Xip Xi, le Têt des Thaï blancs

Xip Xi, le Têt des Thaï blancs

Au septième mois lunaire, lorsque les premiers épis de riz pointent dans les rizières, à Phu Yen, dans la province de Son La, au Nord-Ouest du Vietnam, les Thaï blancs mettent leurs outils agricoles de côté pour célébrer le Têt Xip Xi, l’une de leurs fêtes traditionnelles les plus importantes.

Après avoir achevé les travaux de l’unique récolte de l’année, les habitants des villages qui entourent la plaine de Muong Tâc, qui est l’une des quatre grandes plaines rizicoles du Nord-Ouest du Vietnam, rangent charrues et herses et préparent le repas rituel qui marque la fin de la saison agricole.

Cette cérémonie est notamment consacrée au buffle, compagnon indispensable du paysan pendant les longs mois de labeur.

En lui offrant nourriture et alcool, les habitants lui témoignent leur reconnaissance et rendent hommage à l’animal qui a partagé avec eux les travaux champêtres.

La fête ne dure qu’une journée, au 14e jour du septième mois sur le calendrier lunaire, mais elle occupe une place particulière dans la vie culturelle des Thaï blancs de Son La et, plus largement, du Nord-Ouest.

Hoàng Van Àng, un gardien émérite des traditions locales, nous raconte l’histoire du Xip Xi :

« Autrefois, la cérémonie était réservée aux adultes. Le maître de maison mettait dans la bouche du buffle un morceau de riz gluant aux cinq couleurs et lui faisait boire une coupe d’alcool.

Il préparait ensuite un peu de nourriture, un panier de riz et un bánh ít uôi pour que les enfants les emportent lorsqu’ils allaient garder les buffles dans les collines.

Les adultes, eux, restaient à la maison pour manger et boire.

Lorsque les enfants s’en sont rendus compte, ils ont attaché le museau des jeunes buffles et n’ont laissé manger que les buffles adultes. Le soir, les adultes leur ont demandé pourquoi.

Les enfants ont répondu: vous les adultes avez le ventre plein et êtes ivres, tandis que nous, qui gardons les buffles, n’avons pas suffisamment à manger.

C’est comme si les buffles adultes pouvaient brouter à leur faim, alors que les petits devaient rester affamés. Les adultes ont alors compris la leçon et ont décidé d’organiser le Têt Xip Xi afin que les enfants puissent eux aussi profiter pleinement de la fête, comme c’est le cas aujourd’hui ».

L’Artiste du peuple Hoàng Van Àng, représentant du village, invite les divinités à venir célébrer le Têt Xip Xi. Photo : VOV.
L’Artiste du peuple Hoàng Van Àng, représentant du village, invite les divinités à venir célébrer le Têt Xip Xi. Photo : VOV.

Une autre tradition était autrefois associée aux enfants. Après le Nouvel An lunaire, chacun choisissait un poussin fraîchement éclos. Une petite marque d’encre sur sa tête permettait de l’identifier comme son poulet attitré.

Au Têt Xip Xi, l’enfant pouvait décider lui-même de la manière dont son poulet serait préparé.

Avec la mécanisation des travaux agricoles, certaines de ces pratiques ont progressivement disparu des foyers. Mais la plupart reste préservée et grâce au développement du tourisme, le Têt Xip Xi est de plus en plus valorisé.

Un ou deux jours avant la fête, les femmes thaï blanches s’affairent à préparer les plats qui seront servis le jour de la fête. Chaque famille confectionne notamment le bánh ít uôi, une spécialité incontournable offerte aux ancêtres et distribuée aux parents, aux amis et aux hôtes venus partager ce moment.

Le repas comprend également du riz gluant aux cinq couleurs et du poisson de rivière, ainsi que du canard, l’offrande indispensable. Associé aux rivières, aux ruisseaux et aux rizières, l’animal symbolise notamment l’espoir de voir les canards débarrasser les cultures des insectes nuisibles.

Une Thaï blanche prépare le bánh it uôi. Photo : VOV.
Une Thaï blanche prépare le bánh it uôi. Photo : VOV.

Hoàng Thi Thu, une Thaï blanche, nous présente son plateau:

« Le bánh ít uôi, également appelé ‘gâteau de l’amour’, est préparé avec de la farine de riz gluant. Sa garniture contient des haricots nho nhe, une variété caractéristique des ethnies du Nord-Ouest, ainsi que des haricots mungo et de la viande de porc.

Le gâteau est enveloppé dans une feuille en deux parties, puis replié pour former une paire. À cette période, les fruits de myrte sont mûrs. Nous allons en cueillir dans la forêt pour apporter une saveur supplémentaire au repas du Têt Xip Xi.

Sur notre table se retrouvent ainsi toutes les saveurs de la terre natale des Thaï blancs de Phù Yên », dit-elle.

Dès l’aube, Hoàng Van Àng prépare la cérémonie rituelle. Âgé de près de 90 ans, il est l’un des principaux maîtres de cérémonie du village et une véritable «encyclopédie vivante» de la culture des Thaï blancs.

À cette occasion, un autel particulier est dressé en l’honneur de la divinité qui veille sur le territoire. Il n’est installé que pour le Têt Xip Xi et seul le maître de cérémonie est habilité à représenter la communauté pour inviter la divinité à venir partager le repas de fête.

Le rituel permet de rendre grâce à la divinité et de solliciter sa protection: que les maisons prospèrent, que l’élevage soit florissant, que les cultures donnent de bonnes récoltes, que les événements heureux demeurent et que les malheurs soient emportés par les eaux.

Après avoir accompli les rites dans sa propre maison, le maître de cérémonie parcourt le village pour aider les habitants à inviter leurs ancêtres et les divinités à venir partager le Têt Xip Xi.

Le repas traditionnel du Têt Xip Xi des Thai blancs. Photo : VOV.
Le repas traditionnel du Têt Xip Xi des Thai blancs. Photo : VOV.

Le Têt Xip Xi est aussi un moment privilégié pour exprimer l’hospitalité et renforcer les liens de solidarité. Chaque famille ouvre largement sa maison aux invités. Selon la tradition, plus ils sont nombreux, plus la fête est placée sous le signe de la chance et du bonheur, nous dit Hoàng Van Un, un villageois.

« Le Têt Xip Xi est une fête propre à notre peuple thaï. C’est donc l’occasion d’inviter nos frères et amis à nous rejoindre, à discuter et à passer un bon moment ensemble. Même les personnes que nous ne connaissons pas, si elles habitent à proximité, nous les invitons. En fait, tout le village fait de même », partage-t-il.

Ta Dinh Son, membre de l’ethnie Kinh invité à participer à la fête, y voit également un moment privilégié de rapprochement entre les communautés.

« C’est vraiment une fête fédératrice. Nous sommes heureux que nos amis pensent toujours les uns aux autres à cette occasion. Cela permet de renforcer les liens fraternels et la solidarité entre nos deux communautés », confie-t-il.

Les pratiques sociales, les croyances et les rites associés au Têt Xip Xi des Thaï blancs de Phù Yên et de Quynh Nhai, dans la province de Son La, ont été inscrits au patrimoine culturel immatériel national en 2024.

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