yeux, c’est là l’essentiel.

Un coin de Hô Chi Minh-Ville. Photo : Thanh Dat/NDEL
Un coin de Hô Chi Minh-Ville. Photo : Thanh Dat/NDEL

Le Vietnam vise désormais une croissance à deux chiffres tout en garantissant un développement durable. Comment le WEF pourrait-il coopérer avec le Vietnam pour soutenir cet objectif ?

Le WEF ne se contente pas de proposer des plateformes de dialogue de haut niveau, d’échange d’idées et de partage des connaissances. Il offre également des possibilités de combiner l’expertise internationale avec les capacités nationales, afin de favoriser le transfert de connaissances.

Nous travaillons aussi en étroite collaboration avec le Centre de la quatrième révolution industrielle (C4IR) à Hô Chi Minh-Ville. Celui-ci constitue un pôle dynamique qui contribue à stimuler la formation et le développement de l’écosystème de l’innovation.

Comme je l’ai déjà indiqué, la résilience est un facteur particulièrement important, notamment lorsque les technologies sont largement déployées ou lorsqu’un pays ou une entreprise connaît de profondes mutations sous l’effet des évolutions technologiques ou des tensions géopolitiques.

Comment préserver et renforcer cette capacité de résilience ? La réponse réside dans la mise en place de réseaux de connexion étendus, non seulement au sein d’un même secteur, mais aussi entre différents domaines d’activité. Nous pourrons ainsi non seulement mieux faire face aux chocs, mais également compter sur des partenaires régionaux et internationaux pour nous conseiller, nous mettre en relation et nous aider à surmonter les difficultés.

Dans les périodes difficiles, nous avons tous besoin de partenaires sur lesquels nous pouvons compter.

Je pense que la confiance est également essentielle, et c’est précisément l’une des valeurs que le WEF apporte. Le WEF est une plateforme de mise en réseau digne de confiance, qui fonctionne selon un modèle à but non lucratif. Il bénéficie de la confiance des dirigeants, du secteur privé, du monde universitaire, des experts, des organisations internationales ainsi que des fondations.

Les acteurs viennent au WEF pour partager leurs expériences et apprendre les uns des autres. C’est là que réside notre contribution.

Fondamentalement, notre organisation souhaite créer des valeurs positives et aider des pays comme le Vietnam à se développer de manière durable et responsable.

Les dirigeants des grandes entreprises souhaitent eux aussi contribuer à cet objectif. Ils veulent réduire les inégalités et offrir davantage de possibilités aux enfants, aux femmes et à la population, grâce à l’éducation, au savoir et au renforcement des compétences. Ce sont autant d’actions que nous nous efforçons de mener et des valeurs dont nous sommes particulièrement fiers.

Pourriez-vous nous éclairer davantage sur la portée de cette édition du Forum économique d’automne ?

Ce qui m’a particulièrement marquée dans le discours du Premier ministre Le Minh Hung, c’est le message selon lequel l’essentiel ne réside pas uniquement dans la croissance ou l’attraction des investissements, mais aussi dans la promotion d’une croissance responsable.

Le Vietnam souhaite attirer des partenaires fiables, prêts à coopérer avec le gouvernement pour construire un avenir plus durable.

Je considère qu’il s’agit d’un message extrêmement important. Les pays comme le Vietnam, lorsqu’ils entrent dans une phase de forte croissance, sont souvent confrontés à de nombreux défis au cours de leur développement.

S’ils ne prêtent pas attention aux personnes défavorisées ou en situation de vulnérabilité, ils risquent de se heurter, dans un avenir proche, à de graves problèmes, notamment à des tensions et à des fractures sociales liées à l’aggravation des inégalités entre les différentes catégories de la population.

Il est donc essentiel que chacun puisse progresser et bénéficier équitablement des fruits du développement.

Je me souviens qu’un représentant des Nations unies avait formulé une réflexion particulièrement pertinente : il ne peut y avoir de croissance si elle ne s’accompagne pas de la participation et du progrès de tous.

Par ailleurs, le gouvernement vietnamien a réalisé des avancées encourageantes dans les domaines de la production verte, de la logistique verte et des achats publics écologiques.

Le Vietnam est également pleinement conscient des effets du changement climatique sur son territoire, d’autant que son économie dépend largement des exportations agricoles et qu’il doit garantir les moyens de subsistance ainsi que l’approvisionnement alimentaire d’une grande partie de sa population.

Par conséquent, dans son processus de développement, le Vietnam doit à la fois protéger l’environnement et promouvoir une croissance harmonieuse avec la nature.

C’est également l’un des domaines auxquels s’intéresse le WEF, à travers son Centre pour la nature et le climat. Nos collègues mettent en œuvre de nombreuses initiatives visant à mobiliser les jeunes et à sensibiliser davantage les dirigeants d’entreprise.

Le WEF dispose de communautés de dirigeants d’entreprise qui partagent leurs expériences, ainsi que de réseaux d’investisseurs particulièrement intéressés par les projets durables et les programmes de développement durable promus par les gouvernements.

Nous souhaitons contribuer à faire avancer ces efforts, en faveur d’un avenir plus durable.

Je vous remercie vivement !

Organisé du 26 au 29 octobre à Hô Chi Minh-Ville, le Forum économique d'automne 2026 a réuni plus de 1 500 participants venus de 60 pays et territoires autour du thème « L’esprit de coopération à l’ère nouvelle ».

L'objectif: mobiliser les ressources, stimuler la coopération et identifier de nouveaux moteurs de croissance, dans une économie mondiale en pleine mutation.

Le programme a compté 22 sessions de discussion pour 250 intervenants. Trente-deux technologies, solutions et idées innovantes ont également été présentées. L’enjeu est désormais de convertir les orientations politiques, les connexions entre investisseurs et les engagements internationaux en projets, produits et résultats mesurables, afin de renforcer la place du Vietnam et de Hô Chi Minh-Ville parmi les nouveaux pôles de croissance mondiaux.

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