La délégation était composée de Clément Fabre, maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université Paris-Est Créteil, spécialiste de l'histoire coloniale et impériale et conseiller spécial du directeur général du Mémorial de Caen ; Damien Palomba, directeur du développement et des opérations ; et Gwenaelle Vigouroux, assistante de direction chargée des relations internationales du musée français.
Journaliste : Quels sont, selon vous, les principaux atouts du Musée de la Victoire de Diên Biên Phu ?
Experts : Dès le lancement du projet de coopération à Diên Biên en mars 2025, nous avons constaté que le Musée de la Victoire de Diên Biên Phu dispose d’un riche ensemble d’archives, d’objets historiques et de récits porteurs d’une identité unique.
Les artefacts liés à la campagne militaire, la fresque panoramique monumentale ainsi que les maquettes interactives intégrant des technologies modernes laissent une forte impression aux visiteurs.
Ce qui distingue particulièrement ce musée, c’est qu’il raconte l’histoire d’un événement dont la portée dépasse largement le cadre national.
La victoire de Diên Biên Phu a non seulement marqué l’histoire du Vietnam, mais elle a également exercé une influence considérable sur le processus de décolonisation dans le monde.
Il s’agit d’un récit historique particulièrement attractif pour les visiteurs vietnamiens comme internationaux.
Journaliste : Pourquoi, selon vous, le Musée de la Victoire de Diên Biên Phu doit-il évoluer ? Quels changements seraient nécessaires ?
Experts : L’innovation est une nécessité pour tous les musées du monde.
Le Mémorial de Caen lui-même adapte régulièrement ses espaces, ses expositions, son éclairage, son environnement sonore et sa scénographie, afin d’offrir de nouvelles expériences aux visiteurs.
Le Musée de la Victoire de Diên Biên Phu souhaite attirer un nombre croissant de visiteurs internationaux et doit donc répondre aux standards d’un musée moderne.
Nous proposons notamment de repenser le parcours de visite, d’optimiser l’organisation des espaces afin de les rendre plus harmonieux et accessibles, tout en associant de manière équilibrée objets, images, lumière, vidéos et sons.
L’objectif n’est pas de modifier l’identité du musée, mais de trouver un équilibre entre ses spécificités et les tendances muséographiques contemporaines largement adoptées à travers le monde.
Nous souhaitons également intégrer un espace consacré aux récits et témoignages des soldats français.
De nombreuses archives relatives à Diên Biên Phu sont aujourd’hui conservées en France et pourraient enrichir considérablement le contenu des expositions.
Cette approche plurielle permettrait aux visiteurs de mieux comprendre un événement historique de portée internationale.
Journaliste : Comment ces propositions pourraient-elles améliorer l’expérience des visiteurs et leur compréhension de l’histoire du Vietnam en général, et de la bataille de Diên Biên Phu en particulier ?
Experts : Avec près de 400 000 visiteurs par an, le Musée de la Victoire de Diên Biên Phu remplit déjà avec succès sa mission de transmission des connaissances historiques.
Cependant, les attentes et les niveaux de compréhension varient selon les publics : élèves, étudiants, visiteurs étrangers ou personnes découvrant cette période pour la première fois.
La diversité des publics invite à adapter la conception des expositions à différents niveaux de compréhension.
Pour les visiteurs internationaux ou les personnes peu familières avec l’histoire de Diên Biên Phu, il importe de proposer des repères clairs, une chronologie structurée et une présentation cohérente des informations afin de faciliter la compréhension des événements.
Pour les enfants et les jeunes, il convient de développer davantage d’activités interactives.
L’émotion joue un rôle fondamental, car elle constitue le meilleur lien entre les nouvelles générations et l’histoire.
Au-delà des chiffres et des faits, les musées devraient accorder davantage de place aux récits personnels, aux souvenirs des anciens combattants et aux expériences vécues durant la guerre.
Ces témoignages rendent l’histoire plus concrète, plus humaine et plus accessible.
Les guides jouent également un rôle essentiel.
Ils transmettent les connaissances historiques tout en aidant les visiteurs, notamment les élèves, à établir un lien entre les enseignements scolaires et les objets ou lieux qu’ils découvrent sur place.
Journaliste : Comment un espace d’exposition historique peut-il aujourd’hui séduire une génération née à l’ère du numérique ?
Experts : Les technologies numériques ouvrent de nouvelles perspectives pour raconter l’histoire et enrichir l’expérience de visite.
Les musées doivent tirer parti de ces outils afin de rendre l’histoire plus vivante et plus attrayante.
Toutefois, nous estimons qu’il ne faut pas dépendre excessivement de la technologie.
La valeur fondamentale d’un musée réside avant tout dans ses collections, ses documents originaux et l’expérience directe des visiteurs.
La technologie peut accompagner cette expérience, mais elle ne remplacera jamais l’émotion ressentie face à un objet authentique ou dans un lieu chargé d’histoire.
De même, les émotions suscitées chez les visiteurs ne proviennent pas uniquement des dispositifs numériques, mais aussi de la qualité du récit transmis par les guides.
Pour les élèves et les étudiants, la possibilité d’échanger, de poser des questions et de dialoguer directement demeure essentielle pour approfondir leur compréhension.
Le musée doit ainsi devenir un espace d’éducation, de dialogue et de rencontre, où la technologie soutient l’expérience sans jamais s’y substituer.
Journaliste : Quel message cette coopération entre le Mémorial de Caen et le Musée de la Victoire de Diên Biên Phu transmet-elle en matière de rapprochement et d’harmonie entre les deux peuples ?
Experts : Le Vietnam et la France partagent de nombreux jalons historiques communs.
La coopération entre nos deux institutions pour moderniser les modes de présentation muséographique illustre le renforcement des relations bilatérales depuis l’élévation de celles-ci au niveau de Partenariat stratégique global.
Par ailleurs, plusieurs projets soutenus par la France, tels que la « Route du patrimoine », sont actuellement mis en œuvre à Diên Biên.
Ils visent à relier les différents sites historiques au sein d’un parcours cohérent permettant aux visiteurs de mieux comprendre le contexte de la bataille.
L’intégration d’espaces présentant des objets et équipements militaires français permettra non seulement d’approfondir la compréhension du contexte historique et du rapport de forces de l’époque, mais également d’illustrer une approche scientifique et objective de l’histoire.
À travers ces projets de coopération, nous souhaitons promouvoir le respect de l’histoire, renforcer la compréhension mutuelle, rapprocher les peuples vietnamien et français, et construire ensemble un avenir fondé sur la paix, le dialogue et la coopération.
Journaliste : Nous vous remercions sincèrement pour cet entretien !