Photo : MOIT.
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Consolider la force de la marque nationale du Vietnam face aux standards rigoureux de l’UE

En misant sur l’innovation, la valeur ajoutée, l’intégration aux chaînes mondiales et les tendances de consommation durable, les entreprises vietnamiennes pourront non seulement accroître leurs exportations vers l’UE, mais aussi renforcer la marque nationale.

Si les entreprises vietnamiennes misent sur l’innovation, la création de valeur ajoutée, l’intégration aux chaînes d’approvisionnement mondiales et l’adaptation aux tendances de consommation durable, les opportunités sur le marché de l’UE ne se limiteront pas à la croissance des exportations, mais consolideront également la position de la marque nationale vietnamienne à un niveau supérieur.

Une position renforcée pour les produits vietnamiens

Cinq ans après l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange Vietnam-Union européenne (EVFTA), et malgré les perturbations du marché, ainsi qu’un contexte économique mondial difficile, la coopération commerciale entre les deux parties a enregistré une progression notable et des évolutions positives.

Selon les données du Département général des Douanes du ministère vietnamien des Finances, les échanges commerciaux bilatéraux ont maintenu une croissance stable depuis l’entrée en vigueur de l’EVFTA, passant de 55,4 milliards de dollars en 2020 à 68,3 milliards en 2024.

Les exportations vietnamiennes vers l’UE ont progressé en moyenne de 11,7 %, tandis que les importations vietnamiennes ont augmenté de 6,1 % par an.

Ce bloc, avec ses 27 États membres, demeure l’un des partenaires commerciaux majeurs du Vietnam : troisième débouché et cinquième importateur des produits du Vietnam.

À l’inverse, le Vietnam est le plus important partenaire commercial de l’UE au sein de l’ASEAN, et figure parmi les dix premiers fournisseurs des marchandises de ce grand marché.

Le ministère de l'Industrie et du Commerce a également souligné que l’EVFTA ouvre de nouvelles perspectives de coopération entre le Vietnam et l'UE dans des domaines prioritaires, tels que l'économie verte, l'économie numérique, la transition énergétique et le développement durable, conformément aux grandes orientations politiques de l'UE et à la stratégie de développement socio-économique du Vietnam.

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Le Vietnam est le plus important partenaire commercial de l’UE au sein de l’ASEAN, et figure parmi les dix premiers fournisseurs des marchandises de l'UE. Photo : baobaria.

Dans un entretien accordé au Journal The Gioi & Vietnam, Mac Quoc Anh, membre du Comité central du Front de la Patrie du Vietnam, vice-président et secrétaire général de l'Association des PME de Hanoï, a souligné que l'UE a toujours été réputée pour être un marché « exigeant », avec des standards rigoureux à toutes les étapes, de la production à la distribution, jusqu’à la consommation.

Cependant, il s'agit également d'un marché caractérisé par un fort pouvoir d'achat, des tendances de consommation durables et une demande croissante de produits de haute qualité, notamment en provenance d’Asie, dont le Vietnam.

Selon lui, la position des produits vietnamiens au sein de l’UE s’est nettement améliorée ces dernières années.

Construction de la marque fondée sur des valeurs durables

Cependant, selon Mac Quoc Anh, le marché européen demeure particulièrement concurrentiel, avec la présence des plus grands fournisseurs mondiaux.

Pour maintenir et renforcer leur position, les produits vietnamiens doivent affiner leur positionnement en termes de marque, améliorer leur qualité, renouveler leurs designs et garantir une traçabilité parfaitement transparente.

De plus, les entreprises doivent s’adapter rapidement aux nouvelles exigences européennes en termes de réduction des émissions de carbone, des rapports ESG (environnement, social, gouvernance) ou encore des normes relatives aux produits verts.

La clé du succès réside dans la capacité à satisfaire ces standards, à mettre en œuvre une gouvernance durable et la construction d'une marque fondée sur la valeur à long terme.

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Le CBAM a été lancé par l'UE dans le cadre de son engagement à réduire les émissions de carbone à l'échelle mondiale et à atteindre les objectifs de l'Accord de Paris sur le climat. Photo : Shutterstock.

Six axes stratégiques s’en dégagent.

Premièrement, faire de la conformité aux normes européennes un atout stratégique.

Les exigences telles que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), les normes européennes de reporting de durabilité (ESRS), l’écoconception (Ecodesign) ou encore le règlement européen contre la déforestation (EUDR) doivent être appréhendées non comme des coûts obligatoires, mais comme un « passeport » d’accès aux chaînes d’approvisionnement haut de gamme.

Les entreprises investissant dans un système de gestion environnementale, la transparence des données d’émission ou la traçabilité deviendront les partenaires privilégiés des grands groupes européens.

Deuxièmement, déterminer la transformation verte et la transformation numérique comme deux piliers indissociables.

Pour l’UE, l’évaluation d’un fournisseur repose autant sur le produit que sur le processus : niveau d’émissions, taux de recyclage, efficacité énergétique, gestion des risques, systèmes de données.

Il est donc indispensable pour les entreprises vietnamiennes d’intégrer les investissements ESG et technologiques à leur stratégie.

Celles qui intègrent la planification des ressources de l'entreprise (ERP), la blockchain et l'Internet des objets (IoT) à leur gestion de la production et de la logistique confèrent un avantage déterminant en matière d’audit, de traçabilité, de transparence et de contrôle de marché.

Troisièmement, construire la marque nationale et la marque d'entreprise fondées sur des valeurs durables.

Les consommateurs européens accordent une importance croissante à l’histoire derrière le produit : durabilité du processus de fabrication, responsabilité sociale, transparence.

Quatrièmement, renforcer les liens au sein des chaînes de valeur.

Les partenariats, les coentreprises et les alliances intersectorielles permettront aux entreprises de mutualiser les coûts de certification, les technologies et les services juridiques, et de développer des systèmes de traçabilité communs.

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L'UE est restée le principal marché d'exportation de café du Vietnam. Photo : VGP.

Cinquièmement, participer activement à l’écosystème d’innovation UE-Vietnam.

De nombreux Fonds européens soutenant la transition verte, les technologies avancées et l’innovation sont accessibles aux entreprises vietnamiennes.

Sixièmement, investir dans des ressources humaines hautement qualifiées.

Les barrières techniques ne reposent pas uniquement sur les normes, mais aussi sur les compétences humaines : experts ESG, gestionnaires de risques, juristes internationaux, spécialistes du marketing européen.

Pour s’affirmer durablement, les entreprises doivent définir une stratégie à long terme (5 à 10 ans) comprenant une feuille de route claire en matière de verdissement, de numérisation, de diversification des produits et de renforcement de la compétitivité.

Mac Quoc Anh est convaincu que, si les entreprises vietnamiennes se concentrent sur l’innovation, la création de valeur, l’intégration aux chaînes d’approvisionnement mondiales et les tendances de consommation durable, les opportunités sur le marché européen dépasseront la simple croissance des exportations, pour contribuer à affirmer et consolider la position de la marque nationale du Vietnam à un niveau inédit.

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